À l’approche de l’hiver, 1,98 million de Palestiniens à Ghaza, soit 94 % de la population, ont besoin d’une aide en matière d’hébergement et de biens essentiels. Plus inquiétant encore, 58 % de la population font face à des besoins d’hébergement jugés critiques ou catastrophiques, tandis que 84 % des familles vivent dans des conditions fortement dégradées, notamment en raison d’une protection insuffisante contre les intempéries.
À cette vulnérabilité s’ajoute l’ampleur des destructions : 178.632 logements ont été évalués, dont 60 % sont gravement endommagés, détruits ou inhabitables. Dans le même temps, les infrastructures d’assainissement restent largement hors service, faisant craindre que les pluies hivernales ne transforment les camps de déplacés en zones d’inondation et de contamination. Face à cette situation, le directeur général du bureau des médias du gouvernement à Ghaza, Ismaïl Al-Thawabta, a lancé un appel urgent à une mobilisation locale et internationale afin de protéger les familles déplacées des conséquences du prochain hiver. Dans des déclarations à la presse, il a estimé que l’approche de la saison hivernale imposait de passer d’une réponse d’urgence à un plan d’action clair, fondé sur des priorités précises. Il a notamment averti que la grande fragilité des camps de déplacés faisait des pluies et du froid une menace directe pour la vie et la dignité de milliers de familles, particulièrement les veuves, les orphelins, les personnes âgées, les malades et les personnes en situation de handicap. Cet appel intervient alors que les camps de déplacés se préparent à affronter une nouvelle saison des pluies, tandis que la majorité des familles dépendent toujours de tentes et d’abris temporaires installés dans des conditions exceptionnelles, sur fond de faiblesse des infrastructures et de pénurie des moyens nécessaires pour les protéger contre les infiltrations d’eau et les inondations.
Des besoins urgents avant l’arrivée des pluies
Al-Thawabta a identifié plusieurs besoins considérés comme prioritaires, notamment des tentes résistantes aux intempéries, des matériaux d’isolation, des couvertures et des vêtements d’hiver, ainsi que des moyens de chauffage sûrs. Il a également appelé à renforcer les réseaux et les passages destinés à l’évacuation des eaux pluviales, ainsi que les équipements liés à l’hygiène et à la santé publique. Le responsable a, en outre, plaidé pour la mise à disposition d’un soutien logistique et technique aux comités chargés de l’hébergement et aux équipes de terrain. Il a préconisé l’établissement d’une cartographie précise des besoins afin d’identifier les familles les plus vulnérables et de garantir l’acheminement de l’aide avant la dégradation des conditions météorologiques. Les inquiétudes ne concernent toutefois pas uniquement la capacité des tentes à résister aux pluies. La dégradation des réseaux d’assainissement, des routes et des infrastructures accentue les risques d’accumulation des eaux, de propagation des épidémies et de détérioration des abris temporaires.
Les populations ont besoin d’un toit
Les dernières données des Nations unies illustrent l’ampleur de la crise. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), quelque 1,98 million de Palestiniens, soit 94 % de la population de Ghaza, ont besoin d’une aide en matière d’hébergement et de biens non alimentaires. Quelque 58 % de la population font face à des besoins d’hébergement qualifiés de critiques ou catastrophiques, tandis que 84 % des familles subissent de graves restrictions dans leurs conditions de vie, notamment en matière de protection contre les intempéries. Des évaluations onusiennes récentes viennent renforcer ces alertes. Des inspections menées sur près de 230 sites accueillant des déplacés, représentant plus de 187.000 personnes, ont révélé la présence de tentes fortement dégradées nécessitant une isolation urgente, de zones basses confrontées à de graves problèmes d’évacuation des eaux, ainsi que de fosses et d’installations sanitaires dangereuses. La surpopulation constitue également un facteur supplémentaire de risque pour les habitants. Selon OCHA, les préparatifs pour l’hiver se heurtent par ailleurs à une pénurie des stocks de matériaux d’hébergement et de biens non alimentaires, en raison des restrictions d’accès et du manque de financement. L’organisation estime qu’environ 400 camions seront nécessaires pour acheminer des matériaux essentiels à l’hébergement actuellement en attente de dédouanement, parmi lesquels des milliers de tentes, des matériaux d’isolation, plus de 442.000 pièces de bois et d’autres équipements indispensables.
Des infrastructures
dévastées aggravent les risques
La gravité de la situation hivernale est également amplifiée par l’ampleur des destructions qui ont frappé les logements et les infrastructures de Ghaza. Toujours selon OCHA, 178.632 unités d’habitation ont fait l’objet d’évaluations, dont 60 % sont gravement endommagées, détruites ou inhabitables. Le secteur fait également face à une crise majeure de l’assainissement. Les six stations de traitement des eaux usées de Ghaza sont à l’arrêt et 70 % des stations de pompage sont hors service, entraînant le rejet quotidien de plus de 150.000 mètres cubes d’eaux usées non traitées. Dans ce contexte, Al-Thawabta appelle le gouvernement, les municipalités, les organisations humanitaires et les bailleurs de fonds à accélérer les interventions sans attendre le début de la saison des pluies. Tout retard, prévient-il, risque d’aggraver davantage les souffrances de familles qui vivent déjà dans des conditions extrêmement précaires. Le bureau des médias du gouvernement à Ghaza souligne que la protection des déplacés ne saurait être considérée comme une simple opération d’aide temporaire, mais constitue une responsabilité humanitaire et morale collective. Il appelle ainsi à garantir les conditions minimales de protection et de dignité avant que les pluies et le froid ne viennent ajouter une nouvelle crise à la succession de catastrophes que traverse le territoire. À Ghaza, le prochain hiver ne se résume donc pas à un simple changement saisonnier. Pour des familles ayant perdu leur logement et contraintes de vivre sous des tentes délabrées, les préparatifs engagés aujourd’hui pourraient déterminer si la prochaine saison des pluies se traduira par une épreuve supplémentaire ou par une nouvelle catastrophe humanitaire.
M. S.











































