Initiative de consensus national du MSP : La rencontre demain avec Ouyahia, dernière chance pour Makri ?

Refusée par la plupart des partis consultés jusqu’à maintenant et déniés par l’institution militaire, Abderrazak Makri tentera demain de convaincre, de son initiative d’un «consensus national » pour arriver à «une transition politique», le parti du Premier ministre, le RND. Ironie du sort, le MSP espèrera réussir sa dernière chance auprès d’un Ahmed Ouyahia, qu’il présentait comme un «ennemi» et un «éradicateur».

En lançant son appel à l’armée pour «régler la crise qui secoue l’Algérie» en organisant «une transition démocratique», le président du MSP ne s’attendait pas à une réponse si prompte de cette dernière. Alors qu’il devrait rencontrer demain Ahmed Ouyahia, SG du RND, pour «rapprocher les points de vue» et expliquer son initiative, après une série de rencontres similaires avec d’autres chefs de partis, les militaires ont donné déjà leur avis. Lors d’une cérémonie à l’école militaire de Cherchel, jeudi dernier, le Chef d’état-major de l’ANP et Vice-ministre de la Défense nationale, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, a réservé une fin de non-recevoir à Makri.
«C’est étrange et illogique qu’à l’approche de chaque élection, certaines personnes et partis, qui au lieu d’œuvrer pour gagner la confiance du peuple algérien en s’occupant de leurs préoccupations, s’éloignent du bon sens politique», a-t-il indiqué, dans un discours transmis par la télévision publique. Auparavant, Djamel Ould Abbès avait pourtant délimité clairement les lignes rouges, «le président et l’armée», après sa rencontre avec Makri, la semaine dernière. Quel intérêt donc que revêt la rencontre Makri – Ouyahia ? Certes, les expériences précédentes confirment que les deux hommes ont été toujours au coude-à-coude, mais le MSP et le RND ont été aussi des alliés à un certain moment. C’était à l’époque où il compose avec le RND et le FLN l’Alliance présidentielle, qui a dirigé le gouvernement, avant de le quitter en 2014. « Les liens avec le MSP ne sont pas un fait nouveau pour nous. Nous avions déjà travaillé ensemble pendant des années au sein de l’Alliance présidentielle et au gouvernement. Et le MSP a eu à confirmer dans divers occasions ses orientations nationalistes et son attachement à l’intérêt suprême du pays», a expliqué à El-Khabar, Seddik Chihab, numéro deux au RND.
Selon ce dernier, le MSP «n’a jamais eu des positions hostiles pour nous empêché de le rencontrer». Quant à ses positions pour un candidat de consensus lors des prochaines présidentielles, alors que les partis de l’allégeance se sont prononcé pour un autre mandat pour le président Bouteflika, le RND «restera prudent tout en analysant leurs revendications.
Si leurs intentions sont bonnes, nous allons les accueillir positivement. Cependant, si elles représentent un risque de nous faire retourner à la case de départ, alors nous aurons un autre avis», tranche Chihab. Au MSP, l’appel à l’intervention de l’armée est à craindre. Certains partis comme le FLN y voit même «une menace pour l’État civil» en sollicitant l’institution militaire «à interférer dans les affaires politiques du pays». «Il est nécessaire de clarifier quelques notions qui ont été utilisé lors des déclarations du président du MSP sur le rôle de l’armée. Il était pourtant très clair en fixant le concept “accompagnement” et non pas celui d’ “interférence”, car le consensus national, que le MSP œuvre à réaliser, nécessite l’accord de l’institution militaire. Le cas échéant, ce consensus ne saurait aboutir», veut faire croire Ahmed Sadouk, président du groupe parlementaire du MSP à l’APN. Face aux critiques fusant de toute part, le MSP a dû revoir son initiative et d’en donner une autre version allégée. «L’initiative de consensus national ne s’inscrit pas sous le titre de Transition démocratique. Elle s’inscrit dans les mêmes délais et paramètres constitutionnels, tout en maintenant la continuité des institutions. Nous considérons que les élections présidentielles de 2019 sont une occasion pour concrétiser le consensus. Quant au concept de “transition démocratique” le parti garde le droit d’utiliser ce terme pour bénéficier des précédentes expériences dans le monde, tout en gardant les spécificités du cas algérien», rassure le MSP dans un communiqué cette semaine. Mais, si demain le RND refuserait aussi l’initiative de Makri, cela peut-il vraiment remettre en cause l’idée de consensus national ? « À l’état actuel, nous sommes toujours en phase de convaincre de notre initiative, ses aspects, ses objectifs et la nécessité de se mettre d’accord pour arriver à un gouvernement de consensus national. Ensuite viendrait le consensus sur le président qui serait obliger à l’avenir d’accepter ce consensus et le concrétiser. Il sera bon de s’armer de patience pour arriver à bout de la crise. Toutefois, nous ne désespérerons pas et nous ne lâcherons pas. Si nous ne réussissons pas le consensus en 2019, nous allons renouveler la même initiative en 2022, jusqu’à aboutir à un consensus », souligne le président du groupe parlementaire MSP.
Hamid Mecheri