Première foire d'art contemporain à Rome

Temple de l’art classique : Première foire d’art contemporain à Rome

Plus de 150 galeries exposent depuis vendredi un demi-millier d’artistes, créateurs confirmés ou jeunes talents, pour la première foire d’art contemporain organisée à Rome, temple de l’art classique.

«Nous voulons combler un vide qu’il y avait à Rome», explique à l’AFP Alessandro Nicosia, concepteur et directeur de cet événement, reconnaissant ainsi indirectement l’absence depuis des années d’un mouvement artistique et culturel avant-gardiste dans la capitale italienne. Cet événement inédit, ouvert au public jusqu’à dimanche, se tient le «Nuage» ou «Nuvola» en italien, un bâtiment ultra-moderne signé de l’architecte Massimiliano Fuksas dans un quartier monumental des années 1930 de la capitale, l’EUR, à une dizaine de kilomètres du centre historique, loin des églises et vestiges romains qui ont les faveurs d’une grande part du public. C’est dans ce cube aux lignes futuristes, tout de verre et d’acier, symbole d’une modernité contrastant avec les clichés sur une Italie endormie sur son patrimoine, que s’est d’ailleurs tenu le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G20 fin octobre. «Je pense que pour une personne qui a grandi à Rome, il est plus difficile d’abandonner les références classiques, de s’exprimer de manière contemporaine», observe à l’AFP Cyril de Commarque, un artiste français qui vit désormais à Rome après des années passées à Berlin et Paris. Le design et l’art moderne, très prisés à Milan, ont plus de mal à se faire une place dans les belles demeures romaines, plus friandes de l’ancien, que ce soit pour l’ameublement ou les oeuvres d’art. Dans le «Nuage», peintures, sculptures, installations et vidéos se succèdent sur 7.000 m2 où l’on peut admirer les hommes sans tête de Donato Piccolo, la peinture numérique de David Maria Coltro avec ses paysages en constante évolution, ou encore la vidéo intrigante de la jeune Pamela Diamante.

Etat des lieux
La fragilité inquiétante de la nature et des espèces inspire de nombreux artistes, qui créent des vidéos et des sculptures sonores comme «Marta et l’éléphant» de Stefano Bombardieri, dont les éléphants et les hippopotames suspendus sont une métaphore de la condition humaine. L’art ne manque pas non plus de dénoncer le drame écologique à travers la mappemonde de l’artiste russe Iakovos Volkov, réalisée avec des matériaux trouvés dans les décharges et les rues: des montagnes de vêtements, des bombes d’aérosol vides et des peluches. Baptisée «Art dans le Nuage», la foire permet de faire une sorte d’état des lieux de la vitalité de l’art contemporain en Italie après la pandémie. Elle a aussi pour ambition de devenir un point de référence pour les galeristes, collectionneurs et directeurs de musées. Particulièrement impressionnant, un énorme cube de fer noir recouvert de morceaux de charbon, conçu dans les années 70 par le Grec Jannis Kounellis, décédé en 2017 mais qui a vécu à Rome. Ce grand maître du mouvement Arte Povera rappelle ainsi aux visiteurs que l’art va au-delà du commerce et qu’il peut naître de matériaux considérés comme pauvres: charbon, terre ou déchets. Kounellis apprécierait certainement l’installation de Cyril de Commarque, «The Goddess of All Things» («La déesse de toutes les choses»), fabriquée à partir de matériaux recyclés et sculptée en partie par un robot, avec un énorme œuf ouvert d’où émerge une femme enceinte, sorte allégorie moderne de la naissance. Ouverte sur l’étranger, la foire a choisi d’inviter Israël, qui a sélectionné un groupe de 17 artistes abordant à leur manière les multiples facettes de l’Etat hébreu, qui accueille des origines, des cultures et des ethnies différentes: du Druze Fatma Shanan à l’Éthiopien Michal Mamit Worke en passant Chana Goldberg, issu de la communauté juive orthodoxe. Rome, la ville éternelle, avait attendu 2010 pour avoir un musée des arts du XXIe siècle, le MAXXI, inauguré triomphalement avant de connaître des difficultés de financement.