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DEUX CANDIDATS HORS DU SERAIL AU 2E TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE TUNISIENNE : L’abstention, l’autre message fort de la course au Palais de Carthage

Le premier tour de la présidentielle tunisienne tenue, dimanche dernier, a enregistré un recul de 17% du taux de participation par rapport à la dernière présidentielle de 2014. Sur les 7 millions de Tunisiens en âge de voter, le 15 septembre dernier, ils étaient 45, 02,% à faire glisser l’urne et le décomptage a fini par départager les 26 candidats en course vers le Palais de Carthage.

Une première tendance, avant les résultats officiels attendus aujourd’hui, donne l’universitaire sans parti politique Kaïs Saïd en tête du premier tour avec 19% des voix, suivi de Nabil Karoui avec 14,9%, a annoncé, hier, l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).
Ils sont deux à poursuivre leur marathon vers le Palais présidentiel, l’un d’eux, en prison, arrêté en août dernier, il a fait campagne depuis sa cellule, en mettant en avant le slogan : «Pays riche, peuple pauvre, je me porte candidat en comptant sur le soutien de Dieu» et le second Kaïs Saïd, un constitutionnaliste. Chargé de cours à la retraite,conservateur il a mené sa compagne électorale en critiquant les élites au pouvoir, renvoyant dos à dos tous les partis. Arrivé en troisième position de la présidentielle anticipée, le candidat du parti islamiste Ennahdha, Abdelfatteh Mourou, ce dernier a récolté 13,1% des suffrages exprimés, un coup dur pour le parti de Rached Ghenouchi, qui se voit enregistrer ce score, « décevant » en pleine campagne des législatives, le scrutin sur lequel table Ennahda. En réaction aux premiers résultats dans la soirée de dimanche dernier, Abdelfattah Mourou s’est précipité pour contester les chiffres, déclarant «nos propres résultats diffèrent, mais nous allons attendre pour en être sûrs» a-t-il lancé à la presse. Et selon les résultats actualisés et affichés par l’ISIE, au Media center, hier, ils donnent le candidat Abdelkrim Zbidi, l’ex-ministre de la défense, à la quatrième place avec 9,6% des voix, suivi du chef du gouvernement Youssef Chahed avec 7,4%. Même si les résultats donnant Kaïs et Karoui candidats au deuxième tour de la présidentielle tunisienne, deux hommes au profil et parcours différents, mais ayant un point commun, celui de ne pas être des figures du système et monde politique traditionnel, le taux d’abstention est l’autre acteur politique qui a manifesté sa position, fortement avec un taux d’abstention de plus de 54%. Un taux non négligeable au vu des défis auxquels le peuple tunisien et son pays sont appelés à relever outre à faire face aux problèmes socio-économiques difficiles ils font face, sur fond des choix adoptés, notamment durant le règne de la Troika, conduite par Ennahada. Le résultat du 1er tour de la présidentielle tunisienne a été «un tsunami» et «un tremblement de terre» selon la presse tunisienne, pour la classe politique en premier lieu, avec la victoire de Kaïs Saïd et Nabil Karoui et en second, au vu du taux d’abstention élevé, plus de 54%, l’expression claire d’un refus d’une grande majorité de Tunisiens de la classe politique, qui semblent ne plus être en mesure de répondre aux préoccupations et aux attentes du peuple tunisien. La victoire des deux candidats du 2ème tour pour cette présidentielle, est un vote de vengeance à l’adresse de bon nombre d’acteurs et de partis politiques ayant été au pouvoir, au gouvernement comme au parlement, et un rejet d’un jeu démocratique non encore en mesure de traduire les aspirations du peuple tunisien, lesquelles ont été à l’origine de la fuite du pays, de l’ex-président Ben Ali, il y a plus de 8 ans. Les résultats définitifs et officiels du vote du 1er tour de la présidentielle seront connus aujourd’hui, et le second souffle de la campagne présidentielle s’ouvrira, dans une ambiance, cette fois-ci plus électrique, les candidats n’étant pas du sérail politique, ils mèneront leur campagne, dans une campagne des législatives, laquelle focalisent, depuis dimanche soir, davantage les acteurs et les partis politiques, dont Ennahda, qui a vu sa côte reculer, au sein de la société tunisienne, par rapport aux années précédentes, au bout de quelques années d’exercice du pouvoir, (Parlement- Gouvernement) révélant l’écart entre les discours et les choix politiques avant et après l’accession de leurs acteurs aux postes décisionnels, soit après la fin de toute opération de vote. Par ailleurs, sur le premier tour de la présidentielle qui s’achève et le second qui s’annonce, le président de l’instance chargée d’organiser les élections en Tunisie, Nabil Baffoun a qualifié la participation de « taux acceptable » avant de rappeler, néanmoins qu’en 2014, la participation pour le premier tour s’était établie à 64% en fin de journée. En attendant de voir le message qui découlera du second tour de la présidentielle qui se tiendra quelques semaines après les législatives prévues, le 6 octobre prochain, l’abstentionnisme a été le message fort, qui s’est dégagé, par l’annonce des premiers résultats de la course au Palais de Carthage.
Karima Bennour