Jean-Marie Guéhenno, PDG de l'International Crisis Group
Jean-Marie Guéhenno, PDG de l'International Crisis Group

INTERNATIONAL CRISIS GROUP ANNONCE UNE CRISE ÉCONOMIQUE PÉRILLEUSE EN 2019 : La stratégie de mise sous tension

«Des réformes sont urgentes en Algérie pour diversifier une économie dépendante aux hydrocarbures et éviter une crise économique dès 2019», avertit l’ONG spécialisée dans l’analyse et la présentation de recommandations pour la résolution des conflits et situations difficiles.

L’alerte est donnée avec le ton de l’instruction. Ainsi, le centre d’analyses International, Crisis Group, non seulement pointe le curseur sur «la paralysie politique» qui mine toute possibilité de sortie du statu quo. Un statu quo voulu et maintenu par des «groupes d’intérêt influents», mais avertit et donne l’alerte sur les conséquences de ce que sera pour l’Algérie un 2019 très périlleux.
Dans ce nouveau rapport, intitulé «Surmonter la paralysie économique de l’Algérie», l’ICG porte un regard très critique sur les mesures prises par l’Exécutif pour faire face à la crise financière. «Les nouvelles réalités financières ne permettent plus de maintenir le niveau élevé de dépenses publiques des dix dernières années, qui vide rapidement les caisses de l’État», souligne le rapport.
Crisis Group précise en outre que «les nouvelles réalités financières ne permettent plus de maintenir le niveau élevé de dépenses publiques des dix dernières années, qui vide rapidement les caisses de l’État»: «Malgré les promesses des gouvernements successifs de faire des réformes et de rééquilibrer les finances publiques, la paralysie politique a fait obstacle à toute mesure décisive».
Le centre d’analyses International Crisis Group (ICG) informe que «le rétablissement du cours du pétrole, la crise économique pourrait frapper le pays dès 2019 et se greffer aux tensions entourant la présidentielle». D’après l’ICG, deux facteurs paralysent l’économie en Algérie: «des groupes d’intérêt» influents qui «défendent le statu quo” et le souvenir de la guerre civile, née des troubles politico-sociaux ayant suivi les mesures d’austérité des années 1980 et 1990».
L’ICG trouve que : «la politique monétaire expansionniste, qui alimente l’inflation, permet seulement au gouvernement de gagner du temps sans s’attaquer aux problèmes de fond». Ainsi L’ICG incite le pays à : «élargir son “éventail” d’interlocuteurs, limités à l’UGTA et au Forum des chefs d’entreprises», et à «mettre l’accent sur les jeunes dans l’élaboration du programme de réformes». Voilà, en grosses lignes, en quoi consiste ce rapport hautement nocif pour l’Algérie. Si sur le plan économique et technique, on peut engager un bras de fer à cette machine de propagande redoutable qu’est l’ICG, mais sur le plan du timing, on ne peut qu’afficher une défiance justifiée.
On sait que l’année 2019 est une année charnière pour l’Algérie, dans tous les cas de figure, et on sait encore que les retombées économiques de ce rapport peuvent être désastreuses et ruineuses pour l’Algérie. La crise, qui peut écraser le pays de tout son poids, n’existe pas encore, mais venant d’un aussi prestigieux Think-Tank, elle est fortement pressentie. D’abord par les investisseurs étrangers, qui ne peuvent que surseoir à leurs actions en Algérie, ensuite par les opérateurs économiques partenaires de l’Algérie, qui risquent d’y voir un motif pour se désengager de certaines coopérations, enfin, par les Algériens eux-mêmes, qu’ils soient hommes d’affaires ou citoyens lambda, les premiers en exfiltrant leur argent loin du pays, les seconds en perdant espoir ou en se fixant dans l’inanité du désespoir. De quel côté que l’on tourne ce rapport, ses coutures sont pour l’Algérie aussi malveillantes que porteuses de germes. La perspective que l’on présente est aussi une stratégie de mettre sous tension, de culpabiliser et de décourager.
I. M. Amine