Ligue arabe : le Yémen dans le champ de tir

Les travaux de la 26eme session du sommet de la Ligue arabe, se sont ouverts, hier matin, à Charm el-Cheikh, Egypte. Au menu de ce sommet de deux jours, les derniers développements survenus sur la scène arabe, notamment le Yémen, inscrit en tête de l’agenda du conclave arabe, ainsi que la cause palestinienne, la situation en Libye et en Syrie. Les travaux du sommet de l’organisation arabe coïncident, faut-il le noter, à moins de trois jours de l’offensive militaire, enclenchée, pour rappel, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, contre le Yémen, par la coalition militaire conduite par le Royaume saoudien. Offensive à laquelle prennent part les armées des monarchies, hormis Oman, des pays du Golfe, celle du Maroc et des Etats, à savoir le Pakistan, le Soudan et l’Egypte qui s’est vue confier, hier, la présidence de la Ligue arabe par le prince Koweïtien. Si de nombreux présidents de pays arabes n’ont pas fait le déplacement, en Egypte, c’est les chefs de gouvernements et ministres des affaires étrangères des Etats membres qui se sont rendus pour prendre part aux travaux de la 26e session du sommet de l’organisation de Nabil El-Arabi. Après avoir souligné que la région arabe est dans «des conditions les plus sombres de son histoire et fait face à une menace sans précédent sur son identité» a-t-il précisé, le président égyptien avertit que «l’extension du terrorisme ensevelira le rassemblement» des pays arabes. Propos tenus par le président Abdel Fattah al-Sissi, lors de son allocution d’ouverture du conclave arabe de Charm el-Cheikh, au terme de laquelle c’était au tour du roi saoudien Soleymen Ben-Abdelaziz de s’adresser aux participants. «La dure réalité qui prévaut dans de nombreux pays arabes est la résultante de l’alliance entre l’extrémisme et le confessionnalisme» selon l’orateur. Abordant la question du Yémen, pays arabe et géographiquement limitrophe à Riyad, qui dirige une offensive militaire aidée par ses alliées, les monarchies du Golfe et les pays précités, avec le soutien politique et logistique des pays occidentaux à leur tête Washington, le roi saoudien dira»nous nous sommes mobilisés aux côtés du Yémen à la demande du président Abd Rabbo Mansour Hadi». Faisant fi de l’expiration du mandat de Mansour Hadi à la tête de la présidence du Yémen et aussi de la démission de ce dernier du poste de la présidence yéménite. Le roi saoudien s’adressait à l’assistance parmi laquelle figurait Abd Rabbo Mansour Hadi, arrivée vendredi dans la Capitale égyptienne, en provenance de Riyad, où il est arrivé, jeudi dernier, après avoir fui son pays, à moins de 24 heures du début de l’offensive aérienne militaire contre le Yémen. Au moment où la salle de conférence de Charm el-Cheikh, enregistrait hier, les discours et les interventions des participants, l’évacuation du corps diplomatique des pays arabes du Yémen, précisément d’Aden, signe de l’éloignement de perspective d’aller vers l’arrêt des raids aériens sur ce pays à même de conforter la voie politico-diplomatique pour le traitement de la crise au Yémen. Le président irakien, dont son pays s’est abstenu à rejoindre la coalition militaire que dirige l’Arabie saoudite contre le Yémen, a soutenu hier, que «l’intervention étrangère n’aidera pas le Yémen dans le règlement de sa crise». Appelant l’ensemble des acteurs arabes à œuvrer «à amener les parties en conflit au Yémen à la table de dialogue» a plaidé, le président irakien, Fouad Maassoum. Par ailleurs, de l’intérieur du Yémen, le responsable du conseil politique d’Annsar Allah, avant de déclarer que «nous sommes en faveur du dialogue inter-yéménite», Daif Ellah Ecahmi a lancé de vives critiques à l’adresse des acteurs influents au sein de la Ligue arabe, lesquels opèrent selon l’agenda qui leur est dicté par les États-Unis et Israël». Déclaration de ce responsable qui avait soutenu auparavant que «les déclarations et les positions émanant de Charm el-Cheikh sont à l’encontre du peuple yéménite» a-t-il lancé, en réaction du discours du roi saoudien et le président égyptien. Les raids militaires contre le Yémen se sont poursuivis hier, dont celui qu’a mené l’aviation militaire saoudienne, ciblant la prison Centrale de la ville Sâdâa, au nord du Pays. Si pour sa part le roi du Koweït dans son allocution, précédant, celle du président égyptien et du roi saoudien a indiqué que «depuis près de quatre ans la région arabe a entamé une étape nouvelle»  dont les considérations à prendre en compte sont «complexes» selon le prince koweitien. Allusion à l’avènement sur la scène arabe, notamment dans certains pays, de ce qui a été qualifié de «printemps arabe» plongeant des pays dans une situation d’instabilité politique pour certains et de chaos pour d’autres, à l’exemple de la Libye, ou l’envahissement des djihadistes de la scène syrienne, l’ensemble nourri par des acteurs internationaux et régionaux en vue de déstructurer les fondements sur lesquels s’est érigé l’Etat-Nation. Situation profitant aux terroristes d’hier, ceux d’El-Qaida, à l’exemple du Yémen, les nouveaux ceux de Djabhet El Nosra en Syrie et de Daech, dont la menace qu’ils représentent a vu des acteurs de la Ligue arabe prôner fortement la nécessité de la création d’une force militaire commune de pays arabes. Point inscrit, faut-il le noter, dans les textes de l’organisation de Nabil El-Arabi, depuis des décennies, dont les divergences fondamentales entre ses membres, sur fond de l’accointances de membres de la ligue arabe avec des acteurs occidentaux, endossant leurs approches politiques en direction de l’actualité de la scène arabe, notamment en direction de la question palestinienne qui demeure à ce jour non réglée, et au profit d’Israël.
La Palestine au menu et inscrite à l’ordre du jour dudit sommet de Charm el-cheikh, Egypte, auquel le président de l’autorité palestinienne prend part aux travaux, la cause palestinienne n’a jamais été absente de l’agenda de la Ligue arabe, mais est-ce pour autant, le peuple palestinien a recouvert son indépendance et édifier son Etat palestinien ayant pour capitale El Qods ? La réponse est dans la politique des puissances occidentales alliées sans conditions à Israël, qui dans leurs relations avec des pays arabes, dont l’Egypte d’Anouar Sadate et les rois des monarchies du golfe, le rôle de la ligue arabe a été en deçà des attentes du peuple palestinien, notamment de ses droits historiques reconnus par l’esprit et la charte des Nations unies. Au moment ou Israël s’achemine à proclamer «la judaïsation de l’état sioniste d’Israël» et les conséquences qui en découlent, notamment sur les Palestiniens de 1948, les refugiés et aussi El Qods, une coalition d’armées de pays arabes bombardent un autre pays arabe, ce qui conforte la politique coloniale israélienne en Palestine et aussi ses visées sur la scène régionale arabe. Certaines politiques de pays arabes, notamment ceux ayant appelé à l’intervention étrangère en Libye et mis en quarantaine la Syrie, l’inondant de djihadistes, avec le soutien de la Turquie, visent à substituer la menace israélienne sur la région arabe par une autre, à savoir l’Iran, sur fond d’un conflit sunnite- chiite. Lequel a été exaspéré par l’invasion des Etats-Unis, en 2003 en Irak, à travers les massacres dont ont été victimes l’ensemble de la composante du peuple irakien. Par la montée en puissance de l’Iran, Israël verra son rôle de puissance première, dans la région bousculée pour ne plus être le seul maître du jeu dans la région arabe, frappant ainsi de plein fouet les fondements sur lesquels s’est érigée l’existence stratégique d’Israël. Outre la condamnation d’Israêl par la Ligue arabe et les appels à l’adresse de la communauté internationale pour qu’elle fasse pression sur l’Etat sioniste pour que celui-ci cesse ses opérations d’expansion des colonies juives sur les terres palestiniennes, le président palestinien a fait, deux annonces, hier, lors de son discours. «A partir du premier avril prochain, la Palestine sera un membre de la Cour pénale internationale» a-t-il indiqué avant d’ajouter que «nous nous apprêtons (ndlr, l’autorité palestinienne) à la refondation de notre relation politique, économique et sécuritaire avec Israël» a annoncé le président palestinien. Les travaux de la 26 eme session du sommet de la Ligue arabe se sont poursuivis, tard hier, à Charm-el-Cheikh pour reprendre aujourd’hui, avant d’être clôturés par notamment l’adoption par les participants d’une déclaration. Notons par ailleurs, que le roi saoudien a quitté, hier, l’Egypte, en direction de Riyad avec Abd Rabbo Mansour Hadi.
Karima Bennour

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