Djilali

RÉSULTATS DU RÉFÉRENDUM : Des chefs de partis et politologues réagissent

Le taux national de participation au référendum sur la révision de la Constitution a été de 23,72 %, à la fermeture des bureaux de vote à 19 heures, selon les résultats préliminaires donnés, hier, par le président de l’ANIE, Mohamed Charfi. Et comme il est de tradition électorale, des politologues et chefs de partis politiques ont réagi pour donner leur avis sur cette consultation référendaire.

SOUFIANE DJILALI, PRÉSIDENT DE JIL JADID :
Le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, a estimé que « le taux de participation faible sur le référendum révèle la profondeur du malaise politique en Algérie », saluant quand-même « le courage de transparence » de l’État. Cependant, « il faut préciser que, pour la première fois, nous avons de véritables chiffres et que le référendum, de ce fait, apporte une clarification sur l’état de la Nation. Physiquement, je pense sincèrement qu’il n’y a pas eu moins de votants hier [dimanche dernier, NDLR] que dans les scrutins précédents. Mais, auparavant, il y avait toujours un bourrage des urnes et de trafic », a-t-il indiqué hier, contacté par téléphone. « Aujourd’hui, on peut penser que le taux de participation reflète la vérité et c’est un excellent pas.
C’est courageux de l’avoir annoncé ainsi. Il n’y a pas eu de bourrage et c’est ainsi qu’on pourra construire de nouveau une confiance dans les institutions de la République », a-t-il ajouté. Il a jugé, toutefois, que ce taux « révèle une désaffection générale de la population par rapport à la politique, et donc il faut absolument arriver maintenant à faire le bon diagnostic et à apporter le bon traitement au malaise de la société algérienne ». « Mais j’insiste que cela n’est pas spécifique au référendum.
C’est la vérité des scrutins depuis maintenant plusieurs dizaines d’années. Malheureusement c’était masqué par le trafic et le bourrage. Aujourd’hui, on peut dire quand même qu’il y a eu le courage de transparence », a-t-il conclu.

ABDERRAZAK MAKRI, PRÉSIDENT DU MSP :
Formation politique qui a appelé à voter « non » à l’amendement constitutionnel, le MSP, par voix de son président Abderrezak Makri, a estimé que « le faible taux de participation et le large rejet exprimé par la population par différentes manières, le [référendum, Ndlr] rendent illégitime politiquement et populairement ». « Les résultats du référendum confirment l’échec des projets du pouvoir en place et son incapacité à arriver à un consensus national autour de cette Constitution, comme il a été annoncé auparavant », a indiqué le MSP dans un communiqué rendu public hier, appelant « tout le monde à lire correctement les résultats annoncés et leurs conséquences sur la stabilité du pays ».

FILALI GHOUINI, PRÉSIDENT D’EL-ISLAH :
Formation islamiste soutenant la nouvelle Constitution, El-Islah a félicité hier les Algériens et les Algériennes pour le « le succès de la démocratie » et le « triomphe de la souveraineté nationale ». « Félicitations à tous les Algériens et Algériennes pour la nouvelle Constitution. La Constitution de novembre. Un seul et unique héros : le peuple algérien, et l’ultime vainqueur est l’Algérie », écrit Filali Ghouini, hier, sur sa page Facebook.

LAÏD ZAGHLAMI, UNIVERSITAIRE SPÉCIALISTE DES MÉDIAS :
Professeur à la faculté des sciences de l’information et de la communication de l’université Alger 3, Laïd Zaghlami, a qualifié le taux de référendum du dimanche 1er novembre d’une « reconnaissance par le pouvoir de la réalité des scores électoraux ». « La première conclusion à faire est que, enfin, on a reconnu publiquement que la participation dans les élections a été toujours faible et c’est ce que nous avons constaté à travers les résultats électoraux d’hier [dimanche].
Le taux de 23,7 % démontre la réalité des scores électoraux des précédentes élections et l’existence d’un large grognement populaire contre tout ce qui se rapporte aux élections car nous avons hérité d’un système électoral falsifié et corrompu, sans oublier les conditions sanitaires qui ont fortement impacté négativement sur l’engouement des citoyens au référendum », a-t-il analysé.

MUSTAPHA HADDAM, POLITOLOGUE :
Analyste politique, Mustapha Haddam a considéré que le fait- à l’occasion du référendum sur le projet de la Constitution que l’on ait créé les conditions propres à éviter les habituels « bourrages des urnes », est un signe fort pour asseoir leur crédibilité et marquer une rupture avec les pratiques du passé. S’exprimant hier à l’émission « L’Invité de la rédaction » de la chaîne 3 de la Radio algérienne, il a affirmé qu’organiser des scrutins entourés de transparence « est un travail de longue haleine », notant, toutefois, avoir relevé des prémices de changement dans le mode de gouvernance. Commentant les premiers résultats de ce rendez-vous électoral, il estime que ceux-ci n’ont pas de sens, dans la mesure, explique-t-il, que « nous n’avons rien avec quoi les comparer ». Il n’en considère pas moins que maintenant qu’il est établi qu’il n’a pas été relevé de « trafic » lors de cette consultation référendaire, représente en soi « un essai concluant ».

ABDELKADER SOUFI, SPÉCIALISTES DES QUESTIONS STRATÉGIQUES ET SECURITAIRES :
Politologue et chercheur dans les questions stratégiques et sécuritaires, Abdelkader Soufi, lui, a estimé que le taux de participation au référendum démontre la transparence de ce scrutin loin de toute « surenchères » et « tromperies » auxquelles on assistait durant les années précédentes. Il a ajouté que cela démontre également la crédibilité de l’ANIE et l’efficacité de son travail et l’utilisation des méthodes de suivi de vote à distance.
« Premièrement, ces pourcentages reflètent la crédibilité de l’organe qui a supervisé ces élections et le succès de son expérience dans l’utilisation des technologies modernes de surveillance électorale, ce que nous avons remarqué dans l’organisation du référendum à l’extérieur du pays et comment utiliser la carte électorale », a-t-il déclaré, hier, sur les ondes de la chaîne 1 de la radio nationale.
Il a estimé que l’une des grandes victoires est que « nous sommes passés d’un style de gestion soumis à l’administration dans tous les domaines, à la concrétisation de certains engagements du président Tebboune, dont la consécration de la participation citoyenne à la prise de décision au niveau local et national en l’impliquant dans tous les petits et grands détails liés à la constitution ou même au référendum constitutionnel ».
Propos recueillis par  Hamid Mecheri