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Russie : mesures radicales de la banque centrale

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La Banque centrale de Russie a décidé de passer à des mesures radicales, mardi, après un plongeon historique du rouble, tentant ainsi de reprendre la main face à une crise aux conséquences de plus en plus dramatiques pour la population. L’intervention de la Banque de Russie intervient à deux jours d’une conférence de presse très attendue du président Vladimir Poutine, qui reste très populaire dans son pays malgré la crise ukrainienne, le bras de fer engagé avec les Occidentaux et la perspective d’une entrée prochaine de l’économie russe en récession. A l’issue d’une réunion d’urgence, la Banque de Russie a annoncé au milieu de la nuit, fait exceptionnel, une hausse de 6,5 points de son taux directeur à 17%, contre 10,5% auparavant et 5,5% au début de l’année.

Une réaction forte était inévitable: la monnaie russe a dévissé de près de 10% en une seule journée lundi, une chute plus vue depuis la période suivant le placement de la Russie en défaut de paiement en 1998. A ses pire niveaux de lundi, elle ne valait que la moitié de sa valeur du début de l’année face au dollar, et 42% de moins face à l’euro, conséquence des sanctions occidentales introduites dans la foulée de la crise ukrainienne et de la chute des cours du pétrole. Conséquence très concrète: la hausse des prix approche déjà 10% sur un an et promet de s’envoler encore. Les autorités ont vu ces derniers jours réapparaître les étiquettes en devises étrangères dans certains magasins, fréquentes dans les années 1990.

Tournant ?
En augmentant radicalement le loyer de l’argent, la Banque de Russie relève le rendement des placements et dépôts en roubles, qui risquait de devenir inférieur à l’inflation, provoquant de nouvelles conversions massives. Elle ressert le robinet du crédit pour que les prix ne s’emballent davantage. Avec cette décision «inattendue et forte», «la banque centrale pourrait avoir enfin repris l’initiative dans la crise monétaire de plus en plus grave que traverse la Russie», ont commenté les économistes du cabinet londonien Capital Economics, évoquant un possible «tournant». «Le prix, cependant, sera un nouveau durcissement des crédits pour les ménages et les entreprises et un recul plus profond de l’économie réelle en 2015», ont-ils ajouté. Avec un taux directeur à 17%, cela signifie qu’un crédit immobilier sera désormais accordé avec un taux d’au moins 22%, a calculé le site Lenta.ru, un niveau difficile à tenir par des ménages au pouvoir d’achat malmené par la hausse des prix. La Russie est désormais quasi isolée des marchés financiers occidentaux par les sanctions introduites après l’annexion de la Crimée en mars et son intervention présumée aux côtés des séparatistes de l’est de l’Ukraine. Elle est frappée de plein fouet par la chute des cours du pétrole, qui assure avec le gaz la majorité des revenus budgétaires.

Récession
Si le gouvernement prévoit déjà une récession (-0,8%) l’année prochaine, après une croissance autour de 0,6% cette année, la Banque centrale avait prévenu lundi que si les cours du pétrole restaient à leur niveau actuel, autour de 60 dollars le baril, le produit intérieur brut pourrait chuter d’au moins 4,5%. La Banque centrale avait été critiquée pour agir trop lentement, réagissant avec retard à la chute progressive de la monnaie et l’accélération de l’inflation, et trop prudemment, apparaissant impuissante face à des facteurs qui ne dépendent pas d’elle: sanctions et marchés pétroliers.
Elle était d’autant plus pressée de passer à l’action que le gouvernement pour sa part se contente d’appeler les Russes à la patience. Selon la presse, le gouvernement se prépare à rogner sur ses dépenses pour s’adapter à la baisse des cours du pétrole. Face à l’ampleur des événements, l’idée d’introduire des restrictions sur les mouvements de capitaux, rejetée pour l’instant par Vladimir Poutine, était de nouveau discutée, les analystes craignant que cela ne ruine la crédibilité de Moscou sur les marchés. «La décision de la Banque centrale confirme que M. Poutine continue de soutenir une politique orthodoxe de la part de la banque», avec des mesures monétaires plutôt que de restrictions sur le marché, a commenté Alexander Kliment, du cabinet d’experts en relations internationales Eurasia Group.

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