PÉRIODE DE TRANSITION APRÈS LE DÉPART DU PRÉSIDENT : Des personnalités ne veulent pas d’une «implication des figures du système»

La démission effective du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, actée hier, par le Conseil constitutionnel, n’a pas été une surprise pour le monde politique en Algérie, y compris pour les citoyens algériens qui n’ont cessé de réclamer son départ, outre le changement du système, depuis le 22 février dernier, à travers des manifestations grandioses et pacifiques connues à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Algérie.

SMAÏL LALMAS, ÉCONOMISTE: «Le plus gros travail reste à venir»
«La démission du Président a été attendue par le peuple algérien, vu que tout le monde a réclamé son départ afin de pouvoir bâtir un État de droit. Maintenant, le plus gros travail reste à venir. Pour que le peuple puisse concrétiser ses revendications, il faut qu’il continue sa mobilisation.» Et d’ajouter « cette démission est aussi une victoire pour le peuple. Quand on parle de Bouteflika, on parle aussi de toute la bande qui se cache derrière ce système. Après, il faut penser à demain. Je le redis encore : le gros du travail reste à faire. À mon avis il faudrait mettre en place un plan d’action qui pourrait gérer la période de transition nécessaire pour aller vers la légitimité.» Notre interlocuteur, contacté hier, nous a indiqué que «les revendications de vendredi prochain, seront claires. Et l’unité de l’Armée nationale populaire, c’est quelque chose de très important. Le départ de Bedoui et son gouvernement, mais surtout le départ de Bensalah, Belaïz et Bouchareb. Donc il faudrait rassurer ce peuple, avec l’éviction de ces visages qui sont symboles de ce pouvoir. Pour moi, le départ de toutes ces personnes va instaurer une nouvelle dynamique et une nouvelle stratégie pour la reconstruction de ce pays, à travers la mise en place de nouvelles personnalités qui pourraient conduire le pays durant la période de transition et qui pourraient dégager un gouvernement compétent. » Pour ce qui est du poste de ministre de la Défense nationale qui est occupé par Abdelaziz Bouteflika, Lalmas pense que ce poste «est relié à ce gouvernement, donc il faudrait penser au départ de ce gouvernement tant qu’il est discrédité.»

ABDELGHANI BADI, AVOCAT : «Le  ‘’hirak’’ cible le gouvernement de Bedoui»
« La démission du président Bouteflika était attendue, alors que le souci réside dans la forme de sa démission. C’est-à-dire, auparavant, on ne savait pas s’il y aurait une démission ou limogeage du Président ! C’était juste une question de temps seulement. Après le 22 février, il était impossible pour Bouteflika de poursuive sa mission en tant que chef de l’État. Donc cette décision n’a pas surpris le peuple algérien. Aujourd’hui, avec les issues constitutionnelles, on va se retrouver devant l’obligation de relancer le même système de Bouteflika, parce que les mécanismes qui vont être utilisés durant les 90 jours exigent la présence du Conseil de la nation, le gouvernement et les walis en poste. Donc nous sommes contraints de reconduire le système actuel, ou peut-être pire. C’est pour cela que nous avons prévenu sur ‘’l’intervention’’ de l’ANP. Maintenant, il est nécessaire que la rue résolve cette question du départ de ce système politique. Pour moi, la période de transition doit être gérée sans la participation de ce système politique qui est toujours en place. Après la démission de Bouteflika, je pense que le ‘’Hirak’’ va se concentrer maintenant sur les visages qui vont reconduire le pays durant la période de transition. Donc, le peuple va insister sur le départ de ce gouvernement, et ce, pour l’empêcher d’assister dans cette période très sensible.»

AMIRA BOURAOUI, MEMBRE DE «MOUWATANA» : «La rue ne veut pas la chute de l’Algérie »
«La rue demande le départ d’un système. Mais pas la chute d’un État », assure Amira Bouraoui, activiste algérienne et membre du mouvement Mouwatana, dans une intervention à une chaîne de télévision nationale. Sur l’annonce faite, mardi soir, par le Président de quitter le pouvoir, cette militante estime: « C’est une victoire de la rue, mais aussi une victoire du peuple algérien qui a pu repousser le 5e mandat. Le peuple a fait démissionner le Président. Tous les Algériens le savent y compris le monde entier, que Bouteflika est incapable de diriger depuis un moment déjà. Ce n’est pas uniquement le départ de Bouteflika qui est exigé par le peuple, mais le départ de tout un système et un régime, celui qui a voulu imposer un 5e mandat et celui qui a imposé le prolongement du 4e mandat. Car, il faut dire que le Président est malade depuis plus de six ans. Cette demande de rupture avec l’ancien système et ces symboles ainsi que tous ceux qui ont fait partie du pouvoir inclus et aux alliés qui ont voulu faire passer ce 5e mandat, après avoir imposé le 4e mandat. » Pour Bouraoui, encore, la démission du Président «n’est qu’une partie de la victoire qui a été concrétisée pour l’instant, mais il ne faut pas que ces personnes, qui ont fait en sorte de représenter ce système-là puissent imposer ce même régime»
M. W.