Industrie automobile/ Le non-sens des voitures moins ch§res qu’à fabriquer : L’ordre s’impose aux forceps

En pleine récession économique, pourtant, l’industrie automobile se porte bien en Algérie ; les constructeurs étrangers, en plein essor, engrangent, bon an mal an, des profits substantiels; alors que les autres usines, dites d’assemblage, font tourner le commerce à grande vitesse. Qu’on en juge : pour l’année en cours, ces constructeurs auto promettent quelque chose comme une production de 260 000 voitures au 31 décembre 2018.

Les coudes-à-coudes qui ont émaillé la course vers les autorisations de construire ou d’assembler ont été rudes, renseignant sur un marché juteux chez les concessionnaires, un secteur où on ne se fait aucune concession. Renault promet une production de 80 000 voitures en 2018, avec de nouveaux modèles, alors que le groupe Tahkout, qui détient l’usine de montage de voitures de la marque Hyundai à Tiaret et Suzuki à Saïda, promet d’assembler 100 000 véhicules; Sovac, détenteur de 51% de l’usine de montage Volkswagen Algérie, table sur l’assemblage d’un ordre variant entre 35 000 et 40 000 voitures. KIA Algérie inscrit les 40 000 voitures/an comme tout à fait à sa portée. Tout cela est bien beau sur papier, mais il y a un problème dans cette industrie, et pas n’importe que problème : en fait, un gros problème, d’argent s’entend, et qui incite le Gouvernement à intervenir presque chaque deux à trois mois, pour tenter, tant bien que mal, à atténuer les paradoxes et à en modérer le coût. Ce problème est le coût de la voiture ; l’Algérie se présente aujourd’hui avec une industrie surprenante, à la limite de l’invraisemblable, et, tout compte fait, inacceptable dans ses normes actuelles, puisque c’est le seul pays au monde qui vend la voiture fabriquée localement plus chère que celle (la même) importée. Le ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, a bien essayé, il y a deux jours, de montrer que le Gouvernement cherche à réguler un marché éminemment irrégulier, mais ses propos sonnent comme un aveu d’impuissance : «Nous avons demandé à l’ensemble des constructeurs locaux de nous remettre les prix. Ces prix seront affichés et l’État veille à ce que les prix des véhicules montés localement ne soient pas supérieurs à ceux importés ».
Comprendre par là que les voitures fabriquées localement, et qui doivent, selon la logique du marché, être moins chères que celles importées, et être de ce fait à portée, ont presque doublé de prix depuis deux-trois années, une hausse inacceptable, incompréhensible, défiant toutes les lois de l’économie et que n’explique ni la dévaluation du dinar, ni encore moins les augmentation de certaines taxes. Cette précision vigoureuse de Yousfi, est tout de suite diluée par une autre : «ce n’est pas au Gouvernement de fixer les prix des véhicules montés localement », bien qu’il doit en principe être le garant d’une justice et une équité dans les prix et de toute évidence, habilité à contrôler les prix pratiqués. Cette situation a poussé, dans un passé récent, certains experts à proposer, à l’État, le retour de l’importation des véhicules de moins de trois ans, seule contrainte apte à faire baisser les prix des nouvelles voitures et à contraindre les constructeurs ou les assembleurs à fixer des prix « raisonnables ». Devant la difficulté de mettre l’ordre dans un secteur coupe-gorge, le Gouvernement est en train de travailler au cas par cas avec les constructeurs et les assembleurs, pour qu’il n’y est ni triche, ni tromperie sur la marchandise. D’ailleurs, aucune liste définitive n’a été officiellement communiquée. Après les dix marques agréées, on a parlé de 40, mais rien n’est encore fixé : «Il n’existe aucune liste. Les constructeurs retenus sont informés», a déclaré le ministre Yousfi, reflétant les difficultés à mettre de l’ordre dans un secteur juteux, qui attise tous les appétits et alimente toutes les «mauvaises» concurrences.
F. O.