Accueil LA CHRONIQUE DU JEUDI Un reporter dans la foule : La marchandisation de la santé 

Un reporter dans la foule : La marchandisation de la santé 

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Image d’Épinal. Faut-il faire le deuil du médecin de campagne qui sillonne les chemins communaux pour se rendre au chevet de ses malades ? Le statut de médecin de famille est-il en perte de vitesse ? La prestation de serment des nouveaux médecins à la fin de leurs études est-elle respectée par tous les praticiens ? « De nos jours, le seul serment que les médecins algériens prêtent de façon incontournable reste celui énoncé devant des magistrats, pour l’obtention de la reconnaissance de la qualité de médecin assermenté et/ou expert près les tribunaux » nous disent dans un remarquable travail conjoint universitaire le professeur Djamal Oulmane et la cancérologue Somia Oulmane de l’Université d’Alger 1. L’ouverture au privé de l’exercice médical a-t-elle engendrée un abandon de l’éthique médicale ? La liste des questions liées au changement de la relation du médecin avec sa profession et l’attrait démesuré de l’argent est encore longue. Limitons-nous cependant aux multiples aspects visibles de ce changement. Commençons par l’absence, dans certains cas, de normes dans les enseignes des cabinets privés. Avec des dimensions démesurées, de couleurs rouges, sur des poteaux électriques, etc. Pour être le plus visible possible, tous les excès sont utilisés. C’est le début d’une déchéance marquée par un manque flagrant d’élégance. Dans le secteur public, la déchéance est plus béante par le praticien qui déroute ses malades vers la structure privée où il officie à temps partiel. L’autre étape étant la multiplication abusive des actes médicaux prescrits en fonction des équipements présents au cabinet. D’étape en étape, nous voilà aujourd’hui au stade de la « réclame » sur les réseaux sociaux. Des praticiens n’hésitent pas à scénariser, avec la complicité de supposés patients, des guérisons suite à tel traitement ou telle intervention chirurgicale. Le profit s’expose sans retenue dans tous les espaces publics. Et c’est là où se pose la lancinante question de savoir si ces praticiens, pas tous heureusement, ne cherchent pas réellement à transformer le patient en client en le maintenant dans un état de santé déficient ? Ceci sans y ajouter les structures de soins à domicile qui se multiplient sans que des règles et des contrôles ne soient mis en place. Pour vérifier la qualification des médecins et infirmiers/ères de ces structures. Pour contrôler les tarifs appliqués. Suite à ces cascades de faits menant à la dévalorisation de l’exercice de la médecine, notre attention a été attirée par des publications du président du Conseil régional de Blida de l’ordre des médecins, le Dr Yacine Terkmane.
Il prône une « interdiction des réseaux sociaux aux médecins ». Pourquoi ? Il s’explique : « Cette interdiction n’est ni une sanction ni une atteinte à la liberté d’expression mais une mesure de protection : protection des malades, protection de l’exercice médical et protection de toute une corporation. Quelle image voulons-nous pour notre médecine ? Une médecine spectacle, où l’acte de soin devient un bien marchand, un bien de consommation, le malade juste un client, un consommateur, le médecin un influenceur, un auxiliaire commercial et un vendeur. Interdire les réseaux sociaux aux médecins n’est certes pas la solution idéale, mais face à la déliquescence de l’éthique médicale et à l’inaction persistante des autorités de régulation, cela pourrait devenir demain une nécessité ». Il va jusqu’à dénoncer certaines pratiques vantées sur les réseaux sociaux par « des médecins, le plus souvent fraichement diplômés ». Comme « La Hidjama, thérapie non conventionnelle ne reposant sur aucune base scientifique ni essais cliniques connait une médicalisation impliquant des praticiens mus par la cupidité et l’abus de la crédulité, la candeur et la confiance de patients vulnérables ». On ne peut qu’adhérer à son « plaidoyer » en faveur d’une médecine noble, enseignée à l’université et pratiquée avec conscience et responsabilité. Et surtout, échappant au charlatanisme. Il fut un temps, pas très lointain, où la publicité des médicaments était interdite dans notre pays. Y compris les « prouesses » supposées et non vérifiées des praticiens. Il faut savoir aussi que le temps aggrave ces dérives. Le silence est interprété comme une acceptation de ces pratiques que l’éthique professionnelle et la morale citoyenne réprouvent. Le laxisme a fait suffisamment de dégâts jusque-là !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com

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