À l’occasion de la Semaine mondiale de la sécurité des médicaments (MedSafetyWeek 2026), l’Établissement hospitalo-universitaire (EHU) « 1er Novembre 1954 » d’Oran a lancé ce lundi une campagne de sensibilisation cruciale.
Son objectif : instaurer une véritable culture de la déclaration des effets indésirables liés aux traitements médicaux, un geste préventif et salvateur encore trop souvent négligé par le grand public.
Placée sous le slogan évocateur « Les effets indésirables ne les ignorez pas, signalez-les », cette initiative, pilotée par le service de pharmacovigilance de l’établissement, se tient à l’entrée de l’hôpital jusqu’à mardi. Elle s’adresse conjointement aux professionnels de la santé, aux patients et à leurs proches. L’enjeu est de taille : garantir une utilisation sûre des thérapies et préserver la santé publique, à l’heure où les réactions médicamenteuses inattendues représentent un risque sanitaire majeur.
Le professeur Houari Toumi, président du conseil scientifique de l’EHU et chef du service de pharmacovigilance, a tenu à rappeler la gravité de la situation en marge de l’événement. Selon les estimations qu’il a avancées, près de 8 % des décès enregistrés à l’échelle mondiale seraient liés aux effets secondaires des médicaments. Face à ce danger, son service déploie une méthodologie rigoureuse pour chaque cas signalé au sein de l’établissement. Celle-ci inclut des investigations poussées, des analyses en laboratoire et une comparaison stricte de la composition des traitements avec leurs principes actifs de référence. Ces démarches permettent non seulement de remonter à la source de ces réactions, mais aussi de formuler des recommandations précises pour adapter la prise en charge et éviter toute récidive.
Pour aller plus loin dans la prévention, le professeur Toumi a annoncé le lancement d’analyses spécifiques sur deux médicaments précis. Cette démarche vise à élargir le champ d’investigation au-delà des simples effets constatés, en scrutant la composition même des produits et les matières premières utilisées dans leur fabrication.
L’objectif est d’y traquer d’éventuelles impuretés responsables de réactions graves. Dans cette optique, le spécialiste plaide avec force pour la création d’un observatoire dédié exclusivement au contrôle et à l’analyse des matières premières importées destinées à l’industrie pharmaceutique.
Cette vigilance institutionnelle doit impérativement s’accompagner d’une prise de conscience citoyenne. Madame Mekaouich Fatima Zohra Nadjet, maître de conférences en pharmacologie, a insisté sur le fait que la sécurité thérapeutique est une responsabilité partagée. Si le service oranais recense actuellement environ 80 signalements annuels, la quasi-totalité émane du corps médical, témoignant d’un déficit notable d’implication des patients eux-mêmes. Elle rappelle que tout effet indésirable, qu’il soit d’apparence bénigne ou sévère, mérite d’être déclaré systématiquement.
Enfin, la pharmacologue a profité de cette tribune pour lancer une mise en garde sévère contre les dangers de l’automédication et l’usage anarchique des médecines alternatives. L’utilisation non encadrée de plantes médicinales, de produits naturels ou de compléments alimentaires peut en effet provoquer de graves interactions avec les traitements conventionnels.
Ce risque de complications s’avère particulièrement critique chez les personnes vulnérables, à l’image des patients diabétiques ou de ceux pris en charge pour un cancer, soulignant une fois de plus la nécessité d’un dialogue constant entre le patient et le corps médical.
R. R.














