Crise de migrants : silence assourdissant du Monde arabo-musulman

La photo d’Aylan Kurdi, petit enfant syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage des côtes turques, mercredi dernier, a marqué les esprits et a choqué la communauté internationale, à travers le monde entier. Les pays les plus influants en Europe ont réagi pendant que les États arabes «frères» se contentent d’observer aphasiques le drame. Les chaînes télés n’ont pas cessé de diffuser en boucle le cliché de ce bambin gisant, seul, sur le sable, noyé aux côtés de son frère aîné de 5 ans et de sa mère, alors que le père a survécu au drame, lorsque l’embarcation qui les guidait vers la Grèce fut échouée, durant la nuit de mardi à mercredi. Même si ce n’est pas la première fois que cela arrive, l’image d’Aylan a bouleversé les sensibilités. Elle interpelle les consciences du devoir de placer la vie humaine et de mettre en avant le sentiment humain au-dessus de toute considération politique, quelle qu’elle soit. Du coup, la crise migratoire, que traversent à l’heure actuelle les pays de l’Union européenne (UE), s’est aggravée, suite notamment aux déplacements massifs de réfugiés syriens qui fuient la guerre et les tensions militaires dans leur pays, pour se diriger vers les territoires du Vieux continent, dans l’espoir de retrouver refuge.

Devant cette tragédie humanitaire qui rappelle celle vécue durant la Deuxième Guerre mondiale, les leaders politiques de la rive nord ont réagi promptement, pendant que leurs homologues du Monde arabe se contentent d’observer motus bouche cousue ce que leurs «frères» syriens subissent, comme violation flagrante de leur dignité humaine. Depuis le conflit militaire survenu en Série, des milliers de citoyens quittent leurs domiciles, préférant braver le danger de la mer que de subir les atrocités de la guerre. En effet, avant-hier jeudi, l’Allemagne et la France ont affirmé leur volonté commune d’ouvrir les portes de leurs frontières aux réfugiés. L’Angleterre soutient également la même initiative. Réagissant depuis la Suisse, où elle était en visite, la chancelière allemande Angela Merkel, a affirmé la solidarité agissante de son pays avec les réfugiés syriens qui ont besoin d’être accueillis et protégés. En indiquant travailler en étroite collaboration avec le président français, François Hollande, dans le cadre de cette crise migratoire, elle a annoncé de transmettre une demande de «quotas contraignants» auprès des Institutions européennes, en vue d’accueillir dans les pays membres plus de réfugiés, et ce, sur des principes de base, comme l’impose le devoir de solidarité parmi les pays membres de l’UE. En s’alignant sur la même proposition, le chef d’État français a déclaré pour sa part «rapprocher les normes pour renforcer le système d’asile européen», en optant, lui aussi, pour une initiative qui tend l’organisation de l’accueil des réfugiés et leur répartition équitable dans les pays de l’UE. Les réactions des deux puissances de l’Europe font même «fi» des tollés soulevés parmi les courants politiques de l’extrême droite qui s’opposent à toute politique favorable à l’immigration, encore moins à celle traitant des questions de réfugiés de guerre. Quelques heures seulement après avoir diffusé l’image du corps sans vie du petit Aylan, le Premier ministre britannique, David Cameron, s’est engagé à «prendre ses responsabilités» devant le drame survenu sur la plage turque Bodrum, en indiquant qu’il a été «profondément touché», avant tout, «en tant que père». Invité à une émission télé, jeudi dernier, la ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström, n’a pas pu retenir ses larmes en voyant le cliché de l’enfant syrien décédé. De son côté, le gouvernement espagnol a dénoncé une situation «dramatique et scandaleuse», a déclaré le chef de son Exécutif, en soutenant le règlement du conflit syrien, comme solution en «amont» à la crise migratoire en Europe. Ce sont les quelques réactions des leaders européens qui ont au-delà de décider des mesures à prendre face au drame, ont exprimé un sentiment de compassion face à une photo d’une âme innocente arrachée par le trépas, ô combien symbolique soulevant le voile d’une véritable tragédie humanitaire, à laquelle assistent non pas «impuissants» les leaders des pays arabes, voire plus, une indifférence «soutenue». Sinon, comment expliquer que des pays pourtant «frères» observent un mutisme total face à un véritable drame qui frappe leurs compatriotes, en proie à une guerre qui fait fuir des milliers de familles jusqu’à prendre le large devant le péril qui menace la vie humaine.
Aucune déclaration solennelle, et encore moins d’un message de soutien qui puisse soulager les souffrances des populations entières contraintes à l’exode massif à la recherche des lendemains meilleurs. Les leaders arabes sont-ils à ce point «in-consciencieux» devant cette tragédie? Même pas l’image du petit Aylan, le corps inerte rejeté par la mer, gisant sur d’une plage turque, la mine enfoncée dans le sable, lançant un cri de cœur à toutes les âmes humaines devant les conditions inhumaines que subissent les réfugiés syriens.
Farid Guellil

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