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LYÈS MÉRABET APPELLE À UN SURSAUT NATIONAL CONTRE LE COVID-19 : « On doit être solidaire avec le personnel médical »

Ruptures inexpliquées en stocks des bavettes et gels hydro-alcoolisés, une situation déplorable de nos établissements de santé publique, et une absence de « transparence » et de « coordination » dans le nouveau plan de lutte contre le coronavirus lancé par le ministère de la Santé …

Branle-bas de combat chez le personnel soignant des services de réanimations médicales – qui se charge de la lutte contre la pandémie de coronavirus – lequel se noie dans une pagaille causée par un système de Santé national déjà défaillant, et la crainte d’une très probable contamination face au contact étroit avec les cas confirmés des patients Covid-19. Et les signes d’inquiétude sont déjà perceptibles : « Jusqu’à maintenant, aucun document ne nous a été notifié par le ministère de la Santé. Excepté la décision de reporter tous les congés dans les hôpitaux publics », a révélé, hier, Lyès Mérabet, président du SNPSP (Syndicat national des praticiens de santé publique). « On est face à un manque de coordination et à des disfonctionnements de ce programme de lutte contre le coronavirus mis en place par le ministère de la Santé. À Blida notamment – épicentre du plus important foyer de contamination -, le personnel de santé n’est pas protégé. Imaginons si tout le personnel médical tombe malade, on n’aura personne pour soigner les cas contaminés et graves. Cela ne fera que favoriser la propagation de la maladie », a-t-il relevé.
En 2008, en pleine crise de la grippe porcine (N1H1), les spécialistes de la santé en Algérie avaient déjà mis en garde contre l’insuffisance et les manquements de notre système de Santé pour faire face à l’apparition de telles urgences médicales, rappelle Dr. Merabet. « Douze ans après, nous sommes dans la même situation, a regretté ce médecin Mérabet, insistant que le pays devrait « réussir le plan de Santé préventive » s’il veut éviter que « la situation ne s’aggrave » et arriver à la situation des pays européens, aujourd’hui, comme l’Italie, la France ou l’Espagne.
Les services de réanimation médicale, où sont affectés les patients atteints de Covid-19 et tous les patients atteints de problèmes respiratoires, subissent de terribles tensions. Les équipes médicales sont confrontées à de multiples problèmes et vivent un calvaire. Cette situation fait qu’« on n’aura pas les moyens pour mettre tous les patients dans des lits », si la situation se développe davantage. Aucune note ministérielle n’est encore adressée sur la répartition des stocks des bavettes et gels hydroalccolisés par la PCH (Pharmacie centrale des hôpitaux), alors que ces produits sont en pénurie dans les officines privées. « Les contours du plan d’action de la Santé sont flous », a jugé Lyès Mérabet, ajoutant qu’« il faut communiquer correctement sur la situation réelle ». « Nous n’avons pas une idée claire sur les moyens mis à notre disposition et les possibilités qu’offre notre système de santé », a-t-il fait savoir, tout en mettant en cause : « dans le schéma directeur des autorités, il y a des incohérences et des hésitations ».
Il a estimé que « les directives du ministère de la Santé sont jusqu’à maintenant floues ». « On est dans l’expectative et on est inquiet », a-t-il noté, poursuivant : « le personnel médical n’est pas rassuré ».
Le président du SNPSP a révélé qu’au lendemain du décès d’une patiente atteinte de Covid-19 à l’hôpital de Blida, le personnel médical, qui était en contact étroit avec cette patiente, a dû attendre plus de 24 heures pour pouvoir subir des prélèvements de sang. Mérabet a salué « les professionnels de la Santé qui, tout en travaillant dans des conditions difficiles et au risque de leur vie, travaillent durement pour éviter la propagation de coronavirus », appelant les citoyens à « plus de solidarité et de compréhension ».
Hamid Mecheri