Borrel-Lavrov

Des responsables de l’UE cultivent toujours la pensée coloniale : C’est « notre endroit » dit Josep Borrel en évoquant l’Afrique

Évoquant la vision européenne sur le continent africain, avec Josep Borrel, Haut représentant de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov a indiqué que Josep Borrel a demandé à Moscou de ne pas travailler en Afrique dans le domaine de la sécurité, en lui indiquant c’est « notre endroit ».

Cette vision qui ne semble pas être débarrassée de la pensée coloniale, plusieurs pays européens, notamment la France, continuent de l’entretenir. Ils conçoivent mal l’affranchissement de leurs anciennes colonies. La France qui est un acteur clé dans les institutions de l’UE et la politique européenne, puisant une bonne partie de sa richesse dans l’exploitation, outrancière, des richesses de ses anciennes colonies, comptait se désengager du Mali, sans œuvrer à l’installation de conditions, aussi bien politiques que sociales, permettant de mieux lutter contre le terrorisme islamiste. En affirmant vouloir mettre fin à l’opération Barkhane au Mali, la France, voulait en réalité créer un climat d’instabilité propice à une éventuelle reconduction du mandat de son contingent dans ce pays. Le coup d’État du 21 mai dernier, a mis à mal sa stratégie, ce qui a poussé le président français Emmanuel Macron, dont le mandat est finissant, à revoir sa stratégie du retrait de ses forces du Mali. Aujourd’hui, il n’évoque plus un désengagement total mais une réduction du nombre de soldats français dans ce pays passant de près de 6000 éléments à seulement 1500. La volonté des autorités maliennes d’assurer la sécurité dans certaines régions à risque, notamment au nord et dans la région sud-ouest et les frontières avec le Burkina Faso s’est heurtée au refus de l’ancienne puissance coloniale de voir Bamako recourir aux services du groupe Wagner, une société de sécurité russe. Paris estime que c’est une intrusion de Moscou dans une partie du monde qu’elle considère comme sa chasse gardée. Cette attitude des autorités françaises n’est pas nouvelle. Elle tire son essence même de la vague d’indépendance octroyée à certains pays de l’Afrique subsaharienne pour pouvoir concentrer son effort à la guerre contre l’ALN en Algérie et pour garder sa mainmise sur les richesses de ces régions du continent.

Maria Zakharova « l’attitude européenne envers d’autres pays se fonde sur une vision coloniale du monde et le non-respect du droit international »
Tous les présidents français, depuis l’instauration de la cinquième République, en 1958, après l’élection de De Gaulle, ont cultivé cette vision post coloniale qui considérait les anciennes colonies, toujours, comme un terrain conquis. La pensée Françafrique, développée par Jacques Foccart au début des années soixante du siècle dernier, a toujours marqué la relation de Paris avec ses anciennes colonies. Les partisans de cette vision, ont toujours applaudi les coups d’État qui ont cassé les efforts de démocratisation des sociétés et l’instauration d‘une véritable indépendance dans certains pays africains. Il faut savoir dans ce contexte, que la France a toujours fait intervenir ses légionnaires dans certains pays africains, notamment au Gabon, en Centrafrique, au Cameroun et en Côte d’Ivoire pour casser des mouvements d’affranchissement des peuples de ces régions du monde. Aujourd’hui que la Russie et la Chine ont commencé à faire leur entrée en Afrique, la France et l’Union européenne se sont rebiffées en estimant que Moscou et Pékin ont commis un impair. Paris considère le groupe Wagner de sécurité comme un appendice de l’armée russe et considère la conclusion de marchés entre la Chine et certains pays africains comme la volonté de ces deux pays de recréer une ambiance de guerre froide qui a, pourtant, connu sa fin avec l’effondrement de l’Union Soviétique et la chute du mur de Berlin. Emmanuel Macron qui court derrière sa réélection est prisonnier des engagements internationaux de son pays de reconnaître la souveraineté des pays indépendants d’une part et des intérêts de la finance internationale et des cercles qui l’ont porté au pouvoir sans le soutien d’un parti politique. Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la fédération de Russie, n’a pas manqué de rappeler, lors de l’assemblée générale de l’ONU, le 25 septembre dernier que, « l’attitude européenne envers d’autres pays se fonde sur une vision coloniale du monde. Le non-respect du droit international, tout d’abord de la Charte de l’Onu, est un autre problème relevé par la Russie. En ce qui concerne M.Borrel et sa vision de la zone de responsabilité de l’UE, c’est une erreur de votre part que de dire que les pays de l’UE, ont oublié que le colonialisme était terminé. Ils n’ont pas oublié, loin de là, malheureusement; ils ont vécu dans ce paradigme colonial sans l’oublier une seule minute. Dans les déclarations officielles ils disent une chose, mais c’est cette vision coloniale du monde qui est le fondement de leurs relations avec d’autres pays », a-t-elle estimé. Cela renseigne sur la pensée des Européens qui continuent de cuver le mirage de leur passé coloniale, oubliant ainsi que leurs anciennes colonies ont payé un lourd trtibut pour leurs indépendances.
Slimane B.