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Plages : la pollution gagne du terrain

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Comme chaque année durant la période de l’été, la pollution dans nos plages gagne du terrain. Aucune plage n’est à l’abri de la main des citoyens qui ne respectent pas la nature, et n’ayant aucune notion de civisme. Pis encore, même les plages autorisées à la baignade ne sont pas totalement propres. En dépit, des efforts fournis par le ministère de l’Environnement en partenariat avec les autres ministères, le constat est accablant. La côte algérienne mériterait sans nul doute un peu plus d’attention de la part des autorités publiques et des citoyens. Sur les 87 plages que compte la capitale, 70 sont ouvertes et autorisées à la baignade. 17 autres restent interdites, entre autres pour manque d’accès, ou en raison de la nature rocheuse de la plage et pour des raisons liées à la pollution. La nouveauté de la saison estivale 2015 consiste en la gestion directe des plages et des différentes prestations offertes aux estivants. Néanmoins, le chiffre de 87 plages est plutôt satisfaisant mais la question qui se pose est si ces plages respectent-elles les normes d’hygiène et disposent de toutes les commodités ? Lors d’une virée effectuée, hier, à la plage sise à Sablettes, ce qui nous a marqué le plus est la mauvaise odeur. Malgré cela, les citoyens inconscients des dangers qui encourent déposent leurs parasols au milieu de la récurrente et saleté et vont même se baigner sans se soucier des produits toxiques que peuvent nuire à leur santé. Bouteilles en plastique, sachets d’emballage, débris de verre, canettes, mégots, pneumatiques etc. À perte de vue, sur le littoral algérien, des amas de détritus négligemment abandonnés par les baigneurs et promeneurs. Des décharges sauvages qui offrent un visage affligeant de l’Algérie, à la nature pourtant diverse et inépuisable. Un mal qui ronge surtout l’écosystème algérien. Ces déchets mettront effectivement une éternité à se dégrader, demeurant ainsi une source de pollution inquiétante de la mer Méditerranée. Rencontré en plein milieu des rochets, Mohamed, 23 ans, ne voulait pas se baigner. Questionné sur la raison, Mohamed s’est livré à raconter une longue histoire qui a changé, à tout jamais, ses comportements à la mer. « Il y a quelques années, quand j’étais plus jeune, j’ai nagé dans une plage pas loin d’ici. Le lendemain je me suis réveillé avec une inflammation à mon œil gauche», a-t-il narré, avant de poursuivre, «au jour d’aujourd’hui, j’ai cette tâche marron dans mon œil, qui ne va jamais disparaitre». «Cette tâche ma rappellera à jamais mon comportement irresponsable, mais je ne pouvais pas savoir que cela pourrait m’arriver», a rajouté Mohamed.

Une pollution sans précédent
Si les wilayas de Skikda, Tipasa et Jijel ont vécu l’échouage des navires “poubelles”, le nestorc, cougard, kastor, en 2003, le feuilleton des poissons morts dans le port de Béjaïa durant les années 1980 ou encore la fameuse histoire des potiches de mercure jetées dans les eaux du port d’Alger durant les années 1970, les eaux usées demeurent, elles aussi, l’une des plus grandes catastrophes écologiques. En somme, elles constituent une véritable bombe à retardement. Le béton a envahi nos plages. Nos baies et nos oueds sont pollués. Ainsi, chaque année, la mer est à l’origine de plusieurs maladies à transmission hydrique, telles que la typhoïde, le choléra, les infections cutanées et les intoxications bactériologiques. Comme ce fut le cas en 2003 quand des milliers d’algériens à travers le littoral ont contracté la conjonctivite.
La pollution gagne du terrain. Par ailleurs, il convient de revenir sur la catastrophe naturelle qui a frappé au plein fouet la cote de Bou Ismaïl. Les déchets ménagers qui s’y entassent jusque dans l’eau sont repoussants et agressent le regard. Tout y est : des restes d’aliments de la veille ou de l’avant veille jetés en vrac, des chiffons à la pelle, jusqu’aux pneus usagés, en passant par les inévitables sachets plastiques et les tessons de bouteilles qui scintillent dangereusement sous le soleil de plomb. Pour le nez, l’odeur nauséabonde des égouts desquels se déversent une eau noirâtre et chargée, pour finir dans l’eau de mer, se charge de l’agresser. Théoriquement la législation protège la baie algérienne, cependant la réalité est tout autre. Les textes de loi restent inappliqués, puisque sur le terrain rien n’est respecté. Les rejets de déchets émanant des zones industrielles se déversent directement dans la grande bleue. Sans parler des déchets des hydrocarbures, source principale de la marée noire émanant des bateaux “poubelles” et les navires de ballastage qui traversent quotidiennement le littoral, comme ce fut le cas à Tipasa, Jijel et skikda. Les hydrocarbures ne sont pas la seule cause de pollution maritime. Les eaux usées sont considérées la principale cause d’impureté de la côte algérienne. Sans oublier une quantité importante des eaux déminéralisées découlant des stations d’épuration et oueds. Toute cette eau se meurt dans la nature et porte un sacré coup à l’environnement sans que cette situation suscite une prise de conscience sur les effets secondaires qu’elle peut provoquer sur la faune et la flore.

Le désastre écologique à Bou Ismail
Dans un autre sillage, le cas le plus édifiant, même si le constat est établi à Bou Ismaïl. En effet, la baie de Bou Ismail subit 11 déversements d’eaux usées ménagères et deux déversements d’eaux industrielles rejetées par les deux zones industrielles de Chouaiba et Bou Ismail, ce qui constitue «un véritable danger pour l’environnement» et la mer. Le ministre des Ressources en eaux et de l’Environnement, Abdelwahab Nouri a pris, récemment, des mesures d’urgence pour endiguer la catastrophe écologique qui touche la Baie de Bou Ismail.
Le déversement des eaux usées en provenance de la zone industrielle dans la baie cause des ravages environnementaux dans la mer. Des stations d’épuration des eaux usées sont prévues depuis des années mais ne sont toujours pas opérationnelles. En attendant l’application de ces textes et la concrétisation de ces projets, seules la faune et la flore pourront témoigner de la triste vérité lorsqu’on les trouvera mortes, flottant sur la surface des eaux polluées.
Lamia Boufassa

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