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ABDELAZIZ RAHABI SUR LE RECOURS DU POLISARIO À LA RIPOSTE ARMÉE FACE À L’AGRESSION MAROCAINE : « On n’a pas laissé le choix aux Sahraouis »

Dans un long entretien accordé au quotidien arabophone « El Khabar », consacré essentiellement à la cause sahraouie et ses ramifications sur le plan régional et international, l’ancien diplomate Abdelaziz Rahabi a estimé que l’escalade qu’a connue la région après l’agression marocaine à El-Guerguerat, qui a porté le coup de grâce au cessez-le-feu signé en 1991 entre le Front Polisario et le Maroc était prévisible. Pour le diplomate Rahabi, ceux qui suivent de près l’évolution de la cause sahraouie, savent pertinemment que ce qui s’est produit à présent était prévisible en raison du blocage du processus de paix constaté depuis 1991.
L’ancien ministre de la Communication a tenu à rappeler dans ce sens, que de 1975 à 1991, le Sahara occidental a toujours vécu en conflit armé. Et c’est cet état des lieux qui a d’ailleurs ramené la communauté internationale à s’en convaincre de la nécessité d’un cessez-le-feu et aller vers des négociations directes pour un recensement de la population sahraouie, sachant que cette entreprise était facilement réalisable sur le terrain du fait que l’ancien colonisateur du Sahara occidental, l’Espagne, avait déjà opéré dans ce sens car la population locale portait déjà des documents espagnols, a expliqué M.Rahabi.
En plus du recensement, a-t-il ajouté, il y a aussi la nécessité du maintien de la fin des hostilités et l’organisation d’un référendum sur l’autodétermination du peuple sahraoui.
Quant aux origines de ce blocage, M.Rahabi a affirmé qu’il suffit de lire l’histoire de manière objective pour en situer les responsabilités, rappelant que tous les pays avaient exercé de fortes pressions sur le Sahara occidental afin de signer la fin des hostilités partant du fait que c’est les Nations unies qui sont garantes du respect du cessez-le-feu. Et c’est à partir de là que les Sahraouis avaient alors accepté de déposer les armes. Mais malheureusement l’ONU n’a pas tenu parole, et doit en assumer l’entière responsabilité, tout en endossant la responsabilité politique à la France et le coté historique à l’Espagne car cette dernière est toujours l’autorité administrative sur ce territoire du point de vue de la loi internationale.
Et les conséquences du cessez-le- feu, selon Rahabi, sont bénéfiques pour le Maroc, lui permettant de gagner du temps, mais si dramatique pour le peuple sahraoui, réduit entre temps à vivre sous des tentes depuis 29 ans. En résumé on n’avait pas laissé d’autre choix pour le Sahara occidental que la lutte armée, a-t-il dit.

Quand la France bloque la désignation d’un envoyé spécial
Il a estimé par ailleurs que la responsabilité est collective à commencer par l’ONU qui n’avait pas dépêché un envoyé spécial au Sahara occidental 18 mois après la démission de l’ancien. Car, faut-il le savoir, a-t-il encore expliqué, l’envoi d’un émissaire dans la région ne relève pas des prérogatives du SG de l’organisation onusienne. Et à chaque fois qu’il tente de dégager un envoyé spécial pour la région il se retrouve heurté au blocage des Nations unies et de la France, et par conséquent il est aisé d’en déduire qu’il y a des pays qui cherchent à maintenir et préserver leurs intérêts au Sahara occidental et disposent de leur propre agenda pour cette région, a fait savoir le diplomate Rahabi.
Sur une question de savoir est-ce réellement la question du Sahara occidental freine le projet mort-né de l’Union du Grand Maghreb, M.Rahabi en s’appuyant toujours sur des faits historiques, a souligné que lors de la rencontre des dirigeants des pays magrébins, tenue en 1988 à Zeralda à Alger, les participants étaient convaincus que l’idée de la création de ce bloc magrébin et la complémentarité économique et d’intérêts qui en découleront allaient inévitablement contribuer à la résolution du conflit sahraoui. Cette conviction a été d’ailleurs réaffirmée lors de la rencontre de Marrakech en 1989 et que la naissance de l’entité magrébine allait jeter les jalons d’une nouvelle dynamique d’intérêts communs pour les États et peuples de la région, à travers la libre circulation des personnes, et des marchandises en plus de pouvoir négocier en bloc avec les parties étrangères, sauf que le Maroc et la Tunisie avaient préféré de faire cavaliers seuls en négociant en solo en 1994 avec l’Union européenne, alors que l’Algérie était confrontée à cette époque au terrorisme.
Plus précis il affirme qu’il était convenu lors des deux rencontres (Zeralda et Mérrakech) que la question sahraouie suit son parcours au sein de l’Union africaine et des Nations unies, et le bloc en chantier avait alors pris forme en dépit que la question sahraouie était déjà posée à cette époque.
Une délégation sahraouie conduite par l’actuel président a été même reçue à Marrakech par le roi Hassan 2 en 1989 et une dynamique a été même créée pour la création de l’UMA. Mais la suite des évènements a bloqué tout le processus après que Rabat eut imposé le visa aux Algériens, et l’affaire de l’attentat terroriste perpétré au Maroc que ce dernier avait alors imputé injustement à l’Algérie.
Rabat avait par la suite gelé sa participation aux travaux de l’organisation magrébine, a souligné, le diplomate Rahabi, affirmant que c’est le Maroc qui était à l’origine du blocage de la concrétisation du projet et non pas le Sahara occidental. S’agissant de l’éventualité que la reprise de la lutte armée par les Sahraouis pourrait contribuer à arracher un referendum sur l’autodétermination du peuple sahraoui, le diplomate Rahabi, a indiqué que tout blocage politique génère en fin du compte la relance d’un processus de paix et ce n’est pas propre à la question sahraouie.

Le Sahraouis cherchent à sortir du statu quo
M. Rahabi dit avoir, par ailleurs, le sentiment que ce que redoutent les pays européens, dans cette reprise des hostilités c’est un probable flux migratoire envers ces pays, ce qu’ils voient d’ailleurs d’un mauvais œil et une menace pour leur stabilité.
Concernant l’ouverture des consulats au Sahara occidental comme annoncé par le Royaume de Jordanie, l’ancien ministre estime que le Maroc n’a aucune emprise légale sur les territoires sahraouis et qu’aucun pays à travers le monde ne lui reconnait ce droit et l’ouverture d’un consulat est une formalité d’une forte portée symbolique politique parce que l’ouverture d’un consulat nécessite la présence d’une diaspora dans le pays ce qui n’est pas le cas pour les pays du Golfe. Il s’agit donc d’un soutien politique symbolique pour le Maroc.
L’ancien diplomate a affirmé en conclusion que les Sahraouis ne cherchent pas à embraser la région bien au contraire, ils sont à la quête d’une relance effective et sérieuse du processus de paix et une nouvelle orientation politique pour sortir du blocage actuel et la tenue du référendum de l’autodétermination.
Brahim Oubellil