Tribunal Sidi M'hamed

2e JOUR DU PROCÈS DES EX-DIRIGEANTS : La corruption dans l’industrie automobile mise à nue

Le procès de corruption, lié au dossier de l’automobile et le financement occulte de la campagne électorale de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, et dans lequel sont impliqués les deux ex-Premiers ministres, Ouyahia et Sellal, ainsi que plusieurs ministres et hommes d’affaires, s’est poursuivi, avant-hier, au tribunal de Sidi M’hamed, dans la même ambiance de tension. L’engouement des citoyens venus voir les ex-dirigeants du pays au banc des accusés était toujours le même, ce qui a poussé les forces de sécurité à maintenir le dispositif mis en place au premier jour de ce procès retentisant. La journée a été consacrée à l’audition des hommes d’affaires impliqués dans ce dossier, à savoir Mohamed Baïri, patron du groupe Ival, Hassan Larbaoui patron du groupe KIA Motors Algérie, ainsi que Ahmed Mazouz, propriétaire du groupe qui porte son nom. Le premier à passer à la barre était Ahmed Mazouz qui a été confronté aux anciens responsables au sujet des «  indus avantages accordés par l’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et l’ex-ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, dans le cadre de son projet de montage automobile ». Le juge a insisté sur ces avantages dont les autorisations exceptionnelles dont a bénéficié Mazouz pour lancer son activité de montage automobile, avant la signature du cahier de charges y affèrent, outre l’ »obtention injustifiée (népotisme) de certificats de conformité aux activités », sa « dispense de l’obligation du partenaire étranger dans le dossier de montage automobile » et son « exonération des tarifs douaniers, avant la parution du décret relatif à ces exonérations ».  Face à ces accusations, l’homme d’affaire a nié, en bloc, les charges qui lui sont reprochées, arguant que tous les projets dont il a bénéficié étaient conformes au cadre juridique.

Yousfi accable Ouyahia
Après avoir entendu ses déclarations, Mazouz a été confronté à Ouyahia et Yousfi. Au début, il a été question de l’infraction à la loi relevée dans l’attribution du projet de montage automobile à Mazouz, sans répondre à plusieurs conditions dont celle du partenaire étranger et le différend enregistré entre Ouyahia et Yousfi autour de cette condition, ainsi que son obtention d’indus avantages et de décisions techniques, basées sur des dossiers vides ayant entrainé d’importantes pertes au Trésor public. À ce propos, Ouyahia a expliqué que les décisions techniques émises dans le cadre de ce projet relevaient du ministère de l’Industrie et qu’il n’était pas habilité à intervenir, ajoutant qu’il avait émis seulement un avis sur la possibilité de supprimer la condition du partenaire étranger dans le domaine du montage automobile, niant, également, l’existence de tout différend avec Yousfi. Yousfi a reconnu, par contre, l’existence d’un différend avec Ouyahia sur la question de la dispense de Mazouz de la condition du partenaire étranger en vue d’approuver le projet de montage automobile, précisant, en outre, que le ministère de l’Industrie « avait rejeté, au début, le projet de Mazouz, car ayant relevé plusieurs lacunes ».

Maazouz et les 39 milliards de centimes versés à la campagne de Bouteflika
En deuxième partie de l’interrogatoire, les questions adressées par le juge à l’homme d’affaire Mazouz, ont porté sur les financements occultes de la campagne électorale de l’ex-président de la République, Abdelaziz Bouteflika, pour le cinquième mandat, et la somme de 39 milliards de centimes qu’il aurait remise à l’homme d’affaires Ali Haddad. L’accusé a dit « ignorer les procédures légales en vigueur en matière de financement de la campagne électorale », sans nier avoir donné cette somme. Dans l’après-midi, le juge a auditionné, Mohamed Baïri, au sujet de son activité dans le montage automobile.

BaÏri accusé de dilapider 11 000 milliards de centimes
En réponse au chef d’accusation de dilapidation de 11 000 milliards de centimes, Baïri a déclaré « n’avoir jamais entendu parler de ce chiffre », précisant « avoir tenu à installer une usine temporaire à Bouira en attendant l’acceptation de son dossier d’établissement d’une usine à Ouled Haddadj ». Niant en bloc avoir reçu des avantages en rapport avec cette usine, l’homme d’affaires a dit qu’il aurait dû être le premier opérateur à obtenir un agrément car c’est son métier. « D’ailleurs, je m’interroge encore sur les raisons pour lesquelles je n’ai pas été inclus sur la liste des opérateurs agréés », a-t-il ajouté. Interrogé sur la concession à son profit d’un terrain en 2016, Baïri a rétorqué que ce terrain, qu’il n’avait pas sollicité, était « inadapté » et qu’il avait demandé plutôt un foncier dans la région d’Ouled Haddadj, qui lui a été refusé. « Je n’ai jamais sollicité l’ex-wali Zerhouni ni quiconque d’autre pour obtenir un terrain à Bouira ou à Boumerdès. J’ai déposé mon dossier en tant qu’investisseur mais je n’ai jamais demandé un terrain agricole », a-t-il allégué. Réagissant à cette accusation, il a déclaré « si j’avais su qu’investir dans mon pays pouvait me conduire en prison, je me serais abstenu », ce à quoi le juge a rétorqué que « l’investissement est régi par des lois » bien précises. Et d’enchaîner en l’interrogeant sur les pertes occasionnées au Trésor publics de montants de 772 millions de DA et de 720 millions de DA en raison de la mauvaise exploitation de ce terrain. Ensuite, c’était le tour à Hassan Larbaoui à être auditionné. Il a nié les charges retenues contre lui, notamment celles relatives à la dilapidation de deniers publics causant des pertes au Trésor public s’élevant à 29 milliards DA. En réponse aux questions du juge, l’homme d’affaire a précisé que « la pression nous a accompagné depuis le dépôt du dossier de ce projet au point où les Coréens (partenaire étranger) adressaient régulièrement des correspondances aux différents départements en vue d’accélérer les procédures d’accord de ce projet au mieux de l’économie nationale ».
Appelé à la barre, le juge a auditionné l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda qui a réitéré n’avoir aucune relation avec l’homme d’affaires Larbaoui qu’il a connu récemment, ajoutant que le poste qu’il a occupé pendant trois mois « ne lui a pas permis de connaître tous les responsables et les cadres du ministère » et que les dossiers relatifs aux décisions d’octroi « lui parviennent prêts et il procède uniquement à leur signature ». Le procès devra reprendre, aujourd’hui, avec l’audition d’Ali Haddad, qui devra répondre aux accusations liées au financement de la campagne électorale de l’ex-président Bouteflika.
Lamia Boufassa

ACCUSÉ D’ATTEINTE À L’UNITÉ NATIONALE
Rachid Nekkaz mis sous mandat de dépôt
La Télévision nationale a annoncé, mercredi dernier, le placement en détention provisoire de Rachid Nekkaz. L’homme d’affaires qui a marqué les esprits en avril dernier, en présentant son cousin homonyme à l’élection présidentielle, a été arrêté à son arrivée à Alger. Arrêté à sa descente d’avion à l’aéroport d’Alger, l’homme d’affaires et militant est accusé, selon un communiqué rapporté par la Télévision, d’«atteinte à l’unité nationale», d’«incitation à la violence par le biais des réseaux sociaux» et de «planification d’opérations destinées à empêcher les citoyens à effectuer leur devoir électoral».
Habitué aux sorties médiatiques controversées, Nekkaz avait annoncé, sur les réseaux sociaux, peu de temps avant son arrestation, qu’il s’est rendu dans la capitale pour déposer plainte contre Le vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le général de Corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, qu’il accuse de violer l’article 55 de la Constitution garantissant aux citoyens de jouir «de leurs droits civils et politiques» et «de choisir librement le lieu de leur résidence et de circuler».
L. B.