Les institutions financières européennes réévaluent de plus en plus les risques associés à la dette publique américaine, alors que les rendements des bons du Trésor restent proches de leurs plus hauts niveaux pluriannuels et que la dette fédérale américaine a dépassé les 40 000 milliards de dollars.
Le rendement de l’obligation de référence du Trésor américain à 10 ans s’est maintenu autour de 5 % vendredi, après avoir atteint son plus haut niveau depuis 2007 en début de semaine. Malgré la première hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale en plus de trois ans et l’augmentation des rachats d’obligations à long terme par le Trésor américain, les coûts d’emprunt à long terme sont restés élevés. Dans ce contexte, certains investisseurs européens ont cherché à réduire leur exposition aux obligations d’État américaines, tandis que d’autres ont exprimé des inquiétudes quant aux perspectives budgétaires du pays et à la perception traditionnelle des bons du Trésor comme des actifs pratiquement sans risque. Norges Bank Investment Management (NBIM), qui gère le fonds souverain norvégien, a proposé au début du mois de réduire la part des obligations d’État dans l’indice de référence à revenu fixe du fonds de 70 % à 50 %, tout en augmentant l’exposition à la dette non gouvernementale, y compris aux titres adossés à des créances hypothécaires.
«Les interventions du Trésor américain perturbent les investisseurs »
Selon cette proposition, la pondération des obligations d’État américaines dans l’indice de référence passerait de 34,1 % à 21,9 %.D’autres gestionnaires d’actifs européens ont également ajusté leur positionnement vis-à-vis de la dette publique américaine. Dans sa mise à jour de septembre sur l’allocation d’actifs, Swisscanto Asset Management a indiqué que « les interventions du Trésor américain sur les marchés obligataires et des changes avaient perturbé les investisseurs ». Le gestionnaire d’actifs suisse a précisé qu’il réduisait son exposition aux obligations du Trésor américain à long terme après que le rendement à 30 ans a dépassé sa fourchette de négociation précédente, tout en jugeant les obligations d’État australiennes plus attractives. La banque privée et société de gestion de patrimoine britannique Brown Shipley a, quant à elle, maintenu une position tactique de sous-pondération sur les bons du Trésor américain, invoquant la hausse des prix de l’énergie, l’endettement public élevé et l’incertitude géopolitique persistante. Elle a indiqué qu’un élargissement des rachats d’obligations à long terme par le Trésor américain pourrait apporter un certain soutien technique aux prix des obligations, mais ne permettrait pas de résoudre les problèmes budgétaires sous-jacents. Le débat s’est également étendu au statut traditionnel des obligations d’État en tant qu’actifs sûrs.
Inquiétude des investisseurs internationaux
James Turner, responsable des titres à revenu fixe mondiaux pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique chez BlackRock, a récemment déclaré au Financial Times que « les obligations d’État n’étaient plus aussi sans risque qu’auparavant ». Il a souligné qu’ »une entreprise dont la situation financière serait comparable à celle du gouvernement américain aurait peu de chances d’être considérée comme sans risque par les investisseurs ». Kristina Hooper, stratégiste en chef des marchés chez Man Group, société de gestion d’investissements internationale basée à Londres, a également identifié la réduction de l’exposition aux bons du Trésor américain parmi les tendances de marché à suivre cet automne. Selon elle, l’incertitude entourant la politique américaine contribue à l’inquiétude des investisseurs internationaux, tandis que les décisions prises par certains alliés des États-Unis de relocaliser une partie de leurs réserves d’or témoignent également de préoccupations plus générales. BNP Paribas Wealth Management a indiqué dans ses perspectives obligataires de septembre que la récente hausse des rendements des bons du Trésor était due en partie à une demande accrue de capitaux et à une prime de terme plus élevée dans un contexte d’incertitude quant à la politique de la Réserve fédérale. L’institution a indiqué que la décision du Trésor américain d’étendre les rachats de titres à long terme n’aurait probablement pas d’impact durable sur les rendements. Elle a maintenu son objectif de rendement à 12 mois à 4,50 % pour les obligations du Trésor à 10 ans, tout en précisant que les rendements pourraient temporairement approcher les 5 % dans les prochains mois.
R. I.














