Longtemps cantonné au secteur des technologies de l’information, le numérique est aujourd’hui reconnu comme un puissant levier de croissance, d’innovation et de compétitivité.
Intelligence artificielle (IA), 5G, cloud computing, exploitation des données et objets connectés redessinent les modèles économiques à travers le monde, ouvrant la voie à une nouvelle économie fondée sur la connaissance et l’innovation. Pour l’Algérie, cette transition constitue une opportunité majeure pour accélérer la diversification de son économie et renforcer sa souveraineté technologique. C’est autour de ces enjeux que s’est tenue, mardi à Alger, la 86ᵉ session du Club de la Presse d’Ooredoo. Animée par l’expert international en développement économique et transformation numérique, Abderrahmane Hadef, cette rencontre a permis de dresser un état des lieux des mutations numériques mondiales tout en mettant en lumière les perspectives de développement de l’économie numérique en Algérie. Dès l’ouverture de son intervention, Abderrahmane Hadef a rappelé que le numérique est désormais « le levier de performance économique par excellence ». Selon lui, les économies qui investissent massivement dans les technologies numériques renforcent leur compétitivité, stimulent l’innovation et améliorent durablement leur productivité. Les chiffres présentés illustrent l’ampleur de cette transformation. L’intelligence artificielle devrait générer près de 15.700 milliards de dollars de valeur économique à l’horizon 2030, soit près de 19 % du PIB mondial. Dans le même temps, les opérateurs de télécommunications représentent déjà 5,8 % de la richesse mondiale, confirmant leur évolution vers des fournisseurs de services numériques et de solutions technologiques. L’expert a également mis en avant l’émergence des « MANGOS » – Meta, Anthropic, Nvidia, Google, OpenAI et SpaceX – dont la capitalisation boursière cumulée dépasse aujourd’hui 15.100 milliards de dollars. Cette dynamique témoigne de la place centrale qu’occupent désormais les technologies numériques dans la création de valeur à l’échelle mondiale. Au-delà de ces chiffres, l’ensemble des secteurs économiques est concerné par cette révolution. Agriculture de précision, industrie intelligente, santé connectée, mobilité, logistique ou encore villes intelligentes s’appuient de plus en plus sur les données, devenues un actif stratégique pour les États et les entreprises.
La diversification comme opportunité
Pour l’Algérie, la transition numérique représente bien plus qu’une modernisation technologique : elle constitue un véritable levier de diversification économique. Selon les projections de la GSMA présentées lors de la rencontre, le déploiement de la 5G pourrait générer une croissance additionnelle comprise entre 2,5 % et 5 % du PIB. Cette nouvelle infrastructure permettra le développement de services à forte valeur ajoutée dans des secteurs aussi variés que l’industrie, la santé, l’agriculture, les transports ou les administrations publiques. L’expert estime également que cette dynamique pourrait favoriser la création de près de 500.000 emplois numériques directs et indirects d’ici 2030, tout en améliorant la compétitivité des entreprises nationales. L’agriculture figure parmi les secteurs les plus prometteurs. Grâce à l’Internet des objets (IoT) et à l’intelligence artificielle, les rendements agricoles pourraient progresser de 30 à 40 %, tandis que la dématérialisation des services publics contribuerait à améliorer leur efficacité et à réduire les coûts administratifs. Prenant l’exemple de la Chine, où l’économie numérique représente désormais 41,5 % du PIB, Abderrahmane Hadef a estimé que l’Algérie dispose des ressources humaines et des capacités nécessaires pour réussir sa transition, à condition d’accélérer le déploiement de la 5G et des infrastructures numériques.
Une stratégie nationale pour bâtir une économie numérique
L’intervenant a rappelé que l’Algérie s’est engagée dans cette dynamique à travers une Stratégie nationale de transformation numérique, pilotée par le Haut-Commissariat à la Numérisation. Cette feuille de route ambitionne de porter la contribution de l’économie numérique à 20 % du PIB d’ici 2030. Elle repose sur cinq axes structurants : la gouvernance numérique, le développement des infrastructures, la modernisation des services publics, le soutien à l’économie numérique et le renforcement des compétences.Plusieurs projets structurants sont déjà engagés, notamment le développement d’un cloud gouvernemental, la réalisation d’un data center national, l’extension du réseau de fibre optique, le lancement progressif de la 5G ainsi que la réalisation d’une dorsale nationale Nord-Sud en fibre optique. Le développement du capital humain constitue également une priorité, avec la création d’une École supérieure spécialisée en intelligence artificielle et le renforcement des formations en cybersécurité, nanotechnologies et métiers du numérique.
Les opérateurs, moteurs de la transition
Les opérateurs de télécommunications ont été présentés comme des acteurs incontournables de cette transformation. Au-delà des investissements dans les infrastructures, Mobilis, Djezzy et Ooredoo participent au développement de nouveaux services numériques, accompagnent la transformation digitale des entreprises et contribuent à l’émergence d’un véritable écosystème d’innovation. Leur rôle est appelé à se renforcer avec le déploiement de la 5G, qui ouvrira la voie à de nouveaux usages industriels, commerciaux et institutionnels.
Ooredoo dévoile son ICT Solutions Center
À l’occasion de cette rencontre, Ooredoo a présenté son nouvel ICT Solutions Center, conçu pour accompagner les entreprises dans leur transition numérique. Cette plateforme rassemble des solutions de cloud computing, de cybersécurité, d’intelligence artificielle, d’Internet des objets et de connectivité destinée à accélérer la digitalisation des organisations. L’opérateur a également présenté un projet pilote de ville intelligente développé à Guenzet, dans la wilaya de Sétif. Grâce à la technologie 5G et à des capteurs intelligents, cette expérimentation permet notamment le pilotage à distance de l’éclairage public et de certaines infrastructures urbaines, illustrant les applications concrètes des technologies numériques au service des collectivités.
Les défis d’une transformation durable
Malgré les perspectives prometteuses, les intervenants ont souligné que plusieurs défis restent à relever pour faire du numérique un véritable moteur de croissance. Le renforcement des compétences numériques, la cybersécurité, la gouvernance des données, l’accompagnement de la transformation digitale des PME, l’accès au financement des startup et l’amélioration de l’attractivité du pays pour les investissements technologiques figurent parmi les priorités. Les participants ont également insisté sur le rôle de la presse dans l’accompagnement de cette mutation. Les médias sont appelés à vulgariser les technologies émergentes, à décrypter les politiques publiques liées au numérique et à sensibiliser les citoyens aux enjeux de l’intelligence artificielle, de la protection des données et de la lutte contre la désinformation.
Un pilier du développement économique
À l’issue des échanges, un consensus s’est dégagé autour de trois priorités : accélérer le déploiement de la 5G sur l’ensemble du territoire, mettre en œuvre une stratégie nationale ambitieuse en matière d’intelligence artificielle et généraliser une politique « Cloud First » dans les administrations. Pour les participants, le développement de l’économie numérique ne constitue plus un choix, mais une nécessité stratégique. La réussite de cette transition reposera sur une mobilisation collective associant pouvoirs publics, entreprises, universités, startup, opérateurs télécoms, médias et citoyens. C’est à cette condition que le numérique pourra pleinement jouer son rôle de moteur de croissance, d’innovation et de création de valeur au service du développement économique de l’Algérie.
M. Seghilani














































