Tebboune

5E MANDAT, LE HIRAK, LE RÔLE DE L’ANP ET L’ÉLECTION DE TEBBOUNE : Une année historique pour l’avenir du pays

Après plusieurs années de lutte pacifique, mais en rangs dispersés, menée par les différents syndicats autonomes, et autres franges de la société, qui pour des revendications socioprofessionnelles, qui à la recherche d’une vie du moins digne d’un être humain, le vent de la révolte générale et pacifique, a soufflé sur le pays depuis maintenant plus de dix mois.

Personne n’a vu venir,  justement la protesta. Une bénédiction tombée du ciel, pour ceux qui y croient, mais une « rébellion » pacifique qui devrait,  inévitablement, arriver pour ceux qui sont plongés dans des études approfondies,  entre  sociologues,  psychologues, et politiques. C’était  juste une question du temps. Mais tout le monde a été pris au dépourvu.

Le 5e Mandat et la naissance du Mouvement populaire et citoyen
L’élection présidentielle, alors prévue, initialement, le 18 avril 2019, n’a été en fait, que la goutte qui a fait déborder le vase. Les  Algériens, ces laissés pour compte par les pouvoirs successifs, en dépit d’une embellie financière, jamais égalée, ne pouvaient plus tenir le coup encore plus longtemps. S’ajoute l’humiliation infligée à tout un peuple à travers, les promoteurs d’un cinquième mandat, pour un candidat malade et carrément absent, qui, ne s’est pas adressé à ses « gouvernés » depuis plus de six ans. Le mépris envers le peuple, avait alors atteint, l’apogée  d’une humiliation, que peu de gens pouvaient alors supporter. Le tout a débordé, les sentiments enfouis, l’affront subi, le malaise social, et le mur de la peur a été ainsi brisé.  Le temps est à la révolte pacifique. Le coup d’envoi du soulèvement populaire et pacifique avait alors été donné, à partir de la ville de Kherrata, en Kabylie, un certain 16 février, avant que la protesta ne gagne la wilaya de Khenchela quelques jours plus tard. Et l’effet domino s’est chargé du reste, à partir du 22 du même mois.  Le mouvement populaire et citoyen a pris, donc, forme et suit son chemin de petit bonhomme, en quête de sa liberté confisquée, de ses droits bafoués, et de son honneur souillé à travers des manifestations régulières tenues du vendredi, à la recherche d’un avenir commun, radieux, et salutaire pour les générations futures. Seul mot d’ordre au début de la protesta, rejet du 5éme mandat de Abdelaziz Bouteflika, porté à bras le corps, par ceux qui ont ruiné le pays depuis 20 ans. Ce mot d’ordre s’avérait alors la goutte de trop pour un peuple qui demande le départ du système et le changement radical dans le pays.

Les étudiants sur les traces de leurs frères ainés
Longtemps considérés comme le maillon faible de la société algérienne, la corporation des étudiants s’est mise de la partie, lors de ce mouvement pacifique, avec un sursaut d’orgueil, égal à celui de leurs frères ainés des années 70 et 80. Les étudiants algériens se sont ainsi, réappropriés le terrain du militantisme pacifique,  et considérés à présent comme le fer de lance de la protesta, en dépit de la répression qui s’est abattue sur eux, mais sont surtout devenus la fierté des Algériens depuis l’avènement du soulèvement populaire du 22 février qui a atteint son 45e vendredi depuis lors.

