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MAINTIEN OU LEVÉE DU CONFINEMENT : Les Algériens abordent différemment la question

Avec le début de la saison estivale et la reprise progressive de la vie économique – de nouvelles mesures pour une reprise graduelle de certaines activités commerciales et de services vont être prises à la fin de cette semaine -, de plus en plus d’Algériens font fi du confinement.

Ce semblant de retour à la vie normale, accompagné d’une baisse de vigilance de la population, de moins en moins encline à respecter les gestes barrières, fait craindre aux professionnels de la santé un rebond des cas de contamination au Covid-19. À l’opposé, l’idée reçue sur le confinement chez certains, selon laquelle le maintien du dispositif précipiterait rapidement la ruine financière des ménages et des petites bourses, dominent une large partie de la population. Les observations sur le terrain, que tout le monde peut faire d’ailleurs, montrent que le respect des mesures d’hygiène et de distanciation sociale pour lutter contre la propagation du coronavirus est en baisse générale depuis des semaines dans le pays.
Depuis le 19 mars, les autorités ont interdit les regroupements et suspendu tous les moyens de transport en commun publics et privés à l’intérieur des villes et entre les wilayas, ainsi que le trafic ferroviaire. La fermeture des établissements scolaires et universitaires, des stades et des mosquées ainsi que de nombreux commerces, comme les cafés et les restaurants et les salles des fêtes, reste en vigueur. Cependant, le relâchement dans les comportements est flagrant : les routes et autoroutes sont pleines de voitures, et dans les magasins autorisés à ouvrir, sur les marchés de fruits et légumes, une présence démesurée de personnes est constatée pendant la journée. Entre ceux qui se désolent et s’insurgent devant ce fléchissement comportemental et ceux, à l’inverse, espérant un déconfinement proche et le retour rapide à la vie normale, les avis divergent, et les arguments aussi. Beaucoup de citoyens rencontrés, hier, dans la commune de Kouba (Alger) crient à « l’injustice » dans les mesures de confinement. « Nous n’avons pas de mesures de confinement comme celles appliquées dans les autres pays. La réalité est que la moitié de la population, composée essentiellement de salariés et de fonctionnaires ainsi que des retraités, qui, tout en restant chez elle, continue de recevoir son salaire ou pension loin de tout besoin, et l’autre moitié, les travailleurs journaliers, sont dans le chômage forcé depuis maintenant trois mois. Leurs petites économies ont toutes fondu », proteste un quinquagénaire rencontré devant un bureau de poste.

« Des pays sont sortis du confinement, pourquoi pas nous ? »
Et de s’interroger : « quelle est l’utilité aujourd’hui du confinement ? Beaucoup de pays ont commencé à sortir du confinement, pourquoi pas nous ? ». Non loin, un commerçant, propriétaire d’une cafétéria, nous a indiqué que depuis l’instauration de confinement, il n’arrête pas de calculer ses pertes. « Tous les produits alimentaires dans les stocks sont périmés. J’ai arrêté d’allumer les frigos pour éviter une facture d’électricité très chère. Il y a aussi les problèmes de loyer. Depuis peu, j’ai licencié mes 4 employés, car je n’ai plus de quoi les payer. Pour moi, il faut rouvrir les cafés et restaurants, avec bien-sûr une exigence très stricte des mesures d’hygiène », confie-t-il, prévoyant encore des années plus difficiles si le déconfinement tarde à venir. Un autre commerçant d’habillement, rencontré en train de faire des travaux dans sa boutique fermée, ajoute : « il faut aller dans des mesures de levée progressive du confinement. Nous, les commerçants d’habillement, sommes complètement oubliés. Si nous ne reprenons pas le travail, nous n’aurons rien de quoi nourrir nos familles ». Tout le monde met en avant le non-respect du confinement et de la limitation des interactions ainsi que le maintien d’une distance d’un mètre entre chaque personne, pour appeler à un déconfinement progressif mais très contrôlé. « Le confinement partiel a montré ses limites en Algérie. Soit on décrète un confinement total, comme d’ailleurs partout dans le monde, soit on décrète le déconfinement et la levée de ces mesures qui n’ont aucun effet. Dans la rue, point de respect de la distanciation sociale. Et même pour le port du masque, beaucoup on les voit en train de le porter comme un accessoire, dans la main, la poche ou accroché au cou. C’est ahurissant, on est devant une forme de suicide collectif », s’insurge une femme.

« Le confinement doit se poursuivre ! »
Elle invite ainsi tout le monde à un respect strict des mesures de confinement et d’hygiène : « le respect des gestes barrières afin d’éviter une contamination massive du Covid-19 relève, avant tout, d’une responsabilité individuelle et collective ». Dans le camp opposé, une partie de la population admet que l’heure est aujourd’hui à la prévention et la poursuite des mesures de confinement, appelant ceux qui appellent à sortir du confinement à se ressaisir et prendre conscience de la mesure réelle de la menace sanitaire d’un virus qui se propage très rapidement. « La colère et l’inquiétude de ceux qui appellent à la levée du confinement sont compréhensibles, mais l’incivisme et le peu de conscience des citoyens est aussi à mettre en cause. Si nous avions observé strictement les règles de confinement pendant le premier mois, on s’en aurait maintenant sorti avec les moindres des dégâts. Le virus est une réalité et pour cela il faut de la patience », nous indique une pharmacienne. Sa collègue lui coupe la parole : « le confinement doit se poursuivre. Les spécialistes de la Santé publique sont les seuls à décider s’il y aura un déconfinement ou pas. Bien entendu, cela en dépend de certains paramètres comme le nombre des cas enregistrés et le reflux de la maladie ».
Un citoyen exprime un avis plus modéré : « la situation économique et sociale du pays nécessite d’aller vers un déconfinement progressif. Cela ne signifie pas que le virus est révolu, mais qu’il faut une coexistence avec ce Covid-19. Il faut aussi qu’il soit suivi de mesures contraignantes sous peine d’amendes pour tout contrevenant des gestes barrières et d’hygiène ». Concernant l’interdiction de baignade dans les plages prise récemment par beaucoup de wilayas côtières, d’aucuns des personnes interrogées ont exprimé des réserves sur les moyens dont dispose l’État pour appliquer cette décision, surtout pendant les périodes de canicule et de rush des estivants. Un citoyen a commenté cette mesure, non avec humeur : « les rues sont pleines de monde jusqu’aux heures tardives de la nuit. Certains s’adonnent à des compétitions footballistiques. Les marchés sont bondés. Le coronavirus va-t-il abandonner tout ce monde et prendre des vacances sur les plages ?! ».
Hamid Mecheri