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Disparitions forcées de harraga et des centaines de ressortissants algériens détenus illégalement dans des centres de rétention : Gaïd-Salah instruit les Forces navales pour contrôler les eaux territoriales

La récente prise en charge du problème des harraga algériens par les unités navales de l’Armée algérienne, renseigne sur le degré de pourrissement atteint par cet épineux dossier qui ne semble pas prêt à être clôts de sitôt.

Le problème humain des jeunes algériens déteint sur les relations politiques et commence à impliquer une diplomatie opérante pour établir les contacts avec les gouvernements, se déplacer et programmer les rapatriements. Ceci dans le meilleur des cas ; dans les pires, c’est soit le retour dans les cerceuils, ou l’emprisonnement dans l’anonymat, hors de tout cadre juridique et légal, jusqu’à ce que le pays hôte malgré lui, ait une idée précise sur le candidat à l’immigration.
En effet, d’après nos sources, le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, Ahmed Gaïd Salah, a donné des instructions fermes au commandant des Forces navales, lui enjoignant de surveiller de manière stricte les eaux territoriales algériennes, qui ont connu ces derniers mois un flux accru de candidats à l’immigration clandestine vers l’Europe, avec l’enregistrement de plus en plus inquiétant de femmes et d’enfants dans des embarcations de fortune, qui prennent appui surtout à partir de Mostaganem, Oran, dans l’Ouest, et Annaba, à l’Est du pays.
Concernant des cas avérés d’Algériens détenus à l’étanger, on avait signalé, au début du mois, des détenus algériens en Tunisie, en Italie, en Espagne, en Croatie, en Russie, à Chypre et en Grèce, sans pouvoir affirmer quel en était le nombre exactement.
Récemment encore, le groupe de travail des disparitions forcées ou involontaires de l’ONU a jugé recevables 10 plaintes de familles de harraga. En juillet dernier, l’instance a qualifié la réponse de la Tunisie, où seraient détenus illégalement nos ressortissants, « insuffisante pour déterminer le sort de ces personnes ». De ce fait, on assure que des centaines de ressortissants algériens sont détenus illégalement dans des centres de rétention à l’étranger et pas uniquement en Tunisie. En outre, il devient de plus en plus certain que des dizaines de harraga algériens, qui ont échoué par erreur sur les côtes tunisiennes, sont détenus illégalement dans des prisons tunisiennes et europénnes.
En l’absence de statistiques fiables et vérifiables, on estime à plus de 400 le nombre de candidats à l’émigration clandestine détenus à l’étranger. Certains pays, comme l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont une meilleure communication avec les autorités algériennes, du fait d’une coopération sécuritaire plus sérieuse ; d’autres pays, conforontés à la crainte de voir le terrorisme s’inscrire sur leur sol, se font plus discrets et entament des investigations musclées pour «faire cracher le morceau» aux prisonniers.
Du coup, on comprend mieux pourquoi le groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires des Nations unies (GTDFI) a pris au sérieux les plaintes de dizaines de familles qui ont perdu un enfant après une aventure maritime dont le bout n’a jamais été connu des parents.
D’après des indications fournies par des organisations droits-de-l’hommistes tunisiennes, en juin 2017, l’instance onusienne juge les plaintes recevables dans le fond et dans la forme, et demande des explications, sur ces cas, auprès de Frontex (Agence européenne des garde-côtes et garde-frontières), de l’État tunisien et évidemment l’Algérie. Le 31 octobre de la même année, Frontex envoie une correspondance pour spécifier qu’elle “n’a pas le mandat de recueillir des informations sur des disparitions forcées ou involontaires (…) et qu’elle ne peut pas mener d’enquêtes et est régie par un cadre juridique très strict en matière de traitement des données à caractère personnel”. À la même période, les parents des migrants concernés ont été auditionnés par la Gendarmerie nationale. «Hormis cette réaction, il n’y a pas eu le moindre écho sur le sujet.” Les autorités tunisiennes n’ont pas fait écho, dans un premier temps, à la demande du GTDFI.
I. M. Amine