L’Espagne est décidée à ne pas laisser passer l’épisode de la crise migratoire, vécue au mois d’août dernier, quand des milliers de marocains avaient envahi l’enclave de Ceuta.
Si le roi Felipe VI a réuni lundi dernier au Palais de la Zarzuela la ministre de la Défense, Margarita Robles, et certains des principaux responsables des Forces Armées pour analyser la situation de Ceuta du point de vue de la Défense, le gouvernement de Pedro Sanchez lui est décidé à réunir un dossier appuyé de preuves pour confondre le Maroc et le mettre devant ses responsabilités.
La ministre porte-parole du Gouvernement, Elma Saiz, a annoncé qu’environ 40 documents vont être déclassifiés, avec des dates comprises entre le 1er juillet et le 1er août, liés à la crise à Ceuta provoquée par l’entrée massive d’environ 80 000 migrants depuis la frontière avec le Maroc. Elle a insisté sur le fait que d’autres rapports pertinents seront rendus publics s’ils apparaissent, puisque du côté de l’Exécutif rien n’est à cacher. Saiz a indiqué qu’à partir d’hier mercredi, via le site de Moncloa, il sera possible de consulter « tous les documents en possession du Gouvernement d’Espagne » et a défendu que la citoyenneté aura accès à « l’information dont on dispose », en ligne avec l’engagement de transparence de l’Exécutif. C’est une véritable mise en garde adressée au Maroc qui tente, à coups de manipulation et de mensonge, de donner aux événement une autre interprétation et d’autres origines mettant en cause un relâchement de la vigilance des agents espagnols chargés de veiller à la régulation des entrées dans l’enclave. Rabat a même tenté de faire porter le chapeau de cette affaire fabriquée par ses services d’espionnage, à la mafia de l’émigration clandestine.
Réunir les preuves du complot
Lors de la conférence de presse qui a suivi le Conseil des ministres, la porte-parole a précisé qu’environ 40 rapports verront le jour et que, pour cela, le Gouvernement a mené « un travail important d’anonymisation » afin de déclassifier et de diffuser les documents qui avaient de la pertinence et qui sont des preuves à charge. Mme Saiz a également souligné que les textes affectant à la Sécurité nationale suivront leur cours habituel dans la Commission des Secrets officiels du Congrès, sans être rendus publics, comme le prévoit la procédure établie. Du côté de l’Exécutif, ils ont réitéré que, si à l’avenir de nouveaux matériaux liés aux faits et à la période analysée sont localisés, ils seront également diffusés, sauf s’ils touchent à la sécurité nationale, auquel cas ils seront renvoyés à la commission parlementaire mentionnée. Concernant une éventuelle responsabilité du Maroc dans l’arrivée massive de migrants, un point que le Gouvernement écarte sur la base des rapports dont il dispose jusqu’à présent et qui vont être publiés, Saiz a rappelé que le Premier ministre, Pedro Sánchez, a déjà clairement indiqué que s’il existe des preuves, des mesures seront prises avec fermeté. « Laissons les faits s’éclaircir et qu’ils soient investigués, a souligné la ministre porte-parole. Des sources gouvernementales ont insisté sur le fait qu’il s’agit de tous les documents qui sont aujourd’hui en possession de l’Exécutif, élaborés par différents ministères et par les forces et corps de sécurité de l’État, y compris le CNI. De plus, il a été décidé d’incorporer dans ce paquet documentaire, qui sera rendu public tout au long de mercredi, certaines communications internes entre départements concernant ce qui s’est passé, tant qu’elles ont été jugées d’intérêt.
Le message très fort du roi Felipe VI
Il faut rappeler dans ce cadre que plusieurs formations politiques espagnoles ont appelé le chef du gouvernement à confondre le Maroc par les preuves collectées sur le terrain et des aveux de certains clandestins qui ont affirmé qu’ils ont été orientés, guidés et assistés lors de “l’invasion de l’enclave” et de leur retraite vers le Maroc. Lundi dernier, Le roi Felipe VI vêtu du treillis militaire a réuni au Palais de la Zarzuela la ministre de la Défense, Margarita Robles, et certains des principaux responsables des Forces Armées pour analyser la situation de Ceuta du point de vue de la Défense, ont affirmé mardi des sources de la Maison du Roi. La rencontre s’est tenue un peu plus d’un mois après l’entrée massive de personnes depuis le Maroc des jours 30 et 31 juillet et alors que la visite annoncée du monarque à la ville autonome reste en attente. La réunion a compté avec la présence du chef d’état-major de la Défense (JEMAD), amiral général Teodoro López Calderón, et du commandant général de Ceuta, Luis Fernández Herrero, responsable des unités militaires de la place. Ont également participé le commandant du Commandement des Opérations, lieutenant général José Antonio Agüero, et le chef du Commandement des Canaries, lieutenant général Julio Salom, dont dépendent organiquement les unités de l’Armée de terre déployées à Ceuta. C’est un véritable haut Conseil à la sécurité qui s’est tenu ce qui donne une idée sur la détermination de Madrid à ne plus tolérer ce genre d’atteinte à sa souveraineté et à la sécurité des habitants des enclaves espagnoles.
La situation à Ceuta au peigne fin
L’objectif de la rencontre était d’examiner la situation de la ville autonome sous l’angle spécifique de la Défense. Felipe VI n’a pas été informé de l’adoption de nouvelles mesures militaires ni de changements dans le déploiement des Forces Armées. Il a reçu des informations directes des commandants de Ceuta.
La composition de la réunion a permis à Felipe VI de connaître la situation directement des responsables militaires ayant des compétences sur la ville. La rencontre arrive, de plus, après les mouvements réalisés ces derniers jours par la hiérarchie militaire.
Le JEMAD s’est déplacé la semaine dernière à Ceuta et Melilla, où il a eu des rencontres avec des autorités civiles et militaires et a exprimé sa reconnaissance aux effectifs des Forces Armées affectés dans les deux villes autonomes.
Il faut rappeler que l’enclave de Ceuta s’apprête à recevoir la visite du roi dans les prochains jours. L’Espagne qui s’est mise en ordre de bataille, se veut pour cette intransigeante avec toutes les parties qui attenteraient à sa souveraineté. Le Maroc est averti, le chantage par la pression migratoire et aujourd’hui un stratagème éculé et Madrid l’a signifié clairement pour cette fois.
Slimane B.











































