Elle affirme avoir d’autres priorités dans son agenda : Louisa Hanoune imperturbable face à la crise à l’Assemblée

Confinée dans une relative indifférence depuis le début de l’impasse qui a touché l’Assemblée populaire nationale (APN), la députée Louisa Hanoune n’en trouve pas grand-chose à redire à part d’en voir les signes de «l’agonie du système en place» et de se prononcer pour la création d’une «Constituante».
La patronne du Parti des travailleurs, qui a préféré se taire et attendre voir comment la situation évolue à l’Assemblée, a donné hier lors d’un meeting de son parti à El-Harrach (Alger) sa «lecture différente» des faits qu’elle considère quand-même comme «une crise interne du FLN», donc ne pouvoir rien trancher. Alors au risque de «s’ingérer dans les affaires internes» du parti d’Ould Abbès, Hanoune a déclaré : «nous avons d’autres priorités». «S’il s’agissait vraiment d’une crise au Parlement, alors nous aurions mobilisé toutes nos forces pour sauvegarder l’institution législative. Mais c’est le contraire. La crise à l’APN n’est pas plus grave que les 701 kilogrammes de cocaïne introduits dans le pays, pas plus grave que de voler l’argent public et brader les entreprises étatiques, ce n’est pas plus grave aussi que les conséquences de la LF votée en 2016», souligne Hanoune, ajoutant «comme nous n’avons pas voté sur le président actuel de l’APN, nous ne sommes pas concernés par le vote sur le nouveau président, car nous sommes une minorité et c’est la majorité qui choisit le président.
«Certains disent que la crise qui a secoué l’APN a touché gravement à l’image des institutions de l’État. Mais, de quelles institutions parlez-vous ? Reste-t-il encore des institutions», s’est interrogée Hanoune. Elle donne ainsi «la lecture différente» des travaillistes, qui, selon elle, cette crise de l’APN «aurait pu servir comme un facteur déclencheur pour une refondation des institutions nationales selon les normes démocratiques et les bases d’un État de droit». Le bras de fer qui a duré environ trois semaines entre l’actuel président de l’APN Saïd Bouhadja et le groupe parlementaire de son parti, à savoir le FLN, joint par RND, TAJ, MPA ainsi que les indépendants, inquiète pour autant Hanoune car la situation a mis à nu «des contradictions». Hanoune pointe «un vide juridique impensable» du fait que la vacance du poste de président de l’APN n’est pas prévue dans la Constitution de 2016», ce qui est, selon elle, «une pure aberration». L’éclatement de la crise «redonne raison à notre combat » , estime-t-elle, pour «convoquer une Assemblée constituante». L’idée n’est pas nouvelle, elle consiste en la collecte de deux millions de signatures de citoyens et les présenter au président de la République avec une lettre le sollicitant en faveur de cette option. Poursuivant son analyse, Hanoune estime que la crise de l’APN «n’est pas le véritable enjeu», mais plutôt «c’est l’existence de l’État algérien» qui est menacée. «Il est trop tard pour aujourd’hui. Le système en place est irréformable car il a atteint un état de putréfaction avancé», note Hanoune qui se réjouit d’ailleurs de l’espoir que «devant cette situation d’impasse, une volonté politique pourrait naitre chez quelques responsables de l’État en vue de trouver des solutions », poursuivant : « le PT serait alors prêt pour offrir l’accompagnement politique et aider à clarifier les horizons». Hanoune se défend en se disant « privilégier les solutions purement algériennes», mettant en garde contre «des scénarios de changements» à l’ukrainienne ou à la géorgienne, ou carrément «un retour du pouvoir militaire» comme en Égypte. Évoquant la présidentielle de 2019, Hanoune a estimé que parler de l’éventualité d’un cinquième mandat ou pas pour le président Bouteflika est «un débat biaisé», car en plus que «personne n’est au courant des véritables intentions du Président», on risque de se «cloîtrer dans un schisme de polarité entre ceux pour ou contre» et que «les données disponibles sur la prochaine échéance ne tolèrent pas d’ouvrir la porte à l’aventure».
Hamid Mecheri