PH HIRAK Mourad Sid

ENCADREMENT ET CONSCIENTISATION DU HIRAK : L’élite nationale a-t-elle failli ?

Depuis quelques semaines, le monde entier assiste, pour ne pas dire impuissant, à l’une des graves crises sanitaires de l’envergure d’un virus déclaré une pandémie. Quelque 120 pays sur un total de 193 sont touchés par l’épidémie du Covid-19, qui part encore pour gagner d’autres contrées du Globe. L’OMS, en tant qu’autorité de veille sur la Santé mondiale, déclare la menace avec tact, sans prendre le risque de pousser les populations à céder à la panique. L’Algérie, qui n’est pas en reste, vient de dénombrer sa troisième victime et voit le bilan des cas confirmés partir en hausse. Les hautes autorités du pays se mobilisent tant bien que mal, en ces temps de crise multidimensionnelle, pour appeler la population à la prévention face à un virus, dont le niveau de menace est connu et reconnu de par le monde entier. Pendant ce temps, les manifestations populaires de vendredi et de mardi se poursuivent. Certes avec état d’esprit porté sur la menace, mais elles se poursuivent quand même, sans mesurer les conséquences d’une contamination que pourrait porter un cas parmi les grandes foules, qui battent le pavé. Déjà livré à lui-même depuis son avènement le 22 février 2019, le Hirak se retrouve, aujourd’hui encore, dans un contexte de menace sanitaire mondiale, sans guide, ni représentants, qui sont à même de lui montrer la voie, lui dire ce qui prime et ou ce qui ne l’est pas. Ne dit-on pas en effet qu’« À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles » ? Passons ce niveau de débat, dès lors que le Mouvement populaire ne voudrait apparemment pas se structurer au risque de voir sa force de frappe, sa structure de masse entendre, voler en éclat.
Ce qui est frappant dans cette histoire de coronavirus que l’on prétend pouvoir défier, c’est le recul, voire l’absence de l’élite nationale, qui doit, plus que jamais en ce contexte particulier, servir d’exemple, de faire un travail pédagogique et d’appeler une prise de conscience, à l’effet d’éviter le pire à leurs propres concitoyens. Car, si d’essence même tout mouvement populaire ne réponde qu’à son besoin de regroupement, les élites de la société doivent jouer, et plus que ça, assumer leur rôle de guide parmi la population. Or, jusque-là, les seules et rares voix qui prétendent représenter le Hirak, du moins à son niveau symbolique, continuent à faire profil bas en se noyant dans la foule et versant dans le populisme ambiant.
Dès lors, des questions s’imposent en cette conjoncture marquée par la menace qui pèse sur la marche populaire qui a connu, vendredi dernier, son acte 56 de mobilisation. Au risque de se tromper, aucune personnalité, de quelque catégorie politique, sociale ou professionnelle qu’il soit, ne s’est exprimée à ce sujet, au moment même où le débat fait rage sur les réseaux sociaux. Des voix, effectivement, tentent d’attirer l’attention des Hirakistes sur le danger qui les guettent en continuant, dans cette conjoncture pandémique, d’organiser des marches. Mais, les élites nationales, reconnues comme telles, se sont effacées alors qu’elles étaient là lorsqu’il s’agissait de traiter politique, économie, géostratégie, social et quoi encore ?
Qu’en est-il encore de ceux que l’on appelait les « figures de proue » du Hirak et leur rôle de conscientisation dans ce contexte particulier ? Jusque-là, motus et bouche cousue. Le drame dans cette histoire, c’est que ce terrain vacant profite à d’autres horizons politiques douteux, parmi même les nostalgiques de la décennie noire terroriste. La doxa islamiste et intégriste qui tente, par le biais de l’un des fervents membres du mouvement Rachad, en la personne de Larbi Zitout, d’appeler, tenez-vous bien, le Hirak à durcir, voire à se dresser contre les forces de l’ordre lorss des marches populaires.
Farid Guellil