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CORRUPTION : Le MDS plaide pour «une justice de transition»

Alors que la révolution pacifique du 22 février suit toujours son cours, et a commencé à faire tomber plusieurs icones de l’argent sale, le coordinateur national du MDS (Mouvement démocratique et social), Fethi Ghares a plaidé hier, lors de son passage au forum du Courrier d’Algérie à mettre en place tous les mécanismes permettant d’instaurer une justice de transition. « Si on veut régler le problème de la corruption une fois pour toute, il faut une justice de transition qui repose sur deux concepts, à savoir : la vérité et la réparation », a déclaré le chef de file du MDS considérant, toutefois, que « le débat à l’heure actuelle ne va pas en sens sur la scène politique ». « Le champ politique ne propose pas ce genre de propositions. Ce qui signifie qu’on veut aller vers quelque chose de très négocié qui reproduise certains compromis rejetés par les Algériens  », a-t-il analysé. Précisant qu’une instance de justice indépendante doit être mise en place pour accompagner ce processus, Fethi Ghares a, par ailleurs, appelé à élargir le débat en indiquant que « la Justice de transition doit non seulement porter sur les affaires de corruption et de spoliation des richesses du peuple, mais aussi sur les affaires du sang des Algériens qui a coulé durant de longues années ». Plus loin, l’hôte du Forum a précisé qu’on ne peut « faire un lifting pour corriger tout ça, d’où la nécessité de songer à établir une justice de transition ». Il convient de noter que la justice transitionnelle est définie comme étant un ensemble de mesures visant, dans les sociétés sortant d’une guerre ou d’un régime autoritaire, à permettre le passage ou le retour vers un fonctionnement démocratique et pacifié.
Revenant sur la convocation par la justice de plusieurs personnalités, telles que l’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia et le ministre des Finances, Mohamed Loukal, le porte-parole du MDS n’a pas exclu que ce genre d’informations a pour but de « faire diversion », comme cela peut ne pas être «  des règlements de comptes ». Dans tous les cas de figures, l’intervenant a tenu à préciser que la corruption est «  le fruit d’un système économique fondé sur la logique de l’import-import ». En effet, selon ses explications «  l’économie algérienne n’est pas productive, tandis que les hydrocarbures sont considérés comme étant un butin de guerre distribué sur une minorité d’importateurs  ». « Les hydrocarbures ne sont plus une richesse au service du développement, alors que durant les années 1970, 40% des revenus de cette richesse étaient orientés vers l’investissement productif», a-t-il souligné, arguant qu’il n’y a «pas de souveraineté sans développement». «Le modèle économique actuel est derrière ce qu’on appelle la corruption et la spoliation des richesses du pays dont a profité une minorité », a encore analysé le coordinateur national du MDS, rappelant que « 50% de l’économie nationale est dans l’informel ».
Autrement, il a jugé qu’il est impossible de bâtir un état de droit avec tous ces «délinquants économiques». Ne mâchant pas ses mots, l’intervenant a qualifié la situation de «crime économique » qui «profite non seulement au système mais aussi à l’opposition». Ainsi, il dira qu’il y a une « forme d’un consensus » autour de la question, ce qui explique l’absence de débat sur la scène politique.
Lamia Boufassa