Bavette

PORT OBLIGATOIRE DU MASQUE POUR LES COMMERÇANTS : Les citoyens appellent à la généralisation de la mesure

Des commerces ont continué à ouvrir leurs portes aux clients dans diverses communes de la Capitale, à Belouizded, Alger-Centre et Bab-El-Oued, pour ne citer que quelques quartiers. Un acte qui brave ainsi la décision annoncée au terme de la 1ère semaine de Ramadhan, autorisant certaines activités commerciales comme les boulangeries, locaux de vente de produits d’alimentation générale, marchés de fruits et légumes, pressings… etc.

Approchés lors de notre virée, mardi passé, dans des quartiers d’Alger, de nombreux citoyens de différentes communes de la Capitale étaient unanimes à dire que la prise à la légère de la pandémie du Covid-19 par des citoyens et commerçants «  est à l’origine de nombreux cas de contaminations enregistrés ces derniers jours ». Pour les personnes abordés, à Belouizded, Alger-Centre, Bab-El-Oued ou à la Casbah et environs, alors que la décision de la fermeture des locaux commerciaux non nécessaires pour les citoyens, en ces temps de la pandémie du Covid-19 visait à « limiter la propagation du virus » , le non-respect constaté de cette décision et des mesures de barrières par les citoyens, nous confie une quinquagénaire, n’ont pas permis, «  de réunir les conditions optimales pour parvenir à limiter la propagation du virus ». Rencontrée à la rue Bouguerfa Mohamed, (ex-rue de l’union) dans la commune de Belouizded, à l’écart de lieux connaissant un flux de personnes, elle nous dit que « souvent je fais des détours pour éviter ces regroupements de personnes aux portes des commerces, ici et là ». Même si je porte mon masque, poursuit-elle, « je fais de mon mieux pour éviter de me retrouver à proximité des gens ». Avant de reprendre ses pas vers sa maison, en zigzagant, pour éviter les gens, elle conclut « les pouvoirs publics doivent instaurer l’obligation du port du masque pour tout le monde, comme c’est le cas pour la ceinture de sécurité, puisque le risque est là et c’est une question de sauver des vies ».

Le masque… suspendus autour du cou
Si pour le commerçant de la téléphonie mobile, situé sur cette même rue, l’ouverture de certains commerces non autorisés, à l’exemple de certains vendeurs de meubles non loin de la rue Bouguerfa Mohamed, « est incompréhensible d’autant plus que les annonces de contrôle se sont faits » son inquiétude de voir la situation sanitaire se dégrader est grande. « Je porte le masque bien avant la décision de la Wilaya d’Alger, ça fait partie des mesures barrières, même si parfois j’ai du mal à la supporter » nous dit-il, avant d’insister sur «l’impératif décision à prendre par les responsables, obligeant le port du masque par tout citoyen qui sort de chez lui ». Après avoir constaté, nous explique-t-il, que « le comportement irresponsable de citoyens ne respectant pas les mesures barrières et le confinement, alors que d’autres, tels le personnel de Santé qui est sur les premières lignes de cette guerre contre ce virus et souvent dans des conditions difficiles, il faut aller sur l’obligation du port du masque, pour éviter le pire ». Plus loin, passant à quelques mètres d’un magasin d’alimentation générale, une file d’attente longeant le trottoir, en respectant la distanciation sociale. On pouvait lire sur une affichette collé avant l’entrée de la supérette « pas plus de cinq personnes SVP », mais nous étions surpris de voir qu’’à l’intérieur, ils étaient plus que ce qui a été affiché, sur la note, non sans être étonné de constater que le respect de l’obligation du port du masque par les commerçants et leurs employés ne s’affichait pas. Ces derniers portaient en effet des masques, non pas sur leur visage, comme il se doit, mais suspendu à leur cou, comme une chaîne, « à se demander pourquoi ils l’ont acheté  et pourquoi ils affichent la note s’ils ne la font pas respecter» commente un passant derrière son masque, en abandonnant la file de chaîne aux portes de cette superette. Plus loin, sur la rue Souidani Abdelkader, un commerçant bloquant l’entrée de son magasin par une table, sur laquelle sont exposés, de grands bocaux de fruits secs, tel le raisin, réaménagement de l’espace pour consolider les mesures barrières, debout au milieu de ces étalages bien arrangés, lui portait convenablement son masque. À notre question de savoir, si son port du masque est en application de la décision de la Wilaya d’Alger, obligeant les commerçants et leurs employés à le porter, sous peine de fermeture de l’activité. «  Je ne vous le cache pas, je le porte avec les employés bien avant cette décision, les consignes des médecins sont clairs dès le début, sur les mesures de barrières et de distanciation sociale » nous confie-t-il, sans manquer d’exprimer ses regrets de voir d’autres collègues persister à prendre la situation sanitaire à la légère ainsi que des citoyens. Pour ce commerçant, « il est judicieux d’exiger le port du masque, vue que le relâchement du respect du confinement et des mesures barrières persistent, en dépit des campagnes de sensibilisation » avant d’ajouter « nous, nous ne sommes pas aux premiers jours de cette pandémie » conclut-il. Deux jeunes filles pointent au seuil du magasin, en restant toutefois en retrait, attendant que nous nous éloignions, pour qu’elles s’avancent davantage vers la table d’entrée. Abordées, sur le sujet de l’obligation du port du masque par les commerçants, elles ont vite fait de nous dire « certains le font bien avant la prise de cette décision et d’autres depuis son annonce », poursuivant, l’une d’elles nous dira que « certains ne sont d’ailleurs même pas au courant, nous avons évoqué cette question dans l’un des magasins, non loin d’ici ». Exprimant leurs inquiétudes de voir encore des personnes prendre à la légère la pandémie du Covid-19, elles affirment être en faveur de l’obligation du port du masque, dans les lieux publics. L’une d’elles nous dira que « c’est possible de se procurer un masque grand public, depuis ces dernières semaines, alors qu’avant même le masque destiné au personnel de santé était introuvable chez les pharmaciens ».

« Le port obligatoire du masque s’impose »
Plus loin de la Rue Bouguerfa Mohamed ou de Abdelkader Souidani, à Belouizdad, un commerçant de quincaillerie , non loin de la station métro Aïssat Idir, ne portant pas le masque, nous dira « je suis asthmatique et j’ai du mal à le supporter des heures durant, quand je travail. Je le porte dès qu’il y a un client qui se pointe à l’entrée, derrière ce comptoir » avant de nous indiquer qu’il ignorait la décision annoncée par la Wilaya d’Alger sur l’obligation du port du masque par les commerçants. Tout au long de notre parcours, de la Rue Bouguerfa Mohamed, à la station de metro Aïssat Idir, des rideaux de magasins étaient baissés certes, mais d’autres ne figurant pas sur la liste des commerces autorisés étaient ouverts, dont ceux des meubles, des bijouteries, de ventes de jouets. Autre constat qui a été le même, lors de notre virée, à Alger-Centre, des environs d’Ahmed Zabana , jusqu’au grand marché des fruits et légumes, celui du non-respect de la distanciation sociale et des mesures barrières, et que l’appel exprimé par les citoyens et commerçants pour le port obligatoire du masque a tout son sens et sa pertinence, pour éloigner tout risque de voir la propagation perdurer au rythme que nous enregistrons depuis le début du mois sacré.
Abordées non loin du cinéma l’Afrique, deux jeunes filles, habillées en blouse blanche, portant toutes les deux des masques, n’ont pas caché leur colère de voir des citoyens prendre encore à la légère la pandémie du Covid-19. L’une d’elles nous dira que « tant que le non-respect des mesures barrières et du confinement ne sont pas respectées, par des citoyens, nous continuerons, nous qui sommes face à ce virus aux premières lignes, continuerons à recevoir de plus en plus de cas contaminés ». Les gens doivent nous épaulés, poursuit-elle « il leur suffit de s’abstenir d’être tout le temps dehors et de porter le masque dans les lieux publics ».
Les deux femmes travaillent aux Chu Mustapha Bacha et marchaient à pas rapide, portant leurs petites courses dans les mains, «  le strict nécessaire de ce que nous avons besoin durant notre garde cette nuit (mardi : NDLR) ». Sa collègue ne cachant pas sa colère de voir le relâchement persister depuis près de deux mois de l’annonce des mesures d’urgence sanitaire. «  Il faut obliger les gens à porter des masques, les magasins ne se désemplissent pas bien avant le mois sacré » et de poursuivre « le couvre-feu n’est pas respecté par certains qui trainent pour rentrer chez eux même après 17H, et que d’autres s’aventurent à se regrouper dehors» , je pense, conclut-elle que « le port obligatoire du masque s’impose, j’ai des appréhensions sur comment seront les derniers jours de Ramdhan, l’afflux de personnes vers les magasins est inquiétant »
Karima Bennour