ROBERT STRYK

Le patron déchu signe un lobbyiste pro-Trump

Tête d’affiche des hommes d’affaires impliqués dans de gros dossiers de corruption en Algérie, et condamné le 1er juillet dernier à 18 ans de prison ferme, Ali Haddad sévit depuis sa cellule de prison. Dans une tentative téméraire d’influer sur l’échiquier politico-financier, mais dont l’entreprise a peu de chance d’aboutir, l’ex-patron du FCE réactive ses réseaux à l’international. C’est ainsi qu’il s’offre le luxe d’engager un lobbyiste de renommée mondiale. Un proche collaborateur de l’actuel président américain qu’il a fait signer le 26 juillet passé à Paris (63 rue Pierre Charron), par l’intermédiaire de sa conseillère principale, une certaine Sabrina Ben, pour la bagatelle de … 10 millions de dollars. Cette révélation ahurissante est le propre du journaliste Julian Pecquet, rédacteur chef du journal électronique américain Al-Monitor, dans une tribune publiée mercredi dernier sur foreignlobby.com, un site spécialisé dans le lobbying. Concernant le contrat passé, il engage donc Ali Haddad et le Sonoran Public Group, une entreprise de services de lobbying très introduite dans les rouages du Congress américain. Le patron de l’ETRHB a sollicité ce groupe à l’éffet de fournir « des services de conseil aux entreprises et personnels » ainsi que « d’autres services sur une base convenue », cite cette source qui détient des bribes d’informations sur le document.
Jusque-là pas ou peu connue de l’opinion nationale, la conseillère de Haddad basée à Paris a été chargée par son employeur détenu à El-Harrach de signer en son nom le contrat avec ce groupe de lobbying représenté par Robert Stryk, son fondateur, et son PDG Christian Bourge, tous deux de nationalité américaine. Mais, ce qui est intéressant de savoir c’est que le premier cité n’est autre que le proche collaborateurs du président américain pour avoir dirigé, en 2016, la campagne électorale de Donald Trump. Une proximité avec la Maison Blanche qui a valu à Robert Stryk de faire fortune. Dans son enquête, le journaliste américain a tenté de rapporter la nature de ce contrat, mais il a buté sur le refus de répondre à ses nombreux messages adressés aussi bien au lobbyiste qu’à la société qu’il a fondée. Dans cette tribune, l’enquêteur a pris la peine de rappeler que Haddad  est un ancien responsable du patronat algérien, dont la société, l’ETRHB, « a géré plus de 2 milliards de dollars de contrats depuis sa création en 1997 ». Dès lors, la question est de savoir d’où Haddad a-t-il puisé les 10 millions de dollars de contrat pour s’acheter les services du lobbyiste américain. La même source renvoie également à l’élection du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lequel s’est engagé à mener une lutte sans merci contre les corrupteurs, et de là extirper les racines de cette gangrène dans l’administration et les pratiques de l’État.

Les sales besognes de Sonoran
Si Ali Haddad fait appel au groupe Sonoran c’est qu’il a dû être briefé par sa représentante personnelle à Paris. Réputé pour les sales besognes qu’il a monnayées en contrepartie auprès de ses clients, Robert Stryk dispose d’un riche palmarès. En effet, cite la même source, les révélations d’un ancien diplomate du Département d’État américain spécialisé de l’Afrique du Nord a été à la rescousse de plusieurs personnalités controversées dans le monde des affaires. William Lawrence, puisque c’est de lui qu’il s’agit, explique que Sonoran « est  une entreprise qui s’est fait une réputation – et des bénéfices considérables – représentant des clients controversés au cours des trois dernières années et demie. » Preuve en est, en 2017, « elle a décroché l’or avec un paiement initial de 5,4 millions de dollars du ministère saoudien de l’Intérieur pour un contrat qui a été résilié quelques semaines plus tard, après un coup d’État dans un palais », cite-il. Comme l’entreprise a aussi empoché au moins 2,2 millions de dollars pour « une  mission » au nom du gouvernement de Nicolas Maduro au Venezuela. »En Angola, Robert Stryk a également volé au secours de la fille du chef de l’État. Isabel dos Santos, tout comme le Haddad national, a été éclaboussée par plusieurs affaires de corruption. Ce lobbyiste a récolté auprès de sa cliente, accusée de détournement de deniers publics, un montant de « 2,2 millions de dollars ».
Farid Guellil