Rassemblement contre la violence faite aux femmes : «Plus jamais une autre Amira Merabet»

La lutte contre les violences faites aux femmes en Algérie est un combat «encore long», ont estimé les participants au rassemblement organisé, hier, à la Grande Poste d’Alger, par des acteurs et actrices de la société civile, en hommage à toutes les femmes victimes de violences ayant entraîné la mort, dont la défunte Amira Merabet, âgée de 34 ans, brûlée vive, le 5 du mois courant, à El-Khroub, wilaya de Constantine.

Les présents, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, munis de bougies et de fleurs ont lancé des appels en direction des pouvoirs publics pour sévir contre les commanditaires d’actes de violence à l’égard des femmes. «L’État doit assumer pleinement ses missions dans sa lutte contre la violence, en général, et particulièrement celle contre la femme et l’enfant dans notre pays», ont déclaré les participants à ce rassemblement.
C’est à moins d’une année de l’adoption par les deux chambres de la loi contre les violences faites aux femmes, par le Parlement, mars dernier et le Sénat, décembre passé, les violences faites aux femmes, notamment celles entrainant la mort persistent, même après l’entrée en vigueur, dès janvier dernier, de la loi en question. Pour ceux et celles qui ont fait le déplacement, hier, à la Place baptisée, début des années 2000, par les associations de femmes, au nom de la martyre, Karima Belhadj, la jeune femme policière assassinée par les terroristes, durant la décennie noire, « il est urgent » nous ont -ils déclaré, de «s’attaquer aux origines et causes » de la violence en général et celle, dont est victime la femme algérienne. C’est sous les slogans «y’en a marre de la violence », « y’en a marre du harcèlement » que scandaient les participants, rassemblés dès 11 heures, hier, que d’autres, jeunes filles et garçons , des mères et des pères et aussi des grands-parents, avançaient vers une des marches du Jardin Khemesti, allumant une bougie pour certains parmi eux quand d’autres déposaient dignement, une fleur, à la mémoire des femmes mortes après avoir été violentées par leurs agresseurs, qu’ils soient un de leurs proches ou un étranger, les guettant au coin d’une rue ou sur un grand boulevard, en plein jour. Ils et elles ont exprimé, en cette matinée ensoleillée leur refus que des coups de couteaux ou de poing soient encore donnés au soleil d’Algérie, la femme, qui n’est autre qu’une mère, une sœur, une grand-mère, une épouse, une collègue, une voisine, une cousine etc…. Pour les participants à ce rassemblement, la sonnette vient d’être tirée, pour que plus jamais, qu’aura Razika Chérif, tuée en plein jour, par son agresseur, sur la voie publique,à M’sila, un certain 10 novembre 2015, ou Amira Marabet, brûlée vive, le 5 septembre dernier, à El Khroub, et avant elle, celle qui a succombé, après avoir reçu plusieurs coups de couteaux à Draria, Alger, le 31 mars de cette année. Pour la sociologue Fatma Oussedik, membre du réseau Wassila, rencontrée, sur place, d’emblée elle nous lance « nous avons passé tout l’été à recevoir des femmes et des enfants victimes des violences» ne manquant pas de lancer « où est l’État » s’est-elle interrogée, après avoir exprimé ses « inquiétudes» sur la violence qui a et continue, affirme-t- elle « de l’ampleur » au sein de notre société. Appelant à la promotion et l’enracinement de l’Etat de Droit, exprimant son attachement à mener le combat contre la violence faite aux femmes, elle nous a indiqué que « la femme est livrée comme un bouc émissaire pour des alliances que nous ne comprenons pas qui font que l’État ne parvient pas à remplir ses fonctions régaliennes ». Et autant que sociologue, poursuit Mme Oussedik « je demande qu’on réfléchit sur la question de l’État en Algérie, sur les qualités de celui-ci, sur son rôle et sur ce qu’il doit aux citoyens et citoyennes » a-t-elle précisé. Affirmant que la femme algérienne est « encore otage » des jeux politiques, et c’est ce qui est, explique-t-elle «montrer et révéler au quotidien » n’épargnant, selon elle, « aucune femme, ça va de la petite femme de ménage de Hassi Messaoud, à qui on brûle ses moindres biens, jusqu’à la ministre de la République (Mme Benghebrit, ministre de l’Éducation : ndlr) qu’on menace de mort» rappelle la sociologue Fatma Oussedik. Avant de conclure ses propos, notre interlocutrice a exprimé la demande de voire « l’État soit davantage présent» déclarant qu’«nous lui demandons qu’une seule chose, qu’il applique les textes de lois que lui-même promulgue» avant d’ajouter ce n’est pas « à quiconque de faire la loi, les lois de la République sont bien-là» a-t-elle rappelé. Il est à rappeler que rien pour l’année 2013, près de 30.000 femmes recensées ont été victimes de violences, un chiffre, faut-il le souligner, qui donne froid au dos. Pour cette enseignante retraitée, après 34 ans de travail et labeur dans le secteur de l’Éducation, a tenu, à être parmi les présents, à la Place Karima Belhadj, pour protester comme elle nous l’a confié « contre la violence qui sévit dans notre société et celle ciblant la femme algérienne en particulier». C’est avec des yeux larmoyants, qu’elle déplore que l’École algérienne « peine à assumer ses missions», à savoir, transmettre le savoir et les valeurs aux élèves et le plus important, nous affirme –t-elle, «penser et réfléchir» en vue de doter nos enfants, poursuit-elle « des capacités de discernement, seule voie à même de les prémunir outre des charlatans mais aussi de ceux qui prônent la violence», nous déclare-t-elle. Il est à rappeler qu’après des années de mobilisation des associations en charge des questions de la femme, l’Algérie est le deuxième pays du Maghreb, après la Tunisie à criminaliser les violences contre les femmes, depuis l’adoption par les deux chambres, mars et décembre derniers de la loi en question. Mais la réalité au regard des femmes mortes après avoir été violentées, dans un espace privé ou public, nous rappelle que le chemin pour que les mentalités changent demeure encore long, et l’État de Droit notamment par l’application de la loi contribuera à avancer résolument vers la réalisation de cet objectif.
Karima Bennour