Les exigences d’Alger pour le règlement de la crise libyenne

Par Ali El Hadj Tahar

Tant qu’elle n’est pas réglée, la crise libyenne continuera à peser sur la sécurité des six pays voisins, qui sont : la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte, le Niger, le Tchad et le Soudan. Il est indéniable qu’elle continuera à peser également sur les pays européens par le biais du flux migratoire et ce qu’il implique comme problèmes de conscience, puisque, qu’on le veuille ou pas, c’est l’Afrique qui sera frappée de plein fouet par l’aggravation de la situation en Libye. C’est dans ce sens que les chefs d’État africains, avec à leur tête l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte devraient accorder leurs violons pour parler d’une seule et même voix. Il est clair que l’Algérie et la Tunisie sont neutres et se tiennent à équidistance des deux principaux protagonistes, en l’occurrence le chef du gouvernement d’union nationale, Fayez El-Sarraj, et le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est qui a déjà beaucoup avancé vers l’Ouest grâce à l’appui de ses soutiens émiratis et saoudiens.
Représentant l’Algérie à la conférence de Berlin sur la Libye, le Président Abdelmadjid Tebboune a été clair en mettant l’ensemble des participants devant leur responsabilité. Dans sa déclaration lors de la rencontre au sommet de dimanche, il a utilisé les mots francs et directs, en affirmant que « Les ingérences étrangères négatives compliquent la situation en Libye ». Depuis l’assassinat du président Kadhafi, en 2011, ce pays est devenu un terrain de prédilection pout toutes sortes de groupes terroristes, d’autant que l’Armée libyenne a cessé d’être une force de stabilisation à cause justement des ingérences étrangères. Alors que la situation n’a cessé de se compliquer, l’Algérie n’a jamais arrêté ses bons offices ni ménagé ses efforts en vue du rétablissement de la concorde et de la légitimité de l’État libyen. D’ailleurs, elle a milité, dès mai 2014, pour la création du Mécanisme des pays voisins de la Libye, qui a tenu sa première réunion à Alger, de même qu’elle a abrité différents cycles de dialogue entre les dirigeants des partis politiques libyens et ce, depuis mars 2015, dans le cadre des processus de dialogue supervisés par l’ONU.
Le chef du GNA, Fayez El-Sarraj, a sérieusement pris langue avec l’Algérie, de même que plusieurs de ses représentants, d’autant que les missions diplomatiques de notre pays ainsi que ses opérations humanitaires et ses dons lui valent le respect du peuple libyen. L’offensive du maréchal Haftar et l’implication de la Turquie sur le terrain ont forcé la communauté internationale à organiser la conférence de Berlin en espérant « établir une feuille de route pour conforter le cessez-le-feu et empêcher l’alimentation des belligérants en armes », pour citer M. Tebboune. Le chef de l’État algérien n’a surtout pas manqué d’exiger que « La communauté internationale et le Conseil de sécurité doivent assumer leur responsabilité », ajoutant sans ambages que « les afflux d’armement au profit des parties en conflit a exacerbé la situation en Libye, sans parler de l’implication de combattants étrangers et la présence de groupes terroristes extrémistes, dont les activités ont accru avec l’escalade militaire, menaçant ainsi la paix locale, régionale et internationale ».
M. Tebboune a aussi rappelé que « Les luttes d’influence régionales et internationales et la multiplicité d’agendas contradictoires jouent en faveur du statu quo », mettant ainsi davantage de pression sur les différents acteurs de la crise afin qu’ils participent plus activement à son règlement. Ainsi, les dirigeants de onze pays, dont la Russie, l’Égypte, la Turquie et les Émirats, ont signé une déclaration commune dans laquelle ils reconnaissent « qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit », admettant ainsi clairement la nécessité d’un règlement politique. Par ailleurs, selon le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, « Tous les participants se sont engagés à renoncer à des interférences dans le conflit armé ou les affaires intérieures de la Libye ». Les participants ont aussi promis de respecter l’embargo sur les livraisons d’armes décrété par l’ONU en 2011, ce qui permettra de mettre un terme à toute vélléité de prise du pouvoir par la force.
Le fait que Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar aient refusé de se rencontrer lors de la conférence n’interdit nullement l’optimisme de certains observateurs qui pensent que c’est l’entente des sponsors qui importe le plus.
A. E. T.