Fêtes de mariage à Chlef : joie, dépenses et nuisances sonores

Bien que beaucoup de fêtes de mariage fussent organisées bien avant le Ramadan, leur nombre a tendance à se multiplier depuis l’Aïd El-Fitr. Ce regain s’expliquerait par le fait que la rentrée scolaire est toute proche et la nécessité d’en finir avant que les vacances s’épuisent et que les familles retournent chez elles. En ce moment, partout à travers la wilaya de Chlef il y a des fêtes de mariage presque tous les jours et les longs cortèges de voitures de luxe n’en finissent pas. Ces fêtes mobilisent beaucoup de monde tant du côté des familles organisatrices que du côté de celles invitées.
Des sommes colossales sont dépensées souvent au détriment des nouveaux mariés qui ont mis des années à économiser pour fonder un foyer. Ainsi, chaque année, de nouvelles traditions voient le jour et viennent alourdir le budget consacré aux fêtes de mariage, ce phénomène a tendance à rendre le mariage presque impossible pour de nombreux jeunes.  D’ailleurs, l’âge de mariage recule d’année en année, à tel point que le nombre de vieux garçons et de vieilles filles augmentent aussi. Hadj Merzoug du haut de ses 80 ans, regrette le temps ou l’on célébrait ces fêtes dans une ambiance empreinte de sérénité et de convivialité. Avant, précise-t-il, « les festivités se passaient uniquement la nuit et l’on n’entendait que les chants et les youyous des femmes, lorsque la famille organisatrice de la fête n’a pas les moyens de s’offrir une chanteuse ; et en général cela ne durait qu’une heure ou deux, à onze heures chacun rentre chez-soi». Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui, nos villes et villages deviennent, à l’occasion des fêtes familiales, de véritables discothèques à ciel ouvert. Les disc-jockeys, omniprésents aujourd’hui dans les célébrations, sèment de la joie mais aussi de la gène. On se retrouve ainsi, parfois dans un même village, dans une situation intolérable : une cérémonie funèbre se déroulant sous des airs de musique agressive. Cependant, si la location d’une salle de fête pour un mariage est devenue incontournable pour presque la majorité des familles, il n’en demeure pas moins qu’une minorité d’entres elles érigent des tentes de fortune à proximité de leurs maisons pour accueillir les invités (ées). Cette situation bien évidemment fait le bonheur des quelques propriétaires de salle de fête qui louent ces tentes à des prix exorbitants, du moins pour les familles à faible revenu. « Cette cérémonie d’un jour doit laisser des souvenirs pour toute la vie et faire des envieux. Il est donc inimaginable de l’organiser dans son petit salon ou sur la terrasse de son bâtiment sous la bâche bleue » telle est la réaction de la majorité des nouveaux mariés.. D’où le recours à la salle de fête. Mais à quel prix ? Les tarifs varient selon que la salle de fête se trouve dans une grande ville ou dans un petit village. À titre d’exemple au niveau du chef-lieu de wilaya (Chlef) il faut débourser environ 14 à 16 millions de centimes pour louer la salle pour un après-midi (généralement entre 13 H et 19 H). Pour une ville côtière comme celle de Ténès il faut compter 8 à 9 millions de centimes pour la même prestation de service. Nacera, la trentaine passée, avoue qu’elle s’est endettée pour s’offrir un mariage de ses rêves mais, dira-t-elle, « qu’importe je ne veux pas être la risée de ma nouvelle famille et de la mienne bien entendu ». C’est de la fierté qu’il s’agit. Un legs à la fois culturel et historique transmis d’une génération à l’autre que nos femmes pensent devoir préserver à tout prix. Quant à Abdallah qui a dépassé allègrement la quarantaine ;il résume sa situation comme ceci: « Après avoir jeté mon dévolu sur ma future femme j’ai dû m’acquitter de la dot d’un montant de 15 millions, puis l’achat du mobilier chambre à coucher etc..) pour presque 25 millions puis j’ai réserve la salle pour 12 millions de centimes, j’ai fais également fait appel à un cuisinier pour préparer les mets à mes convives pour 14 millions (nourriture comprise), le disc-jockey et la caméra pour 7 millions, le tout pour plus de 73 millions que j’ai économisés pendant de longues années, alors que mon salaire mensuel est de 28.000 DA. Il est vrai que le mariage en Algérie coûte les yeux de la tête et de nombreux nouveaux mariés nous ont fait part des dépenses astronomiques induites par leur mariage. « Mon père a fait de son mieux pour limiter les dépenses et réduire les frais », nous a confié une jeune étudiante qui vient d’obtenir sa licence de Français, mais ajoute-t-elle c’est impossible. Les proches exercent une grande pression ». Pour la fille à marier les parents déboursent encore plus, notamment avec l’achat de vêtements tels que le Karakou, El-Fergani ,El-Bedroune ou la robe blanche, en sus d’un lot de bijoux ,autant de traditions qu’on doit respecter notamment durant la « tesdira », un moment très attendu par l’ensemble des convives pour apprécier la beauté de la femme et de ses tenues. Toutefois, devant l’inaccessibilité de ces vêtements, de plus en plus de femmes optent pour la location. Bien entendu la réservation de ces tenues doit se faire des mois avant la fête, comme ça se fait avec les salles de fêtes. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute, le rituel et les traditions du mariage ont changé pour devenir de plus en plus compliqués et couteux. Avec cette nouvelle mentalité, la joie et la convivialité ont cédé la place aux dépenses et aux tracasseries.
Bencherki Otsmane

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