Pendant que des visiteurs admirent des squelettes d’animaux dans un musée d’histoire naturelle londonien, le personnel a, quant à lui, les yeux rivés sur un écran d’ordinateur où clignotent des indicateurs de température. Dans les vitrines, des capteurs connectés permettent d’alerter en temps réel les employés quand l’un des spécimens est soumis à une trop forte chaleur. L’an dernier, au cours d’un épisode de températures élevées, les équipes du Grant Museum of Zoology avaient découvert qu’un bocal contenant le corps d’un chat tigré de près de deux cents ans avait explosé sous l’effet de la pression thermique. En surveillant de près les vitrines de ce musée universitaire fondé par Robert Edmond Grant, le mentor de Charles Darwin, le personnel espère désormais éviter de nouveaux dégâts en identifiant à temps les pièces devant être déplacées.
Ces pièces sont extrêmement précieuses pour nous », explique Tannis Davidson, la directrice de cette collection de 100.000 spécimens couvrant les principaux groupes du règne animal. L’objectif est de les conserver pour les 200 prochaines années au moins. Mais cette tâche est compliquée par de « nouveaux défis, liés au changement climatique et aux périodes prolongées de fortes températures à l’intérieur de nos espaces », met en garde Mme Davidson. Pour Emma Howard Boyd, la présidente de la Commission nationale sur les risques engendrés par la chaleur, le secteur culturel subit désormais les « effets directs » de cette réalité.
Phénomènes extrêmes
La canicule qui a frappé le Royaume-Uni fin juin a d’ailleurs contraint plusieurs musées et sites touristiques londoniens à fermer provisoirement leurs portes.
Ce pays connaît depuis lundi sa troisième vague de chaleur, selon l’agence météorologique Met Office qui ne prévoit toutefois pas cette fois de records dans ce domaine. Les œuvres d’art exigent un contrôle rigoureux de la température et de l’humidité, souligne Claire Teasdale, du National Trust, l’organisme chargé de la protection du patrimoine britannique. « On a un climat plus humide et plus de phénomènes météorologiques extrêmes, ce qui affecte l’ensemble de notre patrimoine », note Mme Teasdale, qui gère les collections de Cragside, un manoir du XIXe siècle situé dans le nord-est de l’Angleterre. La bâtisse abrite notamment des œuvres des peintres britannique William Turner et John Everett Millais. Selon le Met Office, le Royaume-Uni a enregistré six de ses dix années les plus pluvieuses depuis 1998.
Problème : comme nombre de bâtiments patrimoniaux, ce manoir a été conçu pour résister aux « niveaux de précipitations de l’époque victorienne et non à ceux du XXIe siècle », explique Claire Teasdale. En octobre 2023, le Museum of Making à Derby a ainsi subi de graves inondations à l’occasion de la tempête Babet. Si les collections ont été épargnées, les dégâts sur le bâtiment ont dépassé les 100.000 livres (environ 118.000 euros), forçant ce lieu à fermer pendant trois mois.
« Capteurs de vent »
« Les vagues de chaleur se terminent souvent par des inondations soudaines en raison de précipitations intenses », rappelle Emma Howard Boyd, qui a présidé à la rédaction d’un rapport sur la préparation de Londres face aux conditions météorologiques extrêmes, commandé par son maire Sadiq Khan.
Pour John Calautit, enseignant en développement durable à l’University College de la capitale britannique, la solution ne réside pas dans l’installation de climatiseurs mais dans l’adaptabilité des bâtiments.
Il propose d’utiliser des « capteurs de vent », une technique directement inspirée des « bâdguirs » (tours à vent) que l’on trouve principalement dans les pays du Moyen-Orient.
Ces systèmes « se fixent sur le toit pour attraper l’air frais en hauteur et le propulser naturellement à l’intérieur du bâtiment, tout en évacuant l’air chaud », souligne-t-il. Pour Emma Howard Boyd, les musées doivent explorer toutes les pistes pour faire face au changement climatique et devenir des lieux refuges contre la chaleur.












