Le rôle de l’État-major de l’ANP
L’énorme élan populaire exprimé à travers des marches grandioses sur tout le territoire national, ou de véritables marées humaines battaient le pavé chaque vendredi et mardi pour les étudiants, pour le rejet du 5é mandat et le changement radical, n’a pas laissé indifférent le chef de l’état-major de l’ANP, le défunt Ahmed Gaïd Salah, décédé le 23 décembre dernier d’un arrêt cardiaque. Ce dernier a instruit l’application de l’article 102 de la Constitution. Le président Abdelaziz Bouteflika, déclaré inapte à assurer ses fonctions, a démissionné de son poste, et remplacé comme le stipule la Première loi du pays par le président du Sénat. Abdelkader Bensalah, devient, à la lumière  de ces évènements, chef de l’État par intérim pour une période de trois mois, le temps de tenir une élection présidentielle, pour choisir par la voie des urnes un nouveau président de la République.
Le scrutin présidentiel a été fixé au 4 juillet, et le corps électoral convoqué. Mais la course à la magistrature suprême a été tout simplement annulée. Officiellement, cette échéance électorale, cruciale pour le pays, a été renvoyée aux calendes grecques, en raison de l’absence de candidats, alors que les vraies raisons sont ailleurs. Et depuis le chef d’état-major, le défunt Gaïd Salah, est propulsé au devant  de la scène politique, en faisant de l’ombre au chef de l’État intérimaire Bensalah.
Les déclarations du chef de l’état se font très rares, supplantées par d’innombrables interventions du chef de l’état-major, à raison de deux discours par semaine. Le chef de l’Armée prend ainsi les choses en mains et décide de ce qui doit être fait au grand dam de la classe politique de l’opposition et de la société civile, et des milliers de manifestants, qui réclament, désormais, le départ de tout le système, voient d’un mauvais œil ce qu’ils considéraient d’une «immersion de l’Institution militaire» dans des affaires politiques.  Mais Gaïd Salah restait intraitable et continuait à défendre la voie constitutionnelle comme sortie de crise qui passe par des élections présidentielles. Ainsi, le corps électoral a été convoqué à nouveau pour une élection présidentielle fixée pour le 12 décembre dernier, accompagnée par une opération « mains propres » contre ce qu’il a qualifié de « la Issaba (la bande). De hauts responsables à la Présidence, d’anciens officiers de l’ANP, d’ex-Premiers ministres, des ministres, des députés, ainsi que des hommes d’affaires sont condamnés à de lourdes sentences, qui pour corruption, qui pour « complot contre la nation ». Plusieurs manifestants, militants de la société civile, et autres hommes politiques  sont également jetés en prison, pour des motifs, dénués de tout fondement juridique.

Vers une nouvelle reconfiguration politique
Les partis de la défunte alliance présidentielle sont appelés à disparaitre, à l’aura de la nouvelle donne. Orphelins depuis l’incarcération de leurs chefs pour des affaires de corruption, le FLN, RND, TAJ, MPA, n’ont pas pesé lourd lors de la récente présidentielle, et ont juste donné l’image de partis politiques agonisant, sans aucun réel ancrage populaire et de surcroît « vomis » par le peuple. Les traditionnelles formations politiques, notamment celles de l’opposition, qui ont épaulé  le mouvement populaire, tout au long de son combat, pour une Algérie meilleure, peuvent ainsi renaître de leurs cendres et tenter de se repositionner à la faveur des nouveaux développements sur la scène nationale. D’autres formations, issues du mouvement populaire pourraient également voir le jour.

L’élection de Abdelmadjid Tebboune
Le chef de l’état-major a réussi à faire passer le scrutin présidentiel du 12 décembre dernier, et l’Algérie s’est dotée d’un nouveau président de la République en la personne d’Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier a été élu avec 58.15% des suffrages exprimés avec un taux de participation national de 39.88%. L’actuel locataire d’El Mouradia a fait également des malheureux. Ali Benflis, Azeddine Mihoubi, Abdelkader Bengrina, et Abdelaziz Belaïd ont perdu la course d’El Mouradia face à l’heureux élu, Tebboune, qui a prêté serment une semaine après l’annonce des résultats. Le dialogue avec le Hirak, la formation d’un nouveau gouvernement, la refonte de la Constitution et la loi électorale, ainsi que la relance de l’économie agonisante sont entre autres les chantiers prioritaires du président Tebboune.

Décès du général de Corps d’Armée Ahmed GaÏd Salah
À peine une semaine après la cérémonie d’investiture du nouveau président, et à laquelle il avait assisté et décoré de l’ordre du mérite national par l’élu Tebboune, le chef de l’Armée,  Ahmed Gaïd Salah, tire sa révérence, à l’âge de 79 ans, suite à un arrêt cardiaque, survenu en son domicile sis à Aïn Nâadja. De grandes funérailles ont été organisées en son honneur. Il est inhumé au carré des martyrs, du cimetière d’El Alia.
Brahim Oubellil