D’abord, pour comprendre de quoi on parle, il faut savoir que l’importation de bananes coûte à notre Trésor public, chaque année, 300 millions de dollars. Le nombre exact d’importateurs de ce produit n’est pas connu. Toutefois, selon certaines sources, ils sont quelques dizaines à figurer au registre du commerce. Les plus importants d’entre eux en termes de volumes et de valeurs importés, se comptent sur les doigts d’une seule main. Il faut également souligner que l’importation de la banane en Algérie a explosé avec le PAP (programme anti-pénurie) initié par le défunt président Chadli Bendjedid au début des années 80. C’est-à-dire avant l’ouverture économique 10 années après. C’était l’époque des Souk-El-Fellah.
Plus que ravi par le retour de ce fruit qui avait disparu depuis longtemps des étals, le consommateur algérien ne se privait plus. Il achetait par carton entier de 25 kg. La joie fut de courte durée puisque la crise de 1986, avec la chute du prix du baril, a imposé des coupes drastiques sur nos dépenses, ce qui a entraîné l’arrêt de plusieurs de nos importations dont la banane. C’est à ce moment-là qu’un courageux ingénieur agronome, Mustapha Mazouzi, avança avec son projet de cultiver la banane en Algérie. Face au scepticisme ambiant et aux pressions du lobby de la banane, Mazouzi a été contraint de « ranger » son ambition…jusqu’en 2020 où il est réapparu de nouveau avec son projet. Encouragé, qu’il était par le programme du président Tebboune qui soutenait les initiatives sauf que devant les contraintes de culture de la banane, notamment les besoins en eau, il a fallu, au préalable, entreprendre de sérieuses études avant la prise de décision. Ce qui a nécessité du temps. Finalement, c’est au début de cette année, que l’État a décidé de consacrer 4700 ha aux agriculteurs désireux de se lancer dans la culture de ce fruit. Deux ministères coordonnaient les projets : celui de l’Agriculture et celui de l’Enseignement supérieur.
Des zones ont été identifiées (Skikda, Jijel, Tipasa, Béjaïa, Mouzaïa, Blida…), le goutte à goutte à été adopté et les serres à chapelles (hautes de 6 mètres et plus) validées. Nos universitaires ont fait un travail remarquable dans ce domaine. Au cours de l’année universitaire 2021-2022, pour leur mémoire de fin d’études du diplôme de Master II, deux étudiantes de l’Université « 20 août 1955 » de Skikda, Bouhafer Tefaha et Boukadoum Nesrine ont brillamment réussi en présentant leur thème : « L’intensification de la culture du bananier en Algérie : Opportunités et contraintes ».
Un travail à verser dans la réalisation de ce grand projet agro économique du pays. Il ne faut surtout pas croire que si la décision de cultiver la banane a tardé, cela serait dû a une quelconque impossibilité liée au climat, au sol ou à la région. Plusieurs facteurs de toutes autres natures ont contribué au retard pris. Absence de validation scientifique, crise financière, pression des lobbys, absence de décision politique jusqu’en 2020, etc. Bien au contraire et non seulement la culture de la banane a sa place dans notre pays mais de plus elle est plus succulente du fait qu’elle mûrit sur plant et non pas après avoir été cueillie verte pour le transport depuis l’Équateur. Ce qui, à l’époque, justifiait l’existence de mûrisseries de bananes. Concernant le retour sur investissement, les agriculteurs lancés dans cette culture affirment qu’ils sont « gagnants à 250 DA le kilo ». Le meilleur goût à un prix imbattable. Y compris en ménageant la bonne santé financière des caisses de l’État. Actuellement avec 4700 ha mobilisés, une production de 10 millions de plants/an et avec les premières exploitations qui ont un rendement entre 600 et 800 quintaux à l’hectare, l’autosuffisance de la banane en Algérie est une réalité. Les besoins, du marché national, se situent autour de 300.000 tonnes/an. Si on augmente les surfaces cultivables on pourra même aller à l’exportation. Il n’y a rien d’extraordinaire dans ces prévisions. Lorsque la volonté politique existe et que les efforts des enfants du pays aussi, plus rien n’est impossible. L’Algérie avance à grands pas en cumulant réussites sur réussites. Tant pis pour les haineux et les revanchards !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com
