LE CONSEILLER À LA PRÉSIDENCE SAHRAOUIE MOHAMED SALEM OULD SALEK : « Le veto russe a anéanti les investissements du Maroc visant à légitimer l’occupation »

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Le ministre d’État chargé des Affaires diplomatiques à la présidence de la République sahraouie et président de la commission des relations extérieures du Front Polisario, Mohamed Salem Ould Salek, a affirmé que le veto opposé par la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU avait réduit à néant les investissements consentis par l’occupant marocain depuis 2001 pour contourner le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance.
Dans une émission spéciale diffusée lundi soir par la télévision nationale sahraouie, le responsable sahraoui a qualifié cet événement de « grande victoire » pour le peuple sahraoui, mais également pour la région, l’Afrique et le monde. Il a estimé que cette position constitue une défense ferme des fondements et des principes sur lesquels reposent les relations internationales et qui ont présidé à la création de l’Organisation des Nations unies. Selon lui, cet événement historique ouvre une nouvelle dynamique favorable à la lutte du peuple sahraoui pour défendre ses droits, recouvrer sa liberté et accéder à l’indépendance. Revenant sur les origines du processus de règlement du conflit, Mohamed Salem Ould Salek a rappelé que l’ancien roi du Maroc, Hassan II, avait fini par accepter le plan de règlement onusien et africain sous la pression des opérations de l’Armée de libération populaire sahraouie et des échecs diplomatiques accumulés par Rabat. Il en avait conclu, selon le responsable sahraoui, que le Maroc ne pourrait pas remporter cette guerre et que la souveraineté sur le Sahara occidental appartenait exclusivement à son peuple. Il a souligné que Hassan II, faisant preuve de réalisme politique, avait accepté le principe du référendum d’autodétermination, considéré comme une issue démocratique conforme aux résolutions de la légalité internationale. Même s’il avait tenté de gagner du temps, convaincu que les résultats du scrutin ne seraient pas favorables aux thèses marocaines, il avait néanmoins laissé ouverte la voie à cette consultation, affirmant à plusieurs reprises qu’il en accepterait les résultats. Une démarche qui visait, selon Ould Salek, à préserver son régime et à sortir le Maroc de son aventure expansionniste.

Les défaillances du processus onusien
Abordant le processus de règlement sous l’égide des Nations unies, le diplomate sahraoui a situé le début de sa véritable dérive dans l’implication du groupe dit des « Amis du Sahara occidental ». Il a estimé que le Conseil de sécurité aurait plutôt dû concentrer ses efforts sur le renforcement de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), afin de lui permettre d’accomplir pleinement son mandat face aux entraves marocaines. L’incapacité de la mission à organiser le référendum, son impossibilité de surveiller la situation des droits de l’Homme et de mettre un terme au pillage des ressources naturelles du territoire s’expliquent, selon lui, par la protection dont bénéficie l’occupant marocain au sein de ce groupe, lui permettant ainsi d’échapper à toute responsabilité. Concernant le veto russe, Ould Salek a expliqué que Moscou avait clairement averti, lors des délibérations au Conseil de sécurité, que le projet américain plaçait les membres du Conseil devant un choix : accepter que la MINURSO soit utilisée pour contourner les résolutions de l’ONU et les principes du droit international appliqués à la question sahraouie, ou mettre fin à la présence de la mission au Sahara occidental. Il a précisé que la Russie avait indiqué préférer la fin du mandat de la MINURSO plutôt que de voir ses missions et ses fondements détournés de leur objectif initial, si le projet américain était maintenu en l’état. Le responsable sahraoui a également mis en avant la position de la Chine, qui participait pour la première fois à une réunion de ce groupe. Pékin a rappelé que le Conseil de sécurité n’avait pas compétence pour reconnaître la souveraineté d’un État sur un autre pays ou territoire. Une telle démarche, a-t-il souligné, ne s’est jamais produite depuis la création de l’ONU en 1945 et constituerait aujourd’hui un précédent dangereux pour la paix et la sécurité internationales. La Chine a également insisté sur l’impératif de respecter le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

Une nouvelle dynamique pour la lutte sahraouie
Rejetant toute interprétation faisant état d’une impasse diplomatique, Mohamed Salem Ould Salek a assuré que les récents développements traduisent, au contraire, une dynamique importante en faveur de la poursuite du combat du peuple sahraoui pour la liberté, l’indépendance et le recouvrement de sa pleine souveraineté. Répondant aux tentatives marocaines de présenter le veto russe sous un autre angle, il a démenti que Moscou ait informé préalablement l’occupant marocain de ses intentions. Il a précisé que la Russie avait exprimé ouvertement, au cours des discussions, son opposition à toute modification du rôle et du mandat de la MINURSO. En privilégiant la fin de la mission plutôt que le détournement de ses prérogatives, Moscou a, selon lui, empêché son instrumentalisation au service de la légitimation de l’occupation et de l’imposition du fait accompli. « Les Marocains peuvent continuer à tromper l’opinion publique marocaine comme ils le font depuis 1975, mais ils ne peuvent pas falsifier des faits documentés », a-t-il déclaré. Le ministre d’État et président de la commission des relations extérieures du Front Polisario a, par ailleurs, estimé que l’occupant marocain avait épuisé ses dernières cartes pour rallier des soutiens à sa proposition, allant de la normalisation des relations jusqu’à l’achat de consciences et de soutiens individuels et étatiques. Avec le veto russe, a-t-il affirmé, les résultats de tous ces efforts et investissements destinés à légitimer l’occupation se sont évaporés. Enfin, Ould Salek a comparé l’expansionnisme colonial marocain à celui d’un « mauvais élève », estimant que les différentes initiatives de Rabat, depuis l’accord-cadre jusqu’à la proposition d’autonomie et aux tentatives d’imposer des solutions unilatérales, reprennent des méthodes déjà expérimentées par d’autres puissances coloniales et régimes ségrégationnistes. Il a notamment cité le cas de la France en Algérie, le régime d’apartheid en Afrique du Sud et le régime de ségrégation raciale en Rhodésie, devenue le Zimbabwe, ainsi que l’expérience du Vietnam, affirmant que toutes ces entreprises avaient finalement connu un échec retentissant.
M. Seghilani