Khiati

CENTRE DE VEILLE SANITAIRE : « Tous les pays du monde en ont, pourquoi pas nous ? »

Invité, hier, du Forum du Courrier d’Algérie, le professeur Mustapha Khiati a apporté sa contribution au débat sur la question de santé publique de l’heure. Il revient avec insistane, ces derniers jours, d’autant que l’épidémie du coronavirus a débordé de Chine pour atteindre d’autres pays.

Ainsi, après avoir prodigué un cours de pédagogie médicale sur l’épidémie, il estime de « moindre » l’impact du virus et le niveau de dangerosité sur l’humain que d’autres. Du moins, pas autant que les virus Ebola, Zika… « Les chiffres donnés jusqu’à hier lundi montraient un peu moins de 2% de mortalité du coronavirus. Ce qui représente pratiquement la même chose, voire moins que le nombre de décès par la grippe saisonnière, dont une centaine de morts sont recensés chaque année en Algérie », aborde d’emblée le professeur en pédiatrie, comme pour rassurer qu’il n’y pas lieu de s’affoler ou de s’inquiéter outre mesure, si ce n’est de rester vigilant face à la contamination.
Pour lui, le danger n’est pas dans le virus en lui-même, bien que toute infection virale en représente un, mais, explique Mustapha Khiati, « le niveau de diffusion important, comme l’arrêt de travail, les mesures spectaculaires (prises en Chine) consistant en le confinement de 50 millions de personnes-ce qui est une première dans l’histoire-, la fermeture des frontières avec la Russie. » Autrement dit, à considérer surtout l’impact médiatique et les dispositifs draconiens qui ont suivi l’apparition du virus.
Quant à l’impact sanitaire de l’épidémie sur l’Algérie, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, « tant qu’il n’y a pas eu de cas enregistrés », rassure le professeur qui suggère tout de même de rester sur ses gardes pour faire face à tout cas suspecté de porter le virus. Ceci, sachant que 31 des ressortissants algériens établis dans la ville de Wuhan, dont la population est mise sous confinement, ont été rapatriés, avant-hier, par souci de les mettre à l’abri de l’épidémie. Au sujet du dispositif de veille et de prévention mis en place dans les aéroports et les hôpitaux du pays, le médecin-chercheur estime que la situation est maitrisée sur le volet préventif.
En revanche, il ne pense pas moins qu’une contamination « massive », au vu des moyens dont dispose l’Algérie en termes de prise de charge des épidémies, poserait problème. Il en veut pour preuve l’absence sinon la carence en centres d’isolement, en laboratoires spécialisés d’analyses, ou encore en vaccins. Questionné sur la problématique d’absence d’un institut de veille sanitaire nationale, dont le débat sur la nécessité de création est partagé par le commun des spécialistes algériens, le Pr. Khiati rappelle que la Fondation qu’il dirige avait depuis des années défendu l’idée. « Il est impératif qu’il y ait un centre de veille sanitaire. Sachez qu’il est prévu dans la loi de santé de 2018. Tous les pays du monde en disposent et pourquoi pas nous ? », s’est-il interrogé.
Farid Guellil