Djerad

LA FORMATION D’UN GOUVERNEMENT TARDE À VENIR : Les affaires courantes ou le provisoire qui dure

Près d’une semaine après avoir été nommé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au poste de Premier ministre, l’ancien directeur de l’École nationale d’administration, Abdelaziz Djerad, tarde à former son gouvernement, laissant ainsi le pays entre les mains d’un gouvernement reconduit de l’expremier ministre, Noureddine Bedoui, chargé de la gestion des affaires courante du pays. Même si dans le fond, le gouvernement de Bedoui ne s’est jamais contenté de sa mission initiale ; à savoir une gestion « limitée » en rapport à ses prérogatives en charge des affaires courantes du pays, en se comportant en Exécutif dûment nommé, il apparait évident qu’à la lumière de la nouvelle donne, notamment l’élection par les urnes d’un nouveau Président, la gestion déficitaire en termes de légalité n’a plus lieu d’être, même si le nouveau Président n’est pas tenu par un quelconque délai constitutionnel, pour la formation de son gouvernement. Il est donc à signaler que, hormis la nomination de ses proches collaborateurs, le nommé à la tête du gouvernement, Abdelaziz Djerad, ne semble pas être pressé pour nommer son staff, laissant le soin aux membres de l’équipe de Bedoui, qui s’est juste amputée de deux ministres. On est justement toujours face à un provisoire qui dure. En effet, aucun ministre n’a été nommé jusqu’à présent, par le nouveau Premier ministre Djerad. C’est dans le sillage de cette gestion, que le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Chérif Omari, a ordonné la mise sur pied d’une cellule multisectorielle composée des départements de l’Intérieur, du Commerce, de l’Industrie, de la Formation professionnelle et des acteurs du secteur, pour le suivi du dossier de la commercialisation des produits agricoles. Et est aussi dans cette optique, que le directeur général de la régulation et du développement d’un productions agricoles au ministère de l’Agriculture, Mohamed Kherroubi, a annoncé adoption d’un programme sur les mécanismes techniques étudiés pour absorber l’excédent de production de pomme de terre et le recul des prix au niveau des marchés. Et le ministère du Commerce ne déroge pas également à la règle. Dans un communiqué, publié mardi, par l’agence officielle APS, il a été annoncé l’élaboration d’une feuille de route relative aux actions de sensibilisation et d’information qui seront engagées durant 2020 pour lutter contre le gaspillage du pain. Un projet qui vise, selon le même texte, à alerter le grand public sur le phé- nomène du gaspillage du pain et ses enjeux économiques, sociaux et environnementaux ainsi que la vulgarisation des astuces anti-gaspillage (conservation du pain, l’utilisation des restes de pain..). Si après la démission du désormais ex-président de la République, Abdelaziz Bouteflika, la gestion des affaires courantes par le gouvernement en place était du moins compréhensible, et que la Constitution dans son article 104.44 stipule que – Le Gouvernement en fonction au moment de l’empêchement, du décès ou de la démission du président de la République, ne peut être démis ou remanié jusqu’à l’entrée en fonction du nouveau président de la République- il n’en demeure pas moins, que ce mode de gestion n’a plus le droit de citer, après l’arrivée de Abdelmadjid Tebboune, en tant que Président élu. Sauf que le pays est toujours géré par un gouvernement de gestion des affaires courantes.

CE QUI POURRAIT LE JUSTIFIER ET CE QUI NE LE POURRAIT PAS
Qu’est-ce que donc peut justifier la «lenteur» dans la formation d’un nouveau gouvernement, alors que le pays est en proie à une crise politique de l’intérieur, et un environnement sécuritaire hostile à nos frontières ? Le nouveau Premier ministre sous Tebboune cherche–t-il à se donner le temps nécessaire pour sonder les personnalités « intègres » susceptibles d’apporter leur grain de sel à son gouvernement de «compétences» en rupture avec la gestion des pouvoir successifs ? Ou peine- til, justement, à convaincre les compé- tences approchées de la noblesse du projet du nouveau Président ? Difficile de répondre. Mais depuis l’avènement du Mouvement populaire du 22 février dernier, le moindre faux pas de la part du nouveau Premier ministre dans le choix de son staff, pourrait s’avérer fatal sur toute l’entreprise du nouveau président, notamment son offre du dialogue avec les protestataires, et par voie de conséquence sur une éventuelle sortie de crise salutaire pour le pays. La composante de la prochaine équipe gouvernementale est un élément clé de la suite à donner à la main tendue du président Tebboune. D’où peut-être l’atermoiement du chef de l’Exécutif dans la formation de son équipe. Prudence oblige. Quoiqu’il en soit, la conjoncture actuelle dans le pays, marquée par le bras de fer pouvoir-mouvement populaire, une stagnation à grande échelle dans tous les secteurs, ainsi que le bruit de bottes à nos frontières notamment en Libye, suite à l’offensive militaire du maréchal Khalifa Haftar sur la capitale libyenne, Tripoli, et l’éventuelle intervention militaire de la Turquie dans ce pays, ne sont pas en mesure d’accorder encore plus de temps à l’ancien SG de la Présidence sous Liamine Zeroual.
Brahim Oubellil