Limitation des bandelettes glycémiques : le mécontentement des diabétiques

En dépit des améliorations constatées en matière d’accueil dans les hôpitaux, l’accès aux médicaments, de même que la qualité des soins, ainsi que l’information et l’orientation thérapeutique et psychologique, des problèmes persistent pour les diabétiques. Le dernier sujet de controverse concerne la décision de la Caisse nationale des assurances sociales (Cnas) de limiter l’usage des bandelettes d’autosurveillance glycémique à une seule boîte de 50 bandelettes par trimestre pour les diabétiques de type 2 traités par voie orale. Les réactions sont vite tombées pour dénoncer ce que les spécialistes en diabétologie qualifient de décision arbitraires. Rencontrée dans une pharmacie à la place 1er mai, une dame sexagénaire n’a pas manqué d’exprimé son ras-le-bol de ce qu’elle nomme la « politique de la chasse au gaspillage». «Inconscients de répercussions gravissimes sur notre santé, les responsables de la Cnas, nous obligent désormais à acheter ces bandelettes qui sont trop chères, nous imposant, ainsi, la politique d’austérité au détriment de notre santé », a regretté la dame, également atteinte d’épilepsie et d’hypertension artérielle.De son côté, le pharmacien qui a assisté au témoignage de la dame, s’est étonné comment celle-ci peut faire face à ces trois maladies. « Ça coûte cher de se soigner en Algérie. Les remboursements ne représentent parfois que 2% de la valeur de ces médicaments », a déploré le pharmacien qui n’a pas caché son mépris face à la situation. « Cerise sur le gâteau, les patients sont contraints d’acheter ces bandelettes qui valent 1.800DA la boite », a encore précisé l’interlocuteur. De surcroit, le pharmacien n’a pas manqué de rappeler que la politique de remboursement des soins date depuis des lustres et n’est plus adéquate avec les changements économiques, notamment, la dévaluation du dinar ». « Pour des lunettes de vue, qui valent au moins 9000 DA, la Sécurité sociale ne rembourse que 250 DA », a-t-il argumenté dans ce sillage.
Quant, à Mohamed, âgé d’à peine la quarantaine, et atteint du diabète depuis plus de deux ans, cette limitation du nombre de bandelettes le pénalise lourdement et «se voit dans l’obligation d’acheter des boîtes manquantes sans être remboursé». «Le nombre fixé désormais par la Cnas est en deçà des besoins réels des malades. Il faut plusieurs prises de glycémie par jour pour assurer un bon suivi de la maladie. Un minimum de six à huit», a-t-il dit, tout en rappelant qu’une boîte coûte au moins 1 800 DA. Une autre patiente renchérit en expliquant qu’il faut parfois plusieurs bandelettes pour se faire une idée précise du taux de glycémie et, à partir de là, fixer la dose d’insuline propre à équilibrer cette dernière. Un insulinodépendant déclare, de son côté utiliser, habituellement, quatre bandelettes/jour pour connaître son taux de glycémie.

Les spécialistes déplorent la décision
Pour l’Association des malades diabétiques de la wilaya d’Alger il est inadmissible de céder à la décision. Ainsi, l’Association rapporte que de nombreux malades souffrent de cette situation. Selon Fayçal Ouhada, son porte-parole, «il est impératif de revoir ce texte et que cela soit fait en coordination avec les associations des malades, les diabétologues, les diététiciens et les pédiatres». Par ailleurs, pour le porte-parole de l’Association des malades diabétiques de la wilaya d’Alger, il y a un autre problème soulevé, le même depuis plusieurs années, le non-remboursement des seringues à insuline, des pics pour les stylos à insuline, ainsi que des lancettes de l’autopiqueur du lecteur de glycémie. «Cela revient cher au malade. Pour réduire les frais, des malades utilisent la même seringue plusieurs fois par jour. Ce qui n’est pas sans conséquences fâcheuses, de l’avis même des médecins», indique Fayçal Ouhada. Encore une fois, un appel est lancé aux concernés des deux ministères de la Santé et du Travail pour leur remboursement en urgence. Également, selon le docteur Bekkat, président de l’Ordre des médecins, la Cnas doit laisser la décision aux médecins pour décider du nombre de bandelettes en fonction des besoins de leurs patients. Au lieu de prendre elle-même cette décision, dit ce médecin, la Cnas a dû responsabiliser les médecins prescripteurs et les médecins contrôleurs. «Pourquoi la Cnas a décidé de ces mesures de restrictions ? S’il y a un abus de consommation, qu’elle nous donne au moins les chiffres», se demande le docteur Bekkat.
Pour rappel, le DG de la sécurité sociale au ministère de la Santé, Djaouad Bourkaib, avait tenté de rassurer les patients en affirmant que la limitation du nombre de bandelettes va concerner que les diabétiques de type 2 « stabilisés et traités par voie orale». Selon lui, la prise en charge en bandelettes d’autosurveillance glycémique ne concerne que la population de diabétique de type 2 ne nécessitant pas d’insuline « et qui sont traités par voie orale ». Il a précisé que ceux parmi eux se traitant par insuline et des anti-diabètes oraux, tout comme ceux parmi eux qui n’ont pas encore équilibré leur glycémie ou bien les malades en début de traitement ou à la recherche d’un équilibre glycémique, ne sont pas concernés par cette mesure.
Il explique aussi qu’en rationalisant l’usage des bandelettes la Cnas cherche à lutter contre le gaspillage « qui lui cause des préjudices financiers ». Le nombre de bandelettes consommées annuellement par les diabétiques algériens s’élève à treize millions d’unités. L’Algérie compte 4 millions de personnes atteintes de diabète en Algérie, soit 12% de la population. 25% sont des personnes atteintes du diabète de type 1 insulino-dépendants, entre 400 000 à 500 000 diabétiques sont sous un traitement associé et le reste, environ 60%, sont des diabétiques de type 2.
Lamia Boufassa

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