L’approvisionnement en eau potable des wilayas de Chlef, Mostaganem et Tlemcen figure parmi les priorités fixées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a ordonné, dimanche, lors de la réunion du Conseil des ministres, de prendre en charge dans les meilleurs délais leur alimentation en eau de mer dessalée.
Cette décision s’inscrit dans la stratégie nationale de renforcement de la sécurité hydrique, face aux pressions exercées sur les ressources conventionnelles par la sécheresse, l’irrégularité des précipitations et l’augmentation des besoins des populations et des activités économiques. Au-delà de la réalisation des infrastructures, l’enjeu consiste à transformer les capacités de production en un approvisionnement régulier et durable, tout en préservant les ressources disponibles. Le chef de l’État a également décidé d’étendre progressivement cette démarche à d’autres wilayas, après des études techniques au cas par cas, destinées à évaluer leur potentiel en eaux superficielles et souterraines avant d’envisager le recours au dessalement. Cette approche vise à adapter les solutions aux besoins et aux ressources propres à chaque région, dans une perspective de gestion durable de l’eau.
Trois nouvelles stations en renfort
Les trois stations de dessalement prévues à El Marsa, dans la wilaya de Chlef, à Sidi Ladjel, dans celle de Mostaganem, et à Aïn Adjroud, dans la wilaya de Tlemcen, affichent chacune une capacité de production de 300.000 mètres cubes par jour. Ces infrastructures s’inscrivent dans le programme national de renforcement des capacités de dessalement et doivent contribuer à sécuriser durablement l’approvisionnement en eau des régions concernées. Leur réalisation doit toutefois s’accompagner du développement des réseaux de transfert et de distribution, indispensables pour acheminer l’eau produite jusqu’aux agglomérations bénéficiaires. L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans l’augmentation des volumes disponibles, mais également dans la capacité à assurer une desserte régulière des populations, y compris dans les localités confrontées à des difficultés d’approvisionnement. Cette exigence prend une importance particulière avec l’extension des zones urbaines et l’augmentation des besoins domestiques. La planification des infrastructures doit ainsi anticiper l’évolution démographique et les besoins futurs, afin que les nouvelles capacités répondent durablement à la demande.
Des besoins qui dépassent l’AEP
La sécurisation de la ressource revêt également une importance particulière pour l’agriculture et les activités économiques. Dans la wilaya de Chlef, les cultures céréalières, maraîchères et fruitières occupent une place importante. La pomme de terre figure parmi les productions maraîchères de la région, aux côtés d’autres cultures qui nécessitent un approvisionnement régulier en eau, notamment durant les périodes de sécheresse. À Mostaganem, l’agriculture maraîchère et les cultures fruitières contribuent également à l’activité économique locale, tandis que la wilaya de Tlemcen associe des activités agricoles diversifiées à des besoins urbains et industriels. Dans ces territoires, la disponibilité de l’eau constitue un facteur déterminant pour la continuité des activités, la préservation des rendements agricoles et le développement économique. Pour autant, le dessalement ne saurait répondre automatiquement à l’ensemble de ces besoins. La mobilisation de cette ressource doit tenir compte des capacités de production et de transfert, des coûts d’exploitation ainsi que des priorités d’utilisation. L’amélioration de l’efficacité de l’irrigation et le recours aux eaux usées traitées pour certains usages agricoles constituent, à cet égard, des leviers complémentaires pour limiter la pression sur les ressources conventionnelles.
Préserver les nappes souterraines et contrôler les forages
Parallèlement au développement du dessalement, la protection des eaux souterraines demeure un axe essentiel de la stratégie hydrique. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réitéré, à la même occasion, la nécessité d’un contrôle rigoureux de l’octroi des autorisations de forage des puits. Il a également demandé au gouvernement d’intégrer ces dispositions dans le projet de loi d’orientation agricole en cours d’élaboration, qui sera présenté lors d’un Conseil des ministres consacré au secteur. Cette orientation vise à limiter la surexploitation des nappes, dont le renouvellement peut être extrêmement lent, particulièrement dans les zones soumises à une faible pluviométrie. Des prélèvements excessifs peuvent entraîner une baisse durable des niveaux d’eau et, dans les régions côtières, favoriser l’intrusion d’eau salée dans les aquifères. Le contrôle des autorisations, le suivi des prélèvements et la lutte contre les forages anarchiques et illégaux sont donc indispensables pour préserver ces réserves stratégiques. Cette vigilance concerne notamment les usages agricoles, pour lesquels le recours aux eaux souterraines peut devenir plus intense lors des épisodes de sécheresse.
Une stratégie durable
Face au dérèglement climatique, à l’irrégularité des précipitations et à la multiplication des épisodes de sécheresse, le dessalement constitue un levier majeur de diversification des ressources hydriques dans le pays. Il permet de réduire la dépendance aux précipitations et aux réserves conventionnelles, particulièrement dans les régions côtières. Cependant, la sécurité hydrique ne peut reposer exclusivement sur la multiplication des stations. Elle suppose également la réduction des pertes dans les réseaux de distribution, une gestion plus efficace de l’irrigation, la réutilisation des eaux usées traitées et une meilleure maîtrise des prélèvements dans les nappes souterraines. L’extension progressive du raccordement à d’autres wilayas, annoncée par le président de la République, devra ainsi s’appuyer sur des études techniques évaluant les ressources locales et les besoins réels de chaque territoire. Cette approche permettra de déterminer les solutions les mieux adaptées à chaque région, en privilégiant une mobilisation équilibrée des ressources disponibles.
Au-delà des investissements dans les infrastructures, l’enjeu est de construire une gestion intégrée de l’eau, capable de répondre aux besoins des populations tout en préservant les ressources indispensables à l’agriculture, à l’activité économique et aux générations futures.
S. O.

