Leila

Alger introduit officiellement une requête : Le Parlement de l’UE sanctionne Haddad-Lefèvre pour «des agissements irresponsables»

Le Parlement européen a fini par se rendre à l’évidence dans l’affaire de la vidéo attentatoire aux symboles de l’État algérien. Alger a voulu avoir le cœur net. Jeudi, elle a saisi officiellement son président, Antonio Tajan. Représenté par le chef de cabinet, Diego Canga Fano, l’institution européenne dit «regretter l’incident» et annonce avoir exclu, à titre conservatoire, la journaliste Mme Haddad-Lefèvre, des espaces de presse du siège de l’UE à Bruxelles.

En effet, la diplomatie algérienne a introduit officiellement une requête au Parlement de l’UE où elle a demandé des explications et des clarifications sur cette affaire, qui a frôlé l’incident diplomatique entre Alger et Bruxelles. C’est sur instruction du ministère des Affaires étrangères que l’ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, Amar Belani, a agi pour saisir solennellement l’institution de l’UE sur l’affaire de la vidéo controversée enregistrée à l’intérieur de ses locaux par la journaliste Mme Haddad-Lefèvre. Une affaire scabreuse, d’autant plus attentatoire à l’image des institutions du pays et son président de la République qu’elle jette l’opprobre sur le Parlement européen. D’ailleurs, Alger n’a pas accordé l’importance au message pernicieux de Mme Haddad-Lefèvre lui-même si ce n’est de dénoncer «une litanie de contrevérités suintant l’aigreur et la frustration». Pas plus qu’elle ne l’a fait, en tout cas, avec l’institution présidée par Antonio Tajan, dans la mesure où son siège est exploité pour l’enregistrement et la diffusion de la vidéo en question. Son chef de cabinet, Diego Canga Fano, a été rencontré jeudi par Amar Bellani. Un face-à- face lors duquel le représentant diplomatique national a fait part du mécontentement d’Alger, qui a demandé des explications et des clarifications sur le comment d’une telle vidéo transmise depuis un plateau de télévision dans l’enceinte du Parlement européen. «Sur instruction du ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, Amar Belani, a effectué une démarche pressante auprès de M. Diego Canga Fano, afin de demander des explications et clarifications sur l’utilisation frauduleuse par la correspondante de la Chaîne satellitaire « Al-Hiwar TV » des installations du Parlement pour l’enregistrement d’une vidéo attentatoire à l’honneur et à la dignité des symboles et des institutions algériennes», a indiqué l’ambassade d’Algérie à Bruxelles dans un communiqué. Une interpellation qui a contraint le haut représentant de l’UE à se plier aux exigences d’Alger. Sur ce, Diego Canga Fano a reconnu un incident et a exprimé ses regrets suite à la diffusion de cette vidéo qui jette le discrédit sur l’institution qu’il représente. «Le chef de cabinet du président du Parlement européen, Diego Canga Fano «a exprimé à l’ambassadeur d’Algérie, Amar Belani, ses regrets suite à cet incident», a-t-on indiqué de même source. Au-delà maintenant de regretter un comportement qui s’assimile à un laisser-faire de sa part, notamment sur le tournage d’une vidéo portant atteinte aux symboles de la République, le Parlement de l’UE se démarque de la «manœuvre irresponsable» de la journaliste algéro-belge. Il veut preuve à sa «bonne foi», une enquête interne diligentée à l’effet de déterminer les responsabilités dans cette affaire. Autrement, élucider les circonstances dans lesquelles la vidéo a été tournée et diffusée il y a une semaine. Suite à quoi, des conclusions ont été vite tirées et des sanctions sont tombées. «Mme Haddad-Lefèvre a délibérément enfreint les règles internes de l’institution et a abusé de la confiance des opérateurs du plateau de télévision du Parlement européen en dissimulant ses intentions malveillantes», souligne Amar Belani comme résultante de l’enquête fournie par la partie européenne. Des arguments au demeurant qui semblent à même de diluer la tension diplomatique mais Alger reste prudente sur cette affaire. Ainsi, à l’issue de cette rencontre, l’ambassade d’Algérie à Bruxelles dit avoir «pris acte» des explications du représentant européen et des mesure prises à l’effet de «mettre un terme à cette manœuvre malveillante».

Délogée du Parlement européen, elle rebondit ailleurs
Pour la suite des sanctions, la journaliste a été avertie par le biais d’une lettre que lui a adressée, jeudi même, la DG de la Communication au Parlement de l’UE. Une sanction à titre conservatoire qui s’est traduite par une interdiction d’accès, jusqu’à nouvel ordre, aux studios d’enregistrement de l’institution européenne. La mise en cause a été également appelée à comparaître devant une commission, où elle doit répondre de «ses agissements irresponsables». Une fois entendue, la commission décidera du retrait ou du maintien de son accréditation de presse auprès de l’UE. Cependant, à peine l’affaire a été prise en main par Alger, et à peine des sanctions sont prises à son encontre par le Parlement européen, Mme Haddad-Lefèvre a pondu, le jour même, soit jeudi, une autre vidéo. Les propos au vitriol et attentatoires au président de la République sont les mêmes, ou presque, que ceux tenus sur la première vidéo publiée le 1er juin dernier. En revanche, la vidéo ne porte plus le sigle de l’Union.
Farid Guellil