Confinement

LE REBOND DE LA PANDÉMIE EST LE RÉSULTAT AVÉRÉ DE LA VIOLATION DES MESURES BARRIÈRES : L’État appelé à faire respecter la loi 

Depuis l’entame de la période du déconfinement graduel, le bilan journalier de la pandémie du Covid-19 en Algérie ne cesse d’augmenter. Le chiffre de 240 cas confirmés enregistrés ce vendredi, est, lui, seul un nouveau record jamais atteint depuis l’apparition de la pandémie. Il commande une parade pour éviter un scénario périlleux.

La majorité des professionnels et experts jettent la responsabilité de la situation actuelle sur le citoyen et le relâchement observé durant cette période, notamment pour ce qui est du non-respect des mesures de prévention et le port du masque dans les lieux publics ou ailleurs. C’est l’avis du Pr Kadir, épidémiologiste à l’hôpital de Batna qui a pointé du doigt le comportement de beaucoup de personnes. «L’Algérie est en train de payer l’indiscipline de la population», a-t-il affirmé. Aussi le Dr Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus, a indiqué, à maintes fois, que la hausse du nombre de contaminations était engendrée par le non-respect des mesures de prévention et de distanciation sociale.
C’est le cas de le dire, puisque les citoyens ont fait preuve, ces dernières semaines, d’un manque de responsabilité et de conscience vis-à-vis de la gravité de la situation sanitaire actuelle, en banalisant le virus qui a pourtant mis le monde entier à genoux. Dans les rues, les marchés, les jardins comme dans les magasins ouverts après l’autorisation accordée par le gouvernement, la population devient de plus en plus négligente des mesures barrières qui protègent sa santé et celle des autres, non seulement cela mais même avec les interdictions des rassemblements, le couvre-feu, l’organisation des conférences, cérémonies, sans parler des mariages et des fêtes qui sont fortement interdits par la loi vu que ces occasions regroupant un grand nombre de personnes dans des lieux fermés mettent en danger la vie d’autrui et encouragent la propagation rapide du virus.
Et comme l’a dit à maintes fois le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, la santé publique est « une priorité nationale » avant même l’économie. D’ailleurs, des peines judiciaires consistant en des amandes et des procès-verbaux ont été notifiées contre tous les contrevenants de la loi allant des fois jusqu’à l’emprisonnement.
Or, malgré le dispositif législatif, des citoyens transgressent la loi, citant l’exemple des mariages ; à peine le déconfinement progressif est entré en vigueur le 7 juin passé, des mariages par dizaines ont été organisés dans la capitale comme dans les grandes villes du pays, et les vidéos des cortèges et des fêtes dans des salles ont été publiées sur les réseaux sociaux. « Une infraction en plein jour et devant les yeux de la police », ou est passé la loi ? Le moment n’est pas venu pour l’appliquer ? Dans ce cas, ce sont les autorités qui se trouvent responsables de cet état de fait, et du relâchement des citoyens vu la non application de la loi correctement et fermement. Dans ce sillage, le Pr Bekkat Berkani a appelé les services de sécurité à appliquer la loi contre les citoyens qui violent les mesures de prévention. « Seule la force de la loi est en mesure de venir à bout des comportements irresponsables des plus réfractaires », dit-il. Le président de l’Ordre des médecins estime que l’heure est à « l’application stricte » de la loi. Il considère que le décret instituant l’obligation du port du masque ne souffre aucune ambiguïté. « Il suffit, dit-il, de veiller à son application». Pour lui, la loi doit être appliquée sans état d’âme pour obliger les moins enclins à respecter les règles sanitaires à le faire. « Nous sommes en situation d’urgence sanitaire, et à ce stade, les libertés de l’individu sont abolies. Mettre en danger la santé d’autrui est un délit », tranche-t-il, appelant les autorités concernées à faire appliquer la loi, estimant que « si tout le monde adoptait ce geste de manière stricte, au bout de dix à quinze jours, il nous serait possible de sortir de cette situation et dépasser la crise ».

Saturation des hôpitaux
Il faut savoir que des établissements hospitaliers, dans plusieurs villes du pays, sont saturés et ne peuvent plus prendre en charge les malades en raison de la fulgurante hausse des cas confirmés. C’est l’exemple des CHU de Tlemcen, Sétif, Parnet et Bab El-Oued (à Alger). « Les malades sont refusés par manque de places et de moyens», indique le Dr Kadir. «Le problème c’est que ce sont des malades qui repartent chez eux tout en ayant une PCR positive (une analyse moléculaire, ndlr) ou qui ont un scanner qui donne à voir probablement un Covid-19», a-t-il expliqué, mettant en garde : « Cela veut dire que ces malades sont hyper contaminants !». Par ailleurs, et pour ne citer que le cas du personnel médical mobilisé à Annaba pour assurer le suivi des malades du Covid-19, souvent au prix de leur vie, le décès d’un des médecins les plus connus et respecté dans cette wilaya enregistrant un nombre élevé de personnes contaminées. Le Dr Benmerzouga a succombé le week-end dernier au coronavirus. Il était en exercice dans son cabinet avant d’être contaminé et il a été enterré dans des circonstances affligeantes pour sa famille qui n’a pas assisté à la cérémonie funèbre. Et pour cause, les règles en vigueur et les mesures de prévention contre le Covid-19.
Sarah Oubraham