Bouira : l’enfant autiste et le programme Shopler

Étant «une maladie grave, complexe et chronique, mais curable», l’autisme, que l’on peut schématiquement considérer comme une paralysie ou une suspension des activités psychomotrices générées par la perte de tout contact avec la réalité, a fait l’objet, ce jeudi 12 mars, à la maison de la culture, d’une conférence où plusieurs orateurs sont intervenus afin d’en préciser le sens et préconiser un traitement basé sur une approche psycho-pédagogique afin de permettre au sujet qui en est atteint de réapprendre les gestes que chacun accomplit normalement et quotidiennement dans la vie. Ainsi, intervenaient, à cette occasion offerte par la Journée mondiale sur l’autisme, et devant une salle archi comble, garnie essentiellement de médecins, de psychologues, d’étudiants et de curieux, sans compter, bien entendu la presse locale, plusieurs docteurs de renom dans leurs domaines respectifs. Parmi, les intervenants, il faut retenir le nom du professeur Ould Taleb Mahamoud et son exposé clair et précis sur le dépistage et le diagnostic précoce de l’autisme, et celui du docteur Ferroukhi Houfeida et son exposé sur le programme schopler. Nous choisirons cette intervention magistrale que nous tenterons de résumer ici aussi fidèlement que nous pourrons, car elle a été longue et assez technique, ce qui ne nous rend pas la tâche facile.
Présentant l’auteur de ce programme comme un pionnier dans son domaine, ayant travaillé vers les années 60 à l’université de Caroline du Nord sur l’autisme et obtenu un succès qui va grandissant, l’orateur a ensuite donné un aperçu de ce programme ambitieux qui est le diagnostic à temps de l’affection et la thérapie basée sur un enseignement qui vise la rééducation des sens et la reproduction des gestes simples qui président aux activités quotidiennes nécessaires à notre vie. En d’autres termes, viser par cet enseignement à donner, autant que faire se peut, à l’enfant autiste une autonomie physique et mentale plus ou moins complète et permettre, par contrecoup, la réinsertion sociale de l’enfant autiste.
Alors que les statistiques pour l’années 2013 parlent d’un enfant autiste sur 300 naissances et que la prévalence est de 1 sur 1000, nous apprenons ainsi que le programme en question comportent 267 leçons. La rééducation de la perception requiert 23 leçons, celle de la motricité générale 43, celles de la formation cognitive et de la compétence verbale 32 chacune, celle de la sociabilité 24 et enfin l’autonomie 19 leçons. La méthode de travail s’énonce comme suit : stimulation-silence-disponibilité-réciprocité. Son exécution requiert l’association des efforts des soignants (psychologues et psychothérapeutes) et ceux, tout aussi précieux, des parents. Les séances sont de 10 à 30 minutes à raison d’une par semaine. Leur efficacité repose sur trois facteurs essentiels : le caractère approprié du cadre (salle grande, aérée et calme), la durée (qui ne doit pas excéder le temps imparti) et le respect de l’horaire fixé aussi, séances qui ne doivent en aucun cas changer afin d’y habituer l’enfant autiste. Les parents qui ont reçu préalablement une formation dans ce sens peuvent aider à l’exécution de ce programme à raison de 4 heures par semaine. Enfin, ledit programme repose sur l’évaluation qui est essentielle pour mesurer le chemin parcouru dans cet apprentissage des automatismes nécessaires à la vie. Une échelle est dressée et appliquée tous les six mois, après un examen du sujet atteint d’autisme. Quelques diapos projetées sur datashow montrent une psychologue en train d’aider un enfant autiste à remettre un jeton dans la boite, ou une pièce dans un puzzle, de prendre goût au jeu en lui présentant des jouets dont il ignore l’usage. Le conférencier a terminé sa communication en lançant un appel aux autorités à tous les niveaux (daïra, APC, DAS) pour la création de classes spécialisées. À ce propos, il a fait remarquer que sur 103 enfants autistes, beaucoup ont pu suivre un enseignement élémentaire, alors que 2 ont réussi à passer au palier suivant (le moyen). C’est par le jeu, la répétition, la simulation formelle ou informelle, la participation et l’évaluation grâce à une échelle élaborée consciencieusement que psychologues, thérapeutes et parents ont une chance de sortir l’enfant de la prison où il est enfermé et le rendre à la vie et à la liberté.
Ali D.

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