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AFFAIRE IMPLIQUANT OULD ABBÈS ET SAÏD BARKAT : Le verdict attendu aujourd’hui

Poursuivis pour des faits liés notamment au « détournement du fonds de solidarité au profit d’associations fictives et d’équipements destinés aux communes déshéritées », « détournement de biens publics », « octroi de marchés de manière non conforme à la législation », le procès des deux anciens ministres de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat, reprendra aujourd’hui, au tribunal de Sidi M’hamed, avec en prime l’annonce du verdict dans cette affaire. Au bout de quatre jours d’audiences de ce procès qui se tient au tribunal de Sidi M’hamed d’Alger, où en plus des principaux accusés, de nombreux anciens cadres au ministère de la Solidarité nationale se sont défilé à la barre, le juge avait décidé de reporter le verdict pour aujourd’hui. Pour rappel, le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed avait requis, dimanche, des peines de 12 ans de prison ferme à l’encontre de Djamel Ould Abbes, et 10 ans de prison ferme à l’encontre de Saïd Barkat, avec la saisie de tous leurs biens et fonds illégaux. Des peines de 8 ans de prison ont été aussi requises à l’encontre de l’ancien secrétaire général du ministère de la Solidarité nationale, Bouchenak Khelladi, du chef du protocole, Dejellouli Saïd et de l’ancien secrétaire général du même ministère, Ismaïl Benhabiles (en liberté). Concernant le fils de Ould Abbès ; le dénommé El Ouafi (en fuite à l’étranger) et impliqué dans d’autres affaires de corruption, le procureur de la République a requis 10 ans de prison à son encontre, avec émission d’un mandat d’arrêt international pour exploitation des fonds de la Caisse nationale de la solidarité à des fins électorales. Le procès d’Ould Abbès et Saïd barkat illustre le plus ces liens étroits entre l’argent et la politique qui s’est renforcée durant toute la période du règne de Bouteflika. Et l’ampleur de la corruption impliquant ces deux accusés, révélée durant les assises de ce procès qui se tient depuis mercredi écoulé, ne plaident pas en faveur des accusés : la valeur des montants dont ont bénéficié 4 associations présidées par Ould Abbès s’élève à plus de 1 850 milliards de centimes, selon le procureur général. Visiblement à bout d’arguments et inquiet de la tournure de ce procès à l’égard des chiffres astronomiques listés, l’octogénaire a mis en avant son âge avancé et sa rhétorique pour tenter de bénéficier de circonstances atténuantes.

Ould Abbès plaide l’«innocence»
Ould Abbès a nié les accusations retenues contre lui. Aux questions des juges, il s’est dit être la victime. « Je n’avais même pas bénéficié d’un appartement, j’habitais dans mon domicile personnel. Ma conscience est tranquille, et Dieu me rendra justice », a-t-il déclaré, les yeux plaines de larmes. Le juge a demandé à Ould Abbès de s’expliquer sur les 64 milliards de centimes dépensés entre 2009 et 2014. Ould Abbès s’est dit surpris d’apprendre l’existence de 13 chèques en son nom et qu’il venait de le savoir auprès du conseiller instructeur. Concernant l’affaire des 22 milliards de centimes de subventions octroyés à des associations sans au préalable signer un contrat de confiance avec elles, l’ex-SG du FLN a indiqué qu’il a mis sa confiance en les cadres qui travaillaient avec lui. Il a fait savoir que l’association Africana a bénéficié de 19 milliards de centimes dans le cadre d’une aide, et c’étaient des deniers publics. Djamel Ould Abbes a également fait savoir qu’il a octroyé 22 bus lors des inondations ayant touché la wilaya de Ghardaïa et d’autres bus ont été octroyés à des clubs de sport. Lors du déroulement de ce procès, le procureur de la République, ainsi que le représentant du ministère de la Solidarité ont fait état de montants ahurissants distribués à des épouses d’ambassadeurs, des journalistes, des joueurs de foot, des associations – souvent fictives – et à des enfants de cadres du département que dirigeaient les deux anciens ministres, Djamel Ould Abbès et son successeur, Saïd Barkat, entre 2001 et 2016. Selon le représentant de ministère de la Solidarité nationale, sur les 1 200 PC, destinés aux lauréats du bac session 2008, acquis pour un montant de 860 millions de DA, 226 seulement ont été remis à l’Office du bac, une partie a été distribuée à des épouses d’ambassadeurs, des journalistes, des fils de cadres du ministère de la Solidarité, quant au reste, aucune traçabilité n’a été possible.
Aussi, ajoute la même source, la somme de 12 milliards DA dilapidée par l’association de solidarité, de paix et de perspectives – présidée par Ould Abbès – pour motif d’organiser un plan bleu et des colonies de vacances destinés aux enfants du Sud, mais qui a profité à d’autres personnes, dont des enfants de cadres du ministère, sachant que la loi de ces associations ne confère aucune mission d’organiser ce type d’opérations.
Le représentant de la partie civile a fait état de 9 bus remis à la wilaya de Ghardaïa après les inondations, sur un total de 157 autres acquis, indiquant que même les Zaouïas en avaient bénéficié. Il cite certaines associations comme «Pamusk », destinataire de la somme de 2 milliards de dinars, l’UMA (présidée par Djamel Ould Abbès), qui a bénéficié de 320 millions de dinars, Paix et solidarité a eu 3,2 milliards de dinars, l’Unea, association estudiantine a empoché, tenez-vous bien ! 12,73 milliards de dinars. Le verdict du procès doit être rendu aujourd’hui. Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat risquent d’être lourdement condamnés.
Hamid Mecheri