Abdelouahab Nouri, ministre des Ressources en eau et de l’Environnement : «l’état doit revoir à la hausse le tarif de l’eau»

La question de la révision à la hausse du tarif de l’eau potable n’a jamais été à l’ordre du jour du gouvernement. Elle est même considérée comme tabou. Aujourd’hui, la rareté des pluies conjuguée à la baisse des recettes de l’état suite à l’effondrement du prix du pétrole remet au goût du jour la question de l’augmentation du prix de l’eau. Interrogé sur la question, en marge de sa visite de travail qu’il a effectuée mardi dans la wilaya de Tamanrasset, le ministre des Ressources en eau et de l’Environnement, Abdelouahab Nouri n’écarte pas l’éventualité de la révision à la hausse du tarif de l’eau. Il a estimé que l’augmentation du tarif de la ressource hydrique constitue même une solution pour amener le consommateur à rationaliser son utilisation.

Êtes-vous de l’avis de ceux qui estiment que l’augmentation du prix de l’eau constitue une solution pour lutter contre le gaspillage de cette ressource hydrique ?
Effectivement, il suffit de voir les politiques tarifaires de l’eau potable des pays européens, qui ne sont pas sous la menace d’un stress hydrique, pour que vous vous rendez compte que le meilleur moyen pour amener le consommateur à rationaliser sa consommation de cette ressource qui se raréfie en nos jours est d’appliquer son tarif réel. Chez nous, le jour où on tapera dans la poche du consommateur et celui-ci aura une note salée, ce jour-là, je suis persuadé qu’il changera son comportement et prendra conscience de l’importance d’économiser la consommation de l’eau. Même si la question de l’augmentation du tarif de consommation de l’eau n’a pas été prise en compte dans la loi de finances 2016, cela ne veut pas dire que le prix de la ressource hydrique restera éternellement soutenu par l’état. Tôt ou tard, le tarif de l’eau connaitra une augmentation. Il est regrettable de constater que nous sommes des gaspilleurs de l’eau alors que l’Algérie est classée en 17e rang des pays les plus pauvres en eau renouvelable. Tant que l’état continue à soutenir le prix de l’eau au même titre que le prix de certains autres produits de consommation, le consommateur ne s’en privera pas. Il est regrettable de trouver chaque matin du pain jeté dans des poubelles par le citoyen. Chose qu’on ne voit pas ailleurs, même dans des pays les plus développés et les plus aisés financièrement. Ce constat m’amène à dire que la rationalisation de l’utilisation de l’eau est une question de mentalité. Il ne faut pas qu’on se voile la face. Il n’y a pas d’autre solution que de réviser à la hausse le tarif de l’eau pour amener le citoyen à modérer sa consommation de cette ressource hydrique. Il faut appeler les choses par leurs noms. Le citoyen doit savoir que la situation financière de l’Algérie ne permet pas de continuer à subventionner les prix de certains produits de consommation contre vents-et-marrées.

Le mode de consommation énergétique de l’Algérie devient de plus en plus insoutenable pour l’état. Quelle sera votre stratégie pour développer les énergies renouvelables?
Vous savez que nous nous sommes engagés dans le cadre de la Conférence de Paris sur le climat (Cop 21), qui s’est tenue en décembre dernier, à produire 30% de notre consommation énergétique à partir de l’énergie renouvelable, à l’horizon 2030. Toutefois, l’Algérie a soumis cette stratégie à conditions, à savoir, l’existence des finances et du savoir-faire technologique nécessaires pour le développement de ce type d’énergie. Ce sont là les conditions que l’Algérie a exigé, car, il est impossible de réussir cette transition énergétique sans l’apport et l’assistance des pays ayant la maitrise de cette technologie. L’Algérie ne peut s’aventurer à lâcher l’exploitation d’une énergie dont elle a la maitrise parfaite pour l’utilisation d’une énergie qui exige la maitrise d’autres technologies. Pour ce faire, l’Algérie a demandé l’existence des ressources financières appropriées et un accompagnement en termes de transfert de technologie. Notre stratégie du développement des énergies renouvelables a eu un écho favorable. La semaine prochaine, le ministère de l’énergie procédera à l’inauguration d’une grande station de production d’énergie solaire au sud du pays. Il faut également souligner l’existence et l’importance de ce tissu de PME privées qui investissent dans le créneau des énergies renouvelables pour le compte du groupe Sonelgaz.

Cet hiver est marqué par la rareté des pluies. Quelle sera l’impact d’une telle situation sur l’alimentation en eau potable et l’agriculture ?
La situation n’est pas totalement désespérée. En tant hydrauliciens, nous avons l’expérience de savoir que le remplissage des barrages se fait généralement début janvier à fin mars et c’est là où on connait un taux de pluviométrie considérable qui nous permet de reconstituer le stock de la ressource hydrique au niveau de nos barrages. Durant les deux mois de septembre et octobre écoulés, nous avions connu une pluviométrie acceptable qui nous a permis de stabiliser le niveau de certains barrages hydrauliques. Au moment où je vous parle, il y a des barrages qui déversent. Le taux de remplissage des barrages estimé à 70% nous permet d’assurer l’alimentation en eau potable de nos populations et d’approvisionner nos agriculteurs en cette ressource hydrique.

Quel est l’objectif de votre visite dans la wilaya de Tamanrasset ainsi que la localité de In Salah ?
Ma visite dans cette wilaya est motivée par le souci d’offrir aux habitants de Tamanrasset et ceux de In Salah une qualité de l’eau potable. Je suis venu pour inspecter la station de déminéralisation au nord de In Salah d’un montant de plus de six milliards de dinars.
Cet ouvrage, dont les travaux ont atteint un taux d’avancement de 25% et devant entrer en exploitation au 3ème trimestre de 2016, assurera la production d’une eau déminéralisée avec une réduction de sa teneur en sel de deux à moins d’un gramme par litre. Sans oublier bien sûr l’inspection d’autres projets permettant d’assurer un meilleur suivi concernant le fonctionnement de ce grand projet du transfert In Salah-Tamanrasset.
H. N. A.