Tunisie : le rapport alarmant de l’International Crisis Groupe

Un rapport de l’International Crisis Group, dont on connaÎt les positions pro-occidentales, publié la veille des élections en Tunisie, jette de l’huile sur le feu. Alors, que la Tunisie depuis le soulèvement populaire de décembre-janvier 2010-2011, surmonte avec succès ses crises politiques et semble admirablement s’en sortir sur la création d’un Etat de droit et de liberté démocratique, le rapport de l’ICG qui fait le jeu des islamistes et de tous ceux qui veulent la déstabilisation du pays , estime de manière péremptoire que la Tunisie « semble moins disposé à absorber le choc d’attaques djihadistes plus importantes ». Il évoque ensuite la situation économique certe difficile et souligne que la crise sociale dans le Sud du pays, l’alliance solide entre cartels et djihadistes, la polarisation idéologique entre islamistes et sécularistes renforcée par les tensions régionales pourraient, à l’approche des scrutins et dans leur sillage, former un mélange explosif. Selon l’International Crisis Group, nombre d’électeurs et de candidats aux prochaines élections législatives et présidentielles, prévues à l’étranger et sur le territoire national les 24-26 octobre (législatives), 21-23 novembre (premier tour de la présidentielle) et 26-28 décembre (second tour) 2014, partagent la crainte de l’échec du processus électoral, un sentiment d’insécurité et la peur de subir le même sort que d’autres pays de la région.« Le durcissement de la sécurité et les représailles de groupes djihadistes affaiblis forment un cercle vicieux. Le gouvernement indépendant dit de « technocrates » de Mehdi Jomaa joue sur la fibre antiterroriste. Il oriente les préoccupations des classes moyennes éduquées vers l’extrémisme religieux, ce qui risquerait de ressusciter la polarisation idéologique entre islamistes et sécularistes, si un attentat touchait le pays en plein cœur », mentionne le rapport. L’International Crisis Group propose au gouvernement de prendre deux mesures principales, afin de se prémunir d’une nouvelle crise : La première serait de renforcer leur présence dans les zones limitrophes grâce à une politique de développement dont les signes pourraient rapidement être perçus par les habitants des frontières. La deuxième serait d’appliquer une stratégie antiterroriste efficace et mesurée, à l’opposé du traitement médiatique récent qui développe la phobie djihadiste en entretenant indirectement l’amalgame entre les différentes formes d’islamisme. Par ailleurs, le rapport recommande, dans l’immédiat, que les principales forces politiques, syndicales et associatives, islamistes et non-islamistes, mettent en œuvre une approche consensuelle de la sécurité publique et que les autorités adoptent un discours antiterroriste serein, prévenant le retour d’une polarisation idéologique entre islamistes et sécularistes. Le rapport préconise par ailleurs d’intensifier la coopération sécuritaire avec l’Algérie et estime qu’il est souhaitable que le gouvernement tunisien actuel ou celui qui lui succédera, intensifie la coopération sécuritaire avec le voisin algérien, concrétise le projet de création d’une agence nationale de renseignement, et dialogue avec les cartels situés aux frontières, afin que ceux-ci acceptent de cesser le négoce de produits dangereux et possiblement que certains collaborent à l’avenir sur le plan sécuritaire avec l’Etat tunisien. L’ensemble de ces mesures contribuerait, au bout du compte, à éviter que les habitants des frontières ne s’éloignent de façon irrémédiable de l’Etat et soient tentés, à moyen terme, de s’y opposer de façon frontale en rejoignant des groupes armés djihadistes criminels.

Mokhtar Bendib

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