Tribunal Sidi M'hamed

PROCES DES EX-DIRIGEANTS POLITIQUES ET HOMMES D’AFFAIRES : La fin de l’impunité ?

Il va sans dire que le procès du siècle des ex-dirigeants du système Bouteflika a tant soit peu, relégué au second plan la campagne électorale pour la présidentielle du 12 décembre prochain, tant que tous les regards des Algériens étaient braqués sur le déroulement du procès « on live » sur les chaînes de télévision algériennes, privées et publiques. C’est ahurissant ! Les Algériens médusés ont découvert l’ampleur des irrégularités et des abus dans la gestion des deniers publics par ces ex-hauts responsables de l’État.
Les enquêtes diligentées par les services compétents en la matière ont permis de décortiquer la trame de ce vaste réseau de corruption dans lequel des ex-hauts dirigeants, pas des moindres, sont impliqués. L’on retrouve ainsi deux ex-Premiers ministres, des ministres et enfin des hommes d’affaires qui gravitaient dans la périphérie du pouvoir. Tous ont été incarcérés à la prison d’El Harrach voilà plus de 8 mois maintenant. Hier, ce procès historique s’est ouvert au tribunal de Sidi M’Hamed d’Alger qui, au-delà des accusations contre leurs mandants, la défense se dit prête à en découdre.
Ce procès se veut aussi être l’histoire tumultueuse d’une relation compliquée avec l’argent. Celui volatile de l’État algérien qui, plus de 50 ans après l’Indépendance, fonctionnaires et responsables politiques ont dépensé sans compter.
Plus de 50 ans de faste pour les prédateurs des fonds publics aidés par des complicités au sein des tenants des pouvoirs successifs. Mais la gabegie la plus large a été masquée ces 20 dernières années par la manne pétrolière qui paraissait éternelle pour le président déchu et son entourage.
Seulement, ces années d’insolentes prospérités et d’insouciance ne sont plus qu’un lointain souvenir et tous ceux qui sont derrière les barreaux ont eu tout le temps d’y méditer.
Cela est vrai que l’argent public a été dilapidé par des responsables publics qui n’avaient aucune obligation de rendre des comptes, d’autant qu’aucun objectif de politique précis n’était adossé aux crédits alloués à ces hommes d’affaires de par leur proximité avec les décideurs.
Ce fut un crime économique. Summum de la gabegie, ce sont ces hautes autorités qui étaient censées protéger et préserver l’argent du peuple qui en sont les principaux dévastateurs. Le plus grave c’est que l’impunité est érigée en règle générale pour les responsables politiques et par le passé aucun responsable n’a présenté un bilan de son activité à la fin de sa mission. Néanmoins, peut-on espérer aujourd’hui que cette impunité n’aura plus court.
Ce procès qui vient de s’ouvrir était attendu par tous les Algériens, mais c’est surtout la crédibilité de la justice algérienne qui est mise à l’épreuve. Un vrai test, en attendant le verdict dans l’un des dossiers de corruption les plus retentissants dans l’histoire post-indépendance de l’Algérie.
Mâalem Abdelyakine