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LES TENSIONS ENTRE PARIS ET ANKARA NOURRISSENT LE CONFLIT LIBYEN : La bataille médiatique en amont de l’action militaire

Réagissant aux déclarations du président français, Emmanuel Macron, affirmant que « la France ne soutient par Khalifa Haftar », le Gouvernement d’union national (GNA) a exprimé sa déception de voir arriver tardivement l’annonce de Paris sur son non-soutien à Khalifa Haftar.

Mardi, le jour même des déclarations en question du président français, à partir d’Allemagne où il était en visite officielle, le ministre des Affaires étrangères du GNA, Mohamed Taher Syala a déclaré, en effet, que les propos d’Emmanuel Macron sont venus « très tardivement  et si c’était le cas depuis le début de l’agression, ils auraient résonné sur le terrain » a précisé, Mohamed Tahar Siyala. Les déclarations et contre-déclarations ainsi que les réactions d’acteurs étrangers sur leur rôle politique et militaire respectifs se multiplient, notamment entre Paris et Ankara sur le dossier libyen, polluant l’air de l’espace politico-diplomatique visant à la relance du processus de la Conférence de Berlin, de janvier dernier, sur la crise libyenne, en vue d’un cessez-le-feu. Autre expressions et déclarations incombant à l’un ou à l’autre, selon leurs intérêts respectifs en Libye, la responsabilité du chaos dans lequel est plongé le peuple libyen a été celles de la Turquie et de la France. À la déclaration d’Emmanuel Macron, à partir de Berlin, mardi dernier, affirmant qu’Ankara porte une «responsabilité historique et criminelle» dans le conflit en Libye, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, lors d’un point de presse à Ankara, a répondu que «la France, que Macron dirige ou plutôt qu’il n’arrive pas à diriger en ce moment, ne se trouve en Libye que pour poursuivre ses intérêts avec une mentalité destructrice» a-t-il affirmé.
Les deux membres de l’Otan, force militaire ayant intervenu en Libye en 2011, plongeant notre voisin de l’Est, depuis, dans un chaos en l’absence, à ce jour, de vie politico- institutionnelle, se livrent bataille sur le front diplomatico-médiatique, en plus de celle qui s’opère, bien auparavant, par les armes et le sang sur le terrain libyen dans leur soutien militaire respectif aux protagonistes. Alors que depuis ces dernières semaines les appels pour un cessez-le-feu se multiplient en vue de l’entame d’une dynamique politique pour le règlement de la crise libyenne à travers le dialogue inclusif inter-libyen, les acteurs étrangers compliquent davantage la situation avec leurs tensions et divergences dévoilées au grand jour, après avoir été, des années durant, par procuration via les acteurs libyens rivaux. Les tensions autour des divergences entre Paris et Ankara se sont intensifiées depuis la défaite de Khalifa Haftar qui bénéficiait du soutien de la France dans sa bataille de la conquête de la capitale libyenne. Une défaite qui n’est pas sans impact sur la suite des évènements en Libye, particulièrement à Syrte, ville stratégique du croissant pétrolier. La Turquie, par son rôle consolidateur en Libye compte aussi bien profiter de cette nouvelle posture à plusieurs niveaux. Ankara compte non seulement user de sa nouvelle posture sur la scène libyenne, dans son dialogue sur la Syrie, avec la Russie, acteur manifestant, depuis notamment sa participation à la Conférence de Berlin sur la Libye, mais aussi en tant que membre de l’Otan, avec le principal acteur de l’Alliance atlantique, les États-Unis, sur fond des rivalités entre Washington et Moscou. Dans ses réactions aux déclarations précitées du locataire de l’Elysée, sur le rôle de la Turquie en Libye, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu a lancé, à l’adresse de Paris, que d’un côté, dira-t-il « l’Otan considère la Russie comme une menace, mais de l’autre, la France, membre de l’Otan, s’efforce de renforcer la présence de la Russie», allusion au soutien de la France au Maréchal Khalifa Haftar, lequel bénéficie aussi de celui de Moscou qui, faut-il le noter, rencontrait d’une manière périodique, les acteurs libyens des deux camps rivaux, sous les feux des médias russes et internationaux. Au moment où le peuple libyen attend impatiemment de voir les acteurs de la scène libyenne reprendre langue sous les bruits des armes et l’effusion du sang libyen, les membres de l’Otan continuent leur bataille entamée, en rang serré contre la Libye en 2011, pour se bousculer, depuis, sur la terre du martyr Omar El-Mokhtar, pour leurs propres intérêts géostratégiques respectifs, dans un monde en pleine mutation et en mouvement.
Karima Bennour