Travail précaire

CORONAVIRUS ET RECUL DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE : Coup dur pour les travailleurs précaires

Jusqu’ici sans impact sur les personnes qui ont un emploi fixe et permanent, les travailleurs saisonniers, les intermédiaires et les travailleurs précaires en général, sont les plus touchés par la crise du coronavirus.

Depuis le 1er mars, des commentaires et vidéos postés sur les réseaux sociaux font ressortir ce qui s’annonce comme une véritable bombe. Les mesures de mettre à l’arrêt certaines activités économiques susceptibles de favoriser les rassemblements et la prolongation de la période de confinement ont eu des conséquences très lourdes sur les travailleurs précaires. La perspective est encore obscure car aucun délai concret n’a été avancé par les autorités pour la levée de ces mesures visant à endiguer la propagation du Covid-19, mais qui font perdre à ces travailleurs leurs sources de revenus. « Mourir de faim ou mourir par le coronavirus ! Dans tous les cas, la mort nous attend. Moi, je sortirait la semaine prochaine quoi qu’il en soit car il n’est pas question de rester les bras croisés alors que mes enfants meurent de faim », raconte un vendeur à la sauvette, sur une vidéo qu’il a tournée sur Facebook, où il raconte longuement son calvaire depuis qu’il est sans emploi et l’instauration des premières mesures de confinement. Un témoignage parmi tant d’autres de ces travailleurs précaires, considérés comme les premières victimes de cette épidémie macabre. Alors que cette catégorie très majoritaire dans la société algérienne souffrait en silence avant l’avènement du coronavirus, elle a commencé à faire entendre sa voix pour attirer l’attention des autorités et solliciter la solidarité des autres citoyens.
Des associations d’aide aux nécessiteux ont lancé des appels aux bienfaiteurs qui s’occupent des opérations de restaurants du cœur pendant le Ramadhan pour avancer leurs dons et offrir aussi leurs services pendant cette période de confinement. Sans assurance sociale et sans une véritable prise en charge, ces travailleurs précaires (chauffeurs de bus, vendeurs à la sauvette, simples ouvriers dans des chantiers, restaurants et cafés, …) sont obligés, dans leur majorité, à rester sans emploi et sans revenu. Sans épargne car percevant peu d’argent, la plupart d’entre eux n’ont même pas de quoi assurer le minimum à manger pour leurs famills. Leur situation risque encore d’empirer à l’arrivée du mois de Ramadhan. Pour les plus nantis d’entre eux, ils peuvent bénéficier du soutien de leurs familles et proches, mais pour d’autres, ils attendent à ce que le gouvernement vienne à leur aide, ou au moins, maintenir une lueur d’espoir sur une levée proche du confinement.
D’autant plus qu’aucune autre option n’est à envisager : après les décisions de fermetures de beaucoup de locaux commerciaux comme les boutiques de vêtements, les restaurants, les cafés, les salles des fêtes, les salles de fitness et de sport, les coiffeurs, les marchés – dont l’activité est jugée indispensable pendant cette période de confinement -, ces milliers d’ouvriers qu’emploient ces activités sont obligés de rester au chômage malgré eux.
L’instauration du couvre-feu a accentué ce problème, notamment pour les chauffeurs de taxi. Cela sans parler des vendeurs à la sauvette, des taxieurs clandestins, les intermédiaires, des activités prohibées par la loi, mais devenues une réalité dans un pays où les données sur le chômage des jeunes explosent depuis des années. Il est vrai aussi que le gouvernement a fermé l’œil pendant longtemps sur ces activités, car c’est la seule source qui permet à des milliers de familles de se nourrir dignement. Il y a aussi un nouveau contexte : une grande partie de cette catégorie de travailleurs précaires, grâce à leurs revenus qui les épargnent du besoin, ne sont pas recensés auprès des DAS (directions de l’action sociale) ou des associations d’aide aux nécessiteux. Il est donc impossible d’estimer leur nombre exact, leur profil et leurs lieux de résidence, sans oublier que beaucoup d’entre eux refusent de demander de l’aide publiquement et préfèrent s’orienter vers les proches pour les dépanner. Des associations se sont tournées vers ce problème en appelant à des initiatives charitables pour leur venir en aide, notamment pour les familles nombreuses qui n’ont pas d’autres sources de revenus.
Des syndicats professionnels ont alerté aussi le gouvernement sur cette situation, à l’exemple de la Coordination des chauffeurs de taxi de la wilaya d’Alger – affiliée à l’UGTA – qui a interpellé récemment plusieurs ministres du gouvernement pour un soutien aux taxieurs dont l’activité est suspendue depuis début mars dernier. « Nous ne voulons pas être une charge pour les autorités en cette période de crise économique, mais nous demandons juste des rabattements fiscaux pour que le chauffeur de taxi puisse vivre ces jours-ci et aussi des aides alimentaires chaque semaine, puisque on est obligé d’arrêter de travailler.
À défaut, on réclame des facilitations pour l’octroi de crédits bancaires à rembourser dès la fin de ces mesures de confinement », a déclaré au Courrier d’Algérie Sid Ali Aït Hocine, membre du bureau de la Coordination des chauffeurs de taxi de la wilaya d’Alger.
Hamid Mechri