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Malika Boudalia Greffou décortique les raisons de l’échec de l’Ecole et propose des solutions : «L’enfant est conditionné au lieu d’être formé à réfléchir ! »

Spécialiste dans les sciences de l’éducation, diplômée de la Sorbonne en psycholinguistique, ex-enseignante à l’université d’Alger depuis 1982, auteure du livre-culte «l’Ecole
algérienne : d’Ibn Badis à Pavlov», Malika Boudalia Greffou était tout indiquée pour animer un Forum spécial éducation, en compagnie des représentants syndicaux et de parents d’élèves.

Après une rentrée scolaire difficile, la ministre de l’Education elle-même, Mme Nouria Benghebrit, a reconnu l’échec du système éducatif actuel, comme l’ont fait ses prédécesseurs. Et comme ses prédécesseurs, elle planifie une réforme qu’elle mène d’année en année, mais avec des résultats dont nul ne peut sérieusement se porter garant. En fait, l’Ecole algérienne dépasse la seule volonté d’un ministre, et même de l’Etat politique ; elle exige l’implication de tous, société civile, société politique, et surtout les gens du métier, ceux qui ont conscience que l’éducation est une « mission». C’est à travers cette logique que Malika Greffou s’exprime pour donner son expertise, son savoir et ses années de recherches. Ceux qui ne la portent pas en grande estime lui en veulent d’avoir ouvert les placards ; et comme dans les films d’horreur, il y avait des squelettes dans les placards. Qu’importe, pour la diplômée de la Sorbonne et auteure d’un livre jamais réédité depuis (et qui soulève toujours autant de vagues), le problème dépasse les hommes et concerne l’avenir de la jeune génération d’Algériens, l’avenir de l’Algérie.
Que peut-on attendre des programmes scolaires ? Quel homme et quelle femme formeront-ils ? Pourquoi l’ancien modèle traditionnel ou badissien a-t-il eu des résultats meilleurs que le modèle structuraliste ? Les programmes algériens conçus hors d’Algérie sont-ils compatibles avec ce qui se fait de meilleur dans le monde, en Allemagne par exemple ? La langue utilisée à l’école, d’une indigence extrême, a-t-elle des conséquences directes sur le rendement intellectuel de l’enfant, puis de l’homme de demain ? Un lexique aussi famélique peut-il produire des personnes qui penseront l’Algérie de demain ?
C’est en se référant à ce type de questions que Malika Boudalia s’avance sur un terrain miné, serions-nous tentés de dire, tant le monde de l’éducation demeure sujet à des polémiques aussi passionnées que stériles. Pour dépasser cet état des lieux, la conférencière propose, explique, argumente, pointe son curseur sur des cibles, égratigne, lacère même, mais donne la solution et de l’espoir : « Il faut être juste plein de courage pour dire ceci est faux et ceci est juste, sur la base de données sérieuses et vérifiables ».
Avec la foi du charbonnier et l’audace de celui qui a à en revendre, elle tape à gauche, à droite, mais toujours avec le cœur de celui qui sait de quoi il parle.
O. Fayçal