Agriculture : Sid-Ahmed Ferroukhi fixe à 2019 la fin de l’importation

La stratégie filière est l’option sur laquelle se base la politique du secteur agricole à l’horizon 2019. L’objectif avoué est de stopper l’importation, notamment du blé, du lait, des viandes rouges et de la pomme de terre, avec, en prime, l’épanouissement des objectifs, certains et sérieux, de l’exportation en prenant en considération, l’équation inextricable, la protection des revenus des agriculteurs et de la préservation du pouvoir d’achat des ménages. Vaste programme !

C’est ce qu’a annoncé Sid-Ahmed Ferroukhi, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pèche, lors de son intervention, ce lundi, au Forum Économie d’El-Moudjahid. « Nous visons un objectif de 0% importation à l’horizon 2019, particulièrement le blé, les céréales, la poudre de lait et les viandes rouges », indique-t-il. Et de nuancer, « le nous ne concerne pas que le ministère que je dirige, mais tous les maillons de la chaîne : opérateurs, producteurs, transformateurs, éleveurs, etc. »
Concernant les céréales, le ministre déclare que le pays produit 50% de ses besoins. Enregistrant une baisse de l’ordre de 15%, constatée lors de la campagne 2014-2015, par rapport à la moyenne des productions du quinquennal 2010-2014 (44.4 millions de quintaux), pour cause du stress hydrique, la production des céréales pour 2016 devra atteindre 61.3 millions de quintaux, à la faveur du maintien du guichet unique pour l’octroi des crédits R’fig et fournisseur, le renforcement des capacités de stockage des céréales et d’usinage des semences des céréales, la redynamisation de l’interprofession, et ce, pour ne citer que celles-là. La filière lait n’est pas en reste et devrait être intégrée dans la liste des produits à ne plus importer à l’horizon précité. Le ministre annoncera la fin de l’importation de la poudre de lait et de dérivés, ceci fera éviter au pays une importation de l’ordre de 50%. « Il ne faut pas oublier qu’on importe annuellement 150 000 tonnes de poudre de lait », a-t-il indiqué.
Perceptible dans la mise en œuvre des mesures incitatives en faveur des éleveurs et des opérateurs de la filière lait, telle l’augmentation de la subvention de lait cru, l’encouragement de l’investissement laitier et alimentation et celui du forage, l’année 2015 a enregistré une production totale du lait cru, couvrant la campagne 2014-2015, de l’ordre de 3.97 milliards de litres, représentant une hausse de 17% par rapport à la moyenne du quinquennal 2010-2014 (3.16 milliards de litres). La part du lait de vache est estimée, elle, à 3.07 milliards de litres. La collecte du lait cru, pour la même campagne, est de 700 millions de litres. En 2016, il est envisagé une production en lait cru de 3.72 milliards de litres, dont 2.75 milliards de litres en lait de vache avec une collecte de 853 millions de litres.
À l’horizon 2019, une production de l’ordre de 4.25 milliards de litres, dont 3.18 milliards de litres en lait de vache et une collecte de 1.07 milliard de litres. Selon un document presse, l’atteinte souhaitée à cet horizon ne verra le jour que si les conditions suivantes seront réunies : renforcement du programme de développement des filières (développement de la production laitière par les autres espèces : brebis, chèvres et chamelles) et le renforcement des aspects réglementaires de la qualité et de la composition du lait cru. Promesse a été également donnée par le ministre que les viandes rouges ne seront plus importées. Ceci sera concrétisé à la faveur de l’augmentation de la production locale, estimée à 5.16 millions de quintaux, lors de la campagne 2014-2015, et devra atteindre les 5.73 millions de quintaux, en 2016, et 6.28 millions de quintaux à l’horizon 2019. Pour ce faire, la stratégie ministérielle s’axera sur la préservation des parcours steppiques, la généralisation des plantes pastorales, l’amélioration du programme de l’insémination artificielle et synchronisation des chaleurs, la régulation du marché local des viandes rouges, la création de trois (3) complexes d’abattages à Djelfa, Oum El Bouaghi et El Bayadh, la création de 48 conseils interprofessionnels et 8 régionaux, l’approvisionnement en orge. En ce qui concerne la pomme de terre, l’accent sera mis sur la limitation des importations des semences de classe A, et l’introduction de semences de haute performance, annonce Sid-Ahmed Ferroukhi. Les objectifs d’atteindre une production de 5.7 millions de tonnes, en 2016, et 6.7 millions de tonnes en 2019, s’inscrivent dans ce cadre, à travers, justement, l’augmentation du rendement moyen à l’hectare, que les prévisions en la matière fixent à 36 tonnes, concourant irrémédiablement à la satisfaction des besoins nationaux en matière de consommation de la pomme de terre.

Cap sur l’irrigation et la création de plateforme d’appui technique et de recherche
Le développement du secteur agricole demeure tributaire, aussi, de la mise en œuvre de facteurs jugés décisifs. Trois semblaient, aux yeux de l’invité du Forum, comme prioritaires. Le premier est d’atteindre les 2 millions d’hectares réservés à l’irrigation, dont 600 000 hectares pour les céréales, toujours à l’horizon 2019, qui intervient dans le cadre d’une adaptation aux exigences climatiques et édaphiques.
Auquel on peut ajouter l’objectif de 13% de reboisement, issus des efforts forestiers visant la protection des ressources forestières, le rapprochement des éleveurs de leurs lopins de terre (4000 kilomètres de pistes ont été ouverts en 2015 par les services forestiers, 6000 km sont prévus en 2016). Aussi, à l’horizon 2019,
246 000 hectares seront plantés et 1.3 millions d’hectares de bassins versants seront traités. Le deuxième facteur est la stabilisation de la main- d’œuvre. Employant 2.5 millions de personnes dans 1.2 millions d’exploitations agricoles et d’élevage, contribuant à un taux de croissance de 7.5% et une participation dans le PIB à hauteur de 9.8%, correspondant à une valeur productive de l’ordre 2900 milliards de DA (46 milliards de DA pour la pêche et l’aquaculture). Le dernier facteur à atteindre est la réalisation d’une plateforme d’appui technique et de recherche, destinée au soutien et à l’accompagnement des agriculteurs et autres intervenants dans le domaine de l’agriculture, la pêche et l’aquaculture, essentiellement avec le concours des pôles académiques et des experts dans le domaine de la sensibilisation, de la vulgarisation et de la technicité dans les spécialités ciblées

Essor portuaire et de l’aquaculture : les autres défis de 2019
Le développement et l’extension du domaine portuaire est aussi une étape indispensable dans le ministère que dirige Sid-Ahmed Ferroukhi.
En 2015, extension et aménagement du port de Sidna Ouchaa, Tlemcen, le plus grand d’Algérie, s’étendant sur 12 hectares de terre plein et 12 ha de plan d’eau, a été le plus important projet lancé par le département ministériel. Pour 2016, il est prévu la réception de deux ports (Gouraya, Laouana) et 3 abris de pêche (Kristel, Raid Hamidou et Oued Zhor), la Halle à marées de El Marsa (Chlef), de Ziama Mansouria à Jijel et Cap Djinet à Boumerdes, ainsi que deux sites d’échouages de Boudouaou el Bahri (Boumerdes) et d’Ibharizen (Tizi Ouzou). À l’horizon, 47 infrastructures seront réceptionnées, selon les prévisions du ministre.
Concernant l’aquaculture, l’année 2016 verra le lancement (déjà lancé en janvier) de la bonification des taux d’intérêts des crédits d’exploitation, l’accompagnement des projets d’investissement privés, la réception des zones d’activité aquacole de Boumerdès, la finalisation de l’étude de la zone d’activité aquacoles de Mostaganem, la livraison du projet de crevetticulture de Ouargla, l’entrée en production de 6.600 tonnes des projets aquacoles, ainsi que la création d’une association nationale et de wilaya d’aquaculteurs. L’année écoulée, les services compétents du ministère, selon le ministre, ont pu recenser 241 exploitations agricoles faisant de la pisciculture dans leurs bassins d’irrigation, identifier 33 zones d’activités aquacoles dont 14 affectées par arrêté du wali et la signature de la prise en charge de l’assurance du cheptel vivant d’aquaculture en cas de sinistre.
Au total aussi, ce sont 45 projets qui ont été avalisés et 19 entrés en production, auxquels on peut ajouter les projets pilotes de Boukais (Béchar), Harreza (Ain Defla), l’écloserie de Tabia (Sidi Bel Abbes) et la livraison de 4 centres de pêche. En matière d’ensemencement, il a été lancé une campagne de 10 millions d’alevins et 74 plans d’eau (54 barrages et 20 retenues collinaires).
Le développement attendu à l’horizon se trouve renforcé aussi, aux yeux du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, par le message de soutien du président de la République, Abdelaziz Bouteflika.
Zaid Zoheir